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Le parcours sinueux de Ramjuttun
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By Subash Gobine
Published on 9th October, 2007
 
Il a lui-même reconnu qu’il fait le va-et-vient perpétuel entre le pouvoir et l’opposition. N’empêche, la politique sans Dinesh Ramjuttun ne serait pas la même. Portrait d’un homme au parcours politique, pour dire le moins, sinueux.
 

 
Le parcours sinueux de Ramjuttun

Le premier Ramjuttun à faire son apparition sur le radar politique, dans le Nord, avait pour prénom Siwam. Le MMM l’aligna au No 5 en 1976 aux côtés de Prem Koonjoo et de Drona Seekun. Enseignant, membre d'une branche 'pauvre' du clan Ramjuttun, de Triolet, Siwam disparut à jamais de la scène politique après la défaite de 1976.

La name recognition de la famille Ramjuttun était assez forte dans les années soixante-dix et quatre-vingts à cause d'un produit particulier que ces commerçants de Triolet, ayant un magasin à la rue La Corderie, vendaient. Il s'agissait du lait de la marque Peter's, importé d'Australie. Cette famille devait accueillir son premier médecin, Dinesh, dans les années soixante-dix.

Être médecin, c'était le summum de l'ascension sociale. Ce n'est pas sans des trémolos dans la voix que les villageois s'adressaient à leur dokter. Le jeune Dinesh se fit un nom grâce à son cabinet de consultation à Plaine-Verte. À cette époque, un jeune médecin ambitieux pouvait exploiter deux créneaux en particulier pour se faire un nom sur la place.

Dinesh était charismatique. Il avait l'allure de l'acteur indien Shatrughan Sinha. D'ailleurs, il maîtrisait parfaitement l'hindi, langue qui se prête à merveille aux discours politiques. Dinesh était aussi un animal politique. Il n'avait évidemment aucune chance au Parti Travailliste. Son choix se porta bien vite sur le Parti Socialiste Mauricien (PSM) de Harish Boodhoo, allié du MMM.
 
Les vibrations entre Boodhoo et Dinesh furent d'une rare intensité. D'ailleurs, ils étaient tous deux issus de la sous-caste des Koyri qui se placent immédiatement après les Kurmi (les Ramgoolam) et les Ahir (les Jugnauth). Inévitablement, le jeune Dinesh fut aligné comme candidat du MMM-PSM en 1982 et il entra dans l'histoire comme le tombeur de Sir Seewoosagur Ramgoolam. Le trio Ramjuttun-Koonjoo-Bundhun (Diwakur) battit nettement SSR et ses deux colistiers.


Rumeurs de rébellion

Ramjuttun se voit backbencher dans le nouveau gouvernement post-1982. Mais, très vite, les premières rumeurs de rébellion parviennent aux oreilles des dirigeants de l’alliance MMM/PSM. Ils apprirent que Ramjuttun avait eu une rencontre avec le Gouverneur général d'alors, Dayendranath Burrenchobay. Ce dernier agissait alors dans l'ombre pour créer des dissensions entre le MMM et le PSM.

Bien vite, quand ces dissensions arrivèrent à la surface, Ramjuttun se distingua vite comme le fer de lance de Boodhoo. Dans le Nord du pays, c'est Ramjuttun qui se chargea de créer une nouvelle machinerie politique qui allait se mettre en évidence une fois la rupture consommée entre le MMM et le PSM. D’autant que le MMM était lui-même secoué par de profondes divisions.

Anerood Jugnauth créa son propre parti, le Mouvement Socialiste Militant (MSM). Quand la nouvelle alliance MSM-PTr-PMSD vit le jour, Boodhoo et Ramjuttun sabordèrent le PSM pour se joindre au MSM. Ramjuttun fut d'un appoint formidable.

Après les élections de 1983, Ramjuttun resta toujours à l'avant-plan. Mais, sans être nommé ministre. Il attendait son temps. Toutefois les événements devaient se précipiter avec l'arrestation de quatre éléments travaillistes à Amsterdam dans une affaire de drogue. C'était en décembre 1985. Les ministres Kader Bhayat, Kailash Purryag, Anil Gayan et Kadress Pillay démissionnèrent.

Le Chief Whip Boodhoo s'engagea, en janvier 1986, dans un bras de fer avec Jugnauth. C'est à partir de ce moment que le pays vit un autre Jugnauth émerger - un homme combatif et tactiquement très rusé.

Anerood Jugnauth fit 'démissionner' Boodhoo. Ce qui provoqua une profonde irritation parmi les fidèles de l’homme de Belle Terre. Le bouillant Ramjuttun était celui qui était le plus remonté contre Jugnauth. Le Dr Dinesh proféra même des menaces – du genre “pou ena coups de balle dans sa pays-là ” – si Boodhoo ne retrouvait pas son poste.

Aidé par un autre élément, qui s'est maintenant retiré de la politique pour devenir gentleman-farmer, Jugnauth fit alors un move politique extrêmement brillant. Il offrit le poste de Chief Whip à Ramjuttun. Jamais manœuvre de ‘diviser pour régner’ n'avait aussi bien marché. Ramjuttun accepta le poste et devint le plus fidèle lieutenant de Jugnauth.


