Daniella, 42 ans, est une mère de famille qui n'a pas les aptitudes nécessaires pour occuper le poste de secrétaire, d'infirmière, d'enseignante ou d'employée de banque. Après un bref passage comme 'cleaner' dans un bureau, elle est depuis quelques mois responsable d'une auberge située au coeur de la capitale, Port-Louis. Elle nous livre les secrets de ce boulot dont beaucoup refusent de parler. Pour elle, il n'y a aucun mal à travailler dans un pensionnat. "Ici travail-la correct", nous confie-t-elle. Sa tâche consiste à accueillir les clients sourire aux lèvres et s'occuper de l'entretien de ce lieu réputé pour sa tranquillité.

Bien que ce pensionnat soit occupé par des étrangers, à l'instar des Réunionnais ou autres Malgaches qui y viennent  pour des vacances, les clients locaux aussi rapportent gros. La majorité des Mauriciens qui y louent des chambres viennent en couple. "Zotte vine louer ene la chambre, faire ene journée après zotte aller", nous explique-t-elle. Certains, jeunes fiancés, faute de pouvoir coucher chez leur tendre moitié, y viennent aussi. Les prix pratiqués varient. Pour une journée, certains pensionnats demandent Rs 700. D'autres offrent une chambre à Rs 400 ou même Rs 500.

Préservatif et taches
C'est une habitude pour elle de voir défiler à longueur de journée des hommes et des femmes engagés dans des relations extraconjugales qui profitent du bon temps. "Ou guéter ou trouver sa. Ou trouve madame-là un peu hésiter et so la tête baisser quand pe montrer carte identité. Li lève la tete zisse quand pe alle dans la chambre. Zotte honté couma dire", dit-elle les yeux rieurs. Mais une fois à l'intérieur, ce sont de longues séances de jambes en l'air et un désordre indescriptible à leur départ. "Pas besoin trouver sa. Moi mo reste lor réception mais quand zone fini aller, nek désordre partout et capote dans poubelle",  nous indique Daniella.

Ce n'est pas tout. Quand elle enfile sa tenue de nettoyage, elle voit toutes sortes de choses indésirables. "Travaille la même comme sa. Ena des fois ena taches lor marbre enba ou bien lor drap lili ou cotte lavabo. Sa ou fini conner tout qualité position kamasutra fine aller-là. Ou pas capave dire dégoutant, la vie moderne même ki coume sa", déclare-t-elle d'une voix amusante. Certains clients y viennent avec leur film érotique en poche. Les cris et gémissements sont devenus des sons familiers à ses oreilles. "Fauder ou tander couma zot plaigner. Ou tanne tout qualité la voix. Zot dire
'assez' ou 'encore' ou bien 'arrêter' "
.

Les mineurs qui de nos jours ne cessent d'impressionner par leur vie sexuelle débridée sont bannis de ce pensionnat. Des règles sont strictes à l'entrée pour qu'un couple puisse avoir accès à une chambre.

"Mineur pas gagne droi rentret, obliger ena carte identité. Aster si ou trouve ene dimoune qui paraître 30 ans, ou pas pou demane carte. Si zotte paraître bien zen, lerla nous demande carte identité, mais zotte hésiter", précise la responsable de pensionnat.

Elle ajoute que c'est en weekend que les recettes sont meilleures et que la majorité des chambres sont louées sur rendez-vous alors qu'en jour de semaine ce sont plutôt les femmes qui ont un amant qui viennent chez elle. "Ena des fois mo dire ou, la guerre dans la chambre. Pas facile sa. Ou fini conné banne zomme qui garde femme partout partout. Ou tanne madame-là crier après claque la porte aller".

Deux femmes et un homme
En l'espace de quelques mois à peine, notre interlocutrice a vu toutes sortes de partenaires réclamer des chambres. Pour le moment, elle n'a pas encore eu affaire à des gays ou autres lesbiennes. "Mo penser banne la zotte un peu réservé zotte préfère dans zotte la caze". Elle nous raconte que beaucoup d'hommes qui sont déjà dans la cinquantaine y  viennent avec de jeunes femmes. En une occasion au moins, elle a eu affaire à des partenaires hors du commun. "Ene missié vini avec deux femmes. Deux jeunes madames mo capave dir ou. Bizin ena 18 ou 20 ans". Elle a vite compris que c'est un cas de triolisme. Même si elle était à la réception, les gémissements de plaisir pouvaient se faire entendre. "Sa kalité crier la! Tanne missié-la crier pli boucoup". Parmi ses clients figurent des gens de toutes les couches sociales: fonctionnaires, policiers ou gens simples qui ne peuvent se plaindre du service. "Zotte gagne zotte la chambre propre, douche chaude, climatiseur etc".

Elle précise que le pensionnat qu'elle tient n'a rien à voir avec une maison de passe. "Jamais nous pas offert femme prostituée. Ena client déja rodé mais nous dire zotte gentiment ki ici péna, alle rode ailleurs. Zotte ena toupet pou paraître frustré", nous dit-elle.

Daniella devait aussi nous dire que de jour en jour le nombre de ses clients ne cesse de croître. "Dimoune sorti entier Maurice vinne ici. Ena quand zotte pe visite la chambre zotte dire zot sorti Rivière des Anguilles, Rivière du Rempart, Quatre Bornes et zotte pas chagrin ici".

Elle devait nous déclarer que l'accès au pensionnat est réservé et sujet à la discrétion de la direction car des gens à l'allure louche sont interdits d'accès.