Ils inspirent la crainte. La mine patibulaire, se déplaçant toujours en bande, vêtus de treillis à la manière des militaires et de tenues noires arborant un squelette, un groupe de gros bras sème la terreur depuis des mois dans plu-sieurs régions de l’île.

Venant pour la plupart de la périphérie de Rose-Hill et de la région nord, ils se la jouent comme les rappeurs gangsters américains, prêtant leurs services aux boîtes de nuit, de strip-tease et aux maisons de jeux. Pour assurer la sécurité.

La main leste, il ne se passe pas un mois sans qu’une affaire de passage à tabac ou de règlement de comptes, dont ils sont les auteurs, ne parvienne à la police. Et ne remplisse la rubrique des faits divers dans les journaux.

Les échanges de coups de feu à la cité Barkly, Beau-Bassin, en septembre, c’étaient eux. La mise à sac d’une maison à Rivière-Noire et l’agression d’un habitant de cette localité à cité Richelieu, Petite-Rivière, en guise d’avertissement, c’étaient encore eux.

De folles rumeurs circulent sur eux. On affirme qu’ils sont armés et qu’ils se livreraient au trafic de drogue. Feu le surintendant Prem Raddhoa avait porté un coup dur à leur organisation en septembre 2006, lorsque son équipe, la Major Crimes Investigation Team (MCIT), avait découvert une cache d’armes à La Chaumière, St-Martin, une de leurs planques.

Un ancien membre du tristement célèbre gang Scorpion, qui écumait le pays dans les années ’70, et ses deux fils avaient alors été interpellés après qu’un homme de 34 ans eut porté plainte. Il les avait dénoncés pour séquestration. Placé dans un trou de dix mètres, il alléguait avoir été torturé pendant trois jours. Un Rottweiler, chien de garde à la férocité éprouvée, le tenait en respect au cas où l’envie lui aurait pris de s’enfuir.

Quant aux soupçons que cette milice serait également impliquée dans le trafic de stupéfiants, ils se sont avérés en début d’année. Un videur, proche de ce gang, avait été balancé dans une affaire d’importation de Rs 10 millions d’héroïne, quelques mois après que son nom eut été cité dans une affaire d’importation de Rs 25 millions de Subutex.

Au début du mois d’octobre, un des suspects arrêtés dans l’affaire de La Chaumière a été alpagué avec deux autres videurs par la brigade anti-drogue de Petite-Rivière. Ils étaient en possession de 49 doses d’héroïne, d’une va-leur marchande de Rs 14 700. Une somme de Rs 92 000 a également été saisie.

En guise de représailles, le groupe a saccagé la maison du beau-père de celui qu’ils soupçonnent de les avoir balancés à l’équipe de l’inspecteur Hector Tuyau. L’homme, lui, est aujourd’hui à l’hôpital avec des vis aux bras et aux jambes, le corps marqué au sabre.

Tentative d’intimidation

Lors de la comparution des trois hommes arrêtés avec 49 doses d’héroïne, le groupe au grand complet s’est pointé au tribunal de Bambous. "C’était de l’intimidation", explique un membre de la police criminelle de Rivière-Noire, qui enquête sur l’agression liée à cette triple arrestation.

Ces hommes ne sont pas des enfants de chœur, glisse un haut gradé des Casernes centrales. Il révèle que la police a ses membres à l’œil depuis un certain temps. D’ailleurs, un rapport a déjà été commandité sur leurs activités. Les services des renseignements ont aussi tout un dossier sur eux.

Ils ne seraient pas étrangers à l’agression d’un gros bras, proche du pouvoir, devant une maison de jeux des Plaines-Wilhems il y a quelques mois.Les trois hommes qui ont été arrêtés dans l’affaire La Chaumière sont soupçonnés de vouloir lancer un nouveau gang, inspiré du Scorpion d’antan. De plus, deux d’entre eux seraient impliqués dans la disparition d’un habitant des faubourgs de Rose-Hill.

A cité Barkly, après les coups de feu de septembre dernier, nombre d’habitants affirment avoir vu ces hommes, revêtus de tenues de camouflage et de vêtements noirs, armés de fusils à visée laser. Mais nul ne veut les dénoncer. Par peur de représailles.

Que ce soit dans la localité ou aux Casernes centrales, des informations troublantes circulent au sujet de ce groupe. Selon l’une d’elles, un homme qui se serait montré trop entreprenant avec une proche des trois suspects de La Chaumière est porté manquant depuis plusieurs mois.

La mère du disparu a déjà consigné une déposition contre deux des suspects.  Elle a expliqué que le jour de la disparition de son fils, il avait été kidnappé à Phoe-nix, chez un de ses amis, avant d’être tabassé, devant témoins, à cité Mal Nourri, Camp Levieux.

Dans cette région, certains des membres de ce groupe sont souvent vus en train de se balader avec leurs Rottweilers menaçants.

Cette milice privée inquiète la police, qui compte tout faire pour la mettre hors-jeu.