C'est ce qu'affirme le Dr Komalsing Rambaree, Lecturer en Social Policy à l'Université de Maurice et qui a fait son doctorat en 'Sexuality Issues' à Londres.

Le Dr Rambaree a démontré, à travers ses recherches, comment un enfant reçoit les images et les messages sur le Net et comment il se comporte face à cet état de choses. “Tout ce qui a trait à des sites pornographiques attire forcément un adolescent et même un enfant, et la curiosité est pour beaucoup dans la façon dont il sera amené à réagir. Or, plus on crée un univers opaque autour de la sexualité, plus l'enfant voudra en savoir davantage et s'il n'est pas prêt psychologiquement, cela peut avoir un impact négatif sur lui”, dit-il.

Que faut-il faire alors ? En parler ouvertement? Lui montrer les désavantages de la sexualité sur le Net ? Ou encore faire son apprentissage tout doucement pour enlever tout tabou autour de la question ? A toutes ces interrrogations, le Dr Rambaree répond qu'il faut avant toute chose comprendre “comment  le cyber espace la sexualité transite dans l'espace réel”. En langage décodé, il explique que l'Internet est un outil nécessaire et incontournable dans la vie de tout un chacun “et que c'est un outil essentiel pour un enfant”.

De ce fait, il faut faire avec. Mais comment ? Pour le Lecturer, s'il y a un engouement pour le Net, “il faut que cela soit accompagné d'une utilisation éthique et, pour cela, il faut préparer l'enfant comment prendre le côté de la chose”.

Pour le 'sexologue', comme la sexualité “fait partie de l'instinct et que souvent on hésite à en parler, et ce qui est plus grave c'est de la prendre par le mauvais bout, ce qui est le cas pour beaucoup”.

Sans le Viagra, pas de sexe
Le Dr Rambaree avance également que l'accès à l’internet est tellement facile de nos jours que n'importe quel mineur peut entrer dans un site pornographique, en ayant eu l'adresse avec un de ses petits camarades qui lui-même l'a eu d'un autre plus âgé que lui. “Je vais vous donner un exemple. Dans un quartier pauvre du pays, un petit gars est entré sur le Net et a tapé le mot sexe. Sur quoi est-il tombé ? Sur Viagra. Comme il a déjà entendu ce mot quelque part, il est entré sur le site du viagra et il a cru qu'il faut impérativement prendre ce médicament pour avoir des relations sexuelles. Ce qu'il ne sait pas, comprenant mal le français, c'est que ce médicament aide ceux ayant atteint un certain âge et non des jeunes comme lui”.

Il ajoute que l'Internet a aidé à briser les barrières culturelles et géographiques : “Il reste à présent à l'école de jouer son rôle et de briser les barrières morales, socioculturelles et j'estime que les parents aussi ont leur mot à dire”.

Pour lui, les parents “pensent qu'en parlant de sexualité ouvertement avec leurs enfants, ces derniers vont davantage s'y intéresser”. Mais c’est une erreur à éviter à tout prix. “C'est totalement faux! En fait, c'est l'effet contraire qui arrive et l'enfant comprendra, discernera mieux ce qui est mauvais et jusqu'à quelle limite il peut aller”, argue-t-il.

Le docteur en Social Policy explique que le manque de connaissances sur la sexualité pousse l'enfant à aller les chercher par ses propres moyens “et cela résulte en une cascade de problèmes qui peuvent pousser l'enfant à, soit adorer le sexe sur internet, soit lui donner une fausse image de la sexualité qui le dégoûte. Il ne faut pas oublier que l'accès à toutes sortes d'informations est facile”.

Pour conclure, le Dr Rambaree demande à tous ceux responsables dans le développement de l'enfance de s'asseoir autour d'une table et de voir comment trouver un juste milieu entre l'éducation sexuelle à l'école et à la maison. “Car, l'Internet est dominé par la sexualité”, dit-il.

Pas que le Net, il y a aussi la télé
Ceux qui crient au scandale quand les enfants et les adolescents entrent dans des sites pornos
n'ont pas l'air de comprendre que la sexualité n'est pas que sur le Net.