Maintes contorsions

Ramjuttun s'est livré à maintes contorsions politiques. Mais, il est resté constant depuis janvier 1986 à ce jour dans son opposition envers Harish Boodhoo. Les deux hommes sont restés à couteaux tirés.

Aux élections générales de 1987, Ramjuttun fit l'objet de graves allégations dans une affaire de mœurs. Il nia toute responsabilité dans cette affaire. Quand les résultats sont proclamés, Ramjuttun est élu. Il devient ministre de Jugnauth.

De 1987 à 1990, Ramjuttun fonctionne comme l'un des ministres les plus en vue. Il s'embarque dans la construction d'une nouvelle cité à La Vigie, ce qui lui valut une vive dénonciation de l'opposition. Mais voilà que Jugnauth conclut dans une alliance avec le MMM en 1990.

Dinesh Ramjuttun, Vishnu Lutchmeenaraidoo et Ajay Daby sont contre tout accord avec le MMM. Jugnauth les révoque. Ramjuttun devient alors le pire ennemi de Jugnauth. Aux élections de 1991, il s'oppose à Jugnauth dans le No 7. Il est battu. Il disparaît alors de l'écran radar. La compagnie Ramjuttun, importatrice du lait Peter's, commence à connaître des difficultés.

Vers 1995, Ramjuttun se réconcilie avec Jugnauth. Il est candidat aux élections générales de 1995. Tous les candidats du MSM sont battus à plate couture. Ramjuttun reste néanmoins fidèle à Jugnauth. Par la suite, lors de l'élection partielle de 1998 à Flacq, quand le leader du MSM se porta candidat, Ramjuttun fit le véritable moteur de la campagne du MSM. Il subit même des actes de violence de la part des gens du PTr.
 
Aux élections de 2000, Ramjuttun soutient la nouvelle alliance MSM-MMM. Après les élections, il est nommé conseiller au bureau du Premier ministre. Toutefois, il n'est pas à l'aise dans sa peau. Il accepte mal la cohabitation avec le MMM.


La boucle bouclée ?

Sa position devient intenable jusqu'à ce qu'une solution ne soit trouvée. Il est alors muté à l'ambassade de Maurice à New York. De cette grande métropole américaine toutefois, Ramjuttun tient des propos très controversables qui sont publiés dans la presse mauricienne. Il jouit toutefois du soutien de Jugnauth et le MMM n'insiste pas sur son limogeage.

Toutefois, quand Anil Bachoo décide de quitter le gouvernement MSM/MMM pour se rapprocher des Travaillistes, Ramjuttun lui aussi choisit le camp de Navin Ramgoolam.

Après les élections de 2005, Ramjuttun est nommé conseiller au Bureau du Premier ministre. Il gardera profil bas pendant deux ans. Après, on apprend qu'il rue dans les brancards, qu'il prend des initiatives qui ne plaisent pas au Premier ministre. Puis il commence à prendre position publiquement. Notamment sur l'école de Chitrakoot avant de critiquer le ministre Sithanen pour certaines de ses mesures budgétaires.

Un départ programmé. Ramjuttun a roulé pour Boodhoo, Jugnauth et Ramgoolam. Il n'a jamais directement roulé pour Bérenger. La boucle sera-t-elle bouclée sous peu ? Ramjuttun n'a pas dit son dernier mot.  Les paris sont ouverts. Mais un seul pari est sûr : Ramjuttun a vraiment tiré une croix sur Belle-Terre.


Les 'méthodes' Ramjuttun

1983

Quand le mur de l'édifice MMM-PSM commença à se lézarder en 1983, le MMM tint un meeting à Place de la Poste à Triolet. Il y eut une tentative de la part de Dinesh Ramjuttun de saboter ce meeting. En effet, des agents de ce dernier allumèrent un feu pas loin de l'estrade du MMM. Ce feu fut alimenté par des piments secs. Cet épisode amusa plus qu’autre chose les dirigeants du MMM.

1986

Quand Ramjuttun devint Chief Whip en janvier 1986, la première démarche qu'il entreprit était de solliciter un rendez-vous à la résidence de Paul Bérenger, leader de l'Opposition, à Quatre Bornes. Quelle ne fut pas la surprise de Bérenger de voir Ramjuttun débarquer avec un bouquet qu'il offrit au principal adversaire de son gouvernement.

1991

Mais un autre épisode non dépourvu d'humour devait rappeler à ses adversaires que Ramjuttun était un homme aux méthodes peu orthodoxes. Lors de la campagne électorale de 1991 dans le No 7, les hommes de Ramjuttun décidèrent de 'punir' le propriétaire d'une boutique pour avoir autorisé un meeting MSM-MMM sur les lieux. La veille au soir du meeting, cette boutique fut littéralement badigeonnée d'excréments. Le lendemain matin, les activistes MSM/MMM décidèrent d'annuler le meeting.  Mais c'était mal connaître sir Anerood Jugnauth. Ce dernier fit nettoyer cette boutique à grande eau et le meeting fut tenu. 

2010

Comme Ramjuttun pourrait se retrouver adversaire de Ramgoolam dans le No 5 en 2010, gageons qu'on assistera à un déploiement de méthodes tirées directement d'un certain livre de recettes. D'ailleurs, au moment de la proclamation des résultats en présence de Navin Ramgoolam en 2000, le Premier ministre sortant devait être atteint d'un projectile improvisé sous la forme d'une bouteille d'eau…