Ils arborent fièrement leur appartenance à l’Islam. Depuis l'avènement du tout nouveau régime, la République islamique de la Mauritanie vit sous une ère nouvelle. Les jeunes intellectuels qui, après leurs études au Dakar voisin, ne revenaient que rarement chez eux sont de plus en plus nombreux à espérer un nouveau départ.

Ils sont là ! Quitte à travailler pour un salaire de misère. La moyenne tourne autour de 80 euros par mois, soit 18 ouguiya, la monnaie locale, ou Rs 3 000. Pourtant, ils sont bardés de diplômes, maîtrisant parfaitement la langue de Molière, avec un tout petit accent des gens du Nord.

Peuple jadis nomade, les bédouins ont fait de Nouakchott une capitale par défaut. Et aujourd'hui, cette ville bourdonne d'expatriés sans lesquels l'économie ne tournerait pas.
Là-bas, au centre-ville, pas de transport en commun. Ici, les 'taxi marrons' sont rois. Tenez-vous bien : les Mercedes sont la voiture du peuple. Il faut souligner que ces berlines portent mal cette célèbre marque allemande du fait qu'elles sont réellement bonnes pour la casse. De vraies pièces de musée...

Il est vrai qu'il y a aussi des X5, des Mazda 3, mais ces routes étroites, les Renault 12 d'un temps moyenâgeux ont bonne mine, malgré les 'quickfill' bien en vue. Le charme vient aussi des charrues transportant des barriques d'eau, élément qui fait terriblement défaut à Nouakchott. Ce n'est que maintenant que la débauche d'un projet de réservoir a vu le jour. Dans deux ans, sans doute, le manque d'eau ne se ferait plus ressentir.

L'artère principale, que les habitants surnomment fièrement Les Champs Élysées, n'est pas plus large que la rue Edith Cavell à Port-Louis. Mais ça roule beaucoup. Il y a même des bouchons en fin d'après-midi. Les passants doivent marcher sur le bas-côté de la route. Pas de trottoirs à l'horizon. Il faut marcher à même le sable chaud, sous une chaleur de 37 degrés à l'ombre.

À la place du marché, pas plus grand que la rue Farquhar, mais avec une multitude de petits commerces florissants, chacun y trouve son compte. Les Made in China font fureur. Étrangement, si pour les hommes on trouve de tout, des jeans aux galoches et autres lunettes solaires, en revanche pour les femmes, il est difficile de trouver quoi acheter. Hormis les vêtements traditionnels. Les sous-vêtements sont d'un autre âge.

Tout se marchande ici. Des chaussures à
7 000 ouguiya ? Faites semblant de partir et l’on vous court après. Vous les avez pour la moitié du prix affiché. La belle affaire !

Par contre, les bijoux en or plaqué ou en véritable argent, il y en a à la pelle. Pour pas cher. Avec $100 (22 000 ouguiya), il y a de quoi acheter, après marchandage, il va sans dire.

De frêles silhouettes
La nuit venue, on peut distinguer de frêles silhouettes, sac à main sous les bras. Elles arpentent les bordures de route. Détrompez-vous, elles ne font pas le trottoir. Elles sortent du boulot et attendent le 'taxi train' pour rentrer. Ailleurs, là où la vie bourdonne quelque peu, les terrasses des quelques rares cafés foisonnent de monde. Le style est résolument américain.

Fait étonnant : la plupart sont des femmes. Elles sirotent un jus de fruits ou un capucino et apprécient de petites galettes ou des tranchettes de pizza aux légumes. Ici et là, on peut entendre de grands rires. Les groupes de femmes sont légion. Personne ne porte le 'burka' dans cette république islamique, elles se contentent d'un horni sur la tête et portent jeans ou collants, surtout les jeunes. Ici, pas d'alcool ni de boîtes de nuit. La seule qui fonctionnait a dû fermer boutique récemment, après un petit grabuge entre jeunes.

Il est presque 23 heures. Les ‘taxi train’ font bien leurs affaires. Les femmes sortent beaucoup, seules pour la plupart. Aucun risque qu'elles se fassent agresser, encore moins qu'on les drague. Le respect de la gent féminine est presque sacré. Primordial même.

En fait, le Sénégal limitrophe y est pour quelque chose. Elles sont nombreuses à y faire un saut de quelques années, soit pour des études, soit pour le travail. Là-bas, c'est l'ouverture vers la culture afro-européenne. On a bien vu la tenue de ces dames, leur façon de parler, leur regard doux, recherchant la fraternité, l'amitié et pourquoi pas la tendresse. Sous des dehors prudes, elles engagent facilement la conversation avec l'étranger que je suis. Cela se termine souvent autour d'un cappuccino et d'une crêpe douce au miel. À moins de pousser un peu loin le bouchon. Ce qui n'est pas pour déplaire. C'est le mélange de cultures de deux pays africains, l'un dans l'hémisphère sud et l'autre dans le pic nord.

La Mauritanie, c'est un très lointain pays pour nous. Mais c'est deux fois la superficie de la France. Démocratie naissante, une économie qui prend son envol difficilement. dans dix ans au moins, si tout va bien, Nouakchott deviendra sûrement une petite métropole. Ils ont déjà en commun la langue. La culture fait racine. Le reste suivra.