Ils sont nombreux à avoir des chaînes satellitaires à la maison. Or, les jeunes y ont facilement accès, tard dans la nuit. Souvent, les jeunes ont un poste de télévision dans leur chambre et il existe aujourd'hui des 'multi-operators' qui permettent d'avoir accès à ces chaînes.

Or, même si souvent les parents bloquent l’accès à des chaînes diffusant des films plus qu'érotiques, ils arrivent toujours à se jouer du blocage et, après les devoirs, tard dans la nuit, quoi de mieux que de se taper un petit épisode de jambes en l'air, même si les actions ne sont pas à caractère pornographique mais érotiques.

Un coup d'oeil aux images donne un aperçu de ce qu'absorbent les jeunes, certaines scènes sont souvent choquantes et, pour des esprits pervers, cela suffit amplement pour leurs fantasmes. Donc, il n'y a pas que le Net qu'il faut surveiller. Mais, souvent, ces petites choses qui échappent à la vigilance des parents, au grand bonheur de leurs rejetons.

Teenage Sexuality
Ils sont nombreux les parents qui s'arrangent pour mettre un blocage à l'accès à l'Internet chez eux en leur absence. Toutefois, ce blocage, les gamins arrivent quelquesfois par le contourner et alors ils donnent libre cours à leur curiosité. S'ils ne parviennent pas à décoder, ils s'arrangent toujours pour aller chez un jeune soi-disant pour entrer sur un site de jeux vidéo et quand ils constatent qu'ils sont seuls, bien vite ils entrent dans un site pornographique. Ce phénomène est observé dans le milieu scolaire où cela papote dur entre très jeunes étudiants. Combien de fois n'a-t-on pas rapporté la découverte de préservatifs, souvent inutilisés, dans les toilettes de collèges ? Combien de fois n'a-t-on pas saisi des magazines à caractère pornographique dans des sacs de collégiens ? Combien de fois n'a-t-on pas arrêté des jeunes dans des pensionnats ou encore dans des jardins publics en train de se draguer à l'extrême ? Il est un fait que la jeune génération vit pleinement sa sexualité, malgré tous les tabous autour. Que faire pour les en empêcher ? Surtout rien, nous dit un sociologue. Il faut juste leur donner les informations indispensables, comme avoir des rapports protégés, prendre des pilules qui sont offertes gratuitement ou alors ne pas changer de partenaires fréquemment pour éviter toute maladie sexuellement transmissible (MST).

Om Varma : “La pornographie juvénile est néfaste”
Pour le sociologue Om Varma,  “la pornographie sur le Net est nuisible aux jeunes”. Il s'explique : “On a constaté de nombreux cas d'attouchement, de tentative de viol, de viol mêmes entre jeunes. Il nous faut poser les bonnes questions : qu'est-ce qui pousse les jeunes à avoir un comportement aussi bestial ? C'est la pornographie sur le Net, car l'accès en est trop facile maintenant et son utilisation trop répandue.”

Om Varma avance que les parents achètent des PC pour leurs enfants et les placent souvent dans leur chambre. “Ce qui fait que l'enfant a une utilisation presque privée de l'Internet, soi-disant pour des recherches académiques, mais en même temps ils ouvrent les fenêtres de sites à caractère pornographique. Et qui a un regard sur lui pour l'en empêcher ? Personne, surtout pas les parents”, dit-il.

Notre interlocuteur explique “qu'à force de visionner des images pornographiques et de prendre son pied, le jeune ne respecte plus la sexualité qui devient banale, alors que c'est quelque chose de sacré”.

Il avance également que tout devient tellement banal que le jeune estime que répéter ce qu'il a vu sur le Net le rend plus terrible sexuellement : “Sur les sites pornos, il y a des images de partouzes, de sodomie, de lesbianisme ou de gays. Le jeune qui observe ces images en sont fascinés et estiment qu'ils se doivent de faire la même chose pour prouver sa virilité et ce sont les femmes qui en font les frais finalement”.

Pour conclure, le sociologue est d'avis qu'à force de regarder ces images sur le Net, il y a des risques que le jeune devienne accro et quand il devient adulte et se marie, la femme à côté de lui dans son lit ne l'intéresse pas et il se contentera d'images sur le Net pour lesquelles il prendra davantage son pied qu'avec un être humain”.