La jeune femme et Kemraj Oozageer.
«Jamais je ne l’ai épousé, ni contracté un ‘nikkah’ avec elle ! Tout ce qu’elle raconte, ce sont des faussetés », déclare Kemraj Oozageer. Lui, c’est l’homme qui a publié une annonce dans un hebdomadaire en mars 2007. L’annonce se lisait comme suit : «Jeune homme, 39 ans, Franco-Mauricien, cherche jeune fille ou dame divorcée. Tombée sur cette annonce, Alisha (nom fictif) n’est pas resté insensible. Cette employée d’hôpital, âgée de 37 ans, a vite composé le numéro indiqué dans l’annonce. Elle désirait un homme pour le reste de ses jours. Dans le passé, cette habitante de Mahébourg avait contracté une union, mais le couple s’était séparé au bout de trois mois de vie commune seulement.

Alisha ne perd pas une seconde. Elle qui avait l’habi­tude de parcourir des annonces de correspondants dans divers journaux joue le jeu. L’homme à l’autre bout du fil se présente comme un ingénieur en aéronauti­que, originaire de Paris. Il dit être en vacances dans notre île et séjourne à l’hôtel Preskil. L’homme dit s’appeler Avish Peerbaccus. Les jours passent, et des rencontres s’organisent à l’aéroport : l’homme lui affirme qu’il vient de rentrer au pays. Alisha croit dur comme fer avoir trouvé, cette fois, l’homme de sa vie.

« Il m’a raconté que ses parents sont décédés dans un accident, et qu’il possède une maison en France», explique la victime. Elle peut enfin com­men­cer à rêver. Elle se voit déjà installée en France aux côtés de son nouveau mari. Quelque temps après, le couple contracte un ‘nikkah’. La cérémonie se déroule chez Alisha, à Mahébourg. Aucun certificat de mariage n’est établi. «Li dire, pou faire li après».

Son rêve

Alisha est loin d’imaginer que le pire reste à venir. Après le ‘nikkah’, elle pousse enfin un ouf de soulagement, pensant pouvoir enfin s’envoler pour l’Hexagone. Hélas, son rêve sera terni par les exigences moné­taires de son bien-aimé. L’au­teur de l’annonce commence à lui soutirer de l’argent. En avril 2007, il demande à Alisha de l’accompagner à l’île-Soeur pour faciliter
les démarches. L’ingé­nieur en aéronautique lui récla­me la somme de Rs 400 000. Cependant, au mois d’août 2007, Kemraj lui réclame de nouveau Rs 400 000. «Je n’avais que Rs 100 000 sous la main», explique Alisha. Elle décide d’emprunter le reste à sa petite soeur. Aujourd’hui, elle se retrouve sans le moindre sou. «Je suis endettée jusqu’au cou et je dois rendre son argent à ma sœur. Tous les mois, je dois lui rembourser la somme de
Rs 5 000», gémit-elle.

Après avoir réalisé qu’elle était menée en bateau, Alisha prend son courage à deux mains et consigne une déposition au poste de police de Mahébourg. Elle aura le choc de sa vie, quand on lui annonce, qu’en fait, l’homme avec qui elle a contracté un ‘nikkah’ n’est pas de confession islamique. « Une fois, il est venu à l’hôpital, car sa mère était souffrante. Moi, comme je travaille sur place, je suis allée vérifier son identité. J’ai alors découvert que sa mère n’était pas de foi islamique». Alisha ne tarde pas à questionner son époux. Elle tombera des nues en entendant ‘son mari’ réciter des versets coraniques. «Il m’a dit tellement de choses sur la religion islamique que, finalement, je l’ai cru », explique-t-elle. Elle nous exprime sa honte d’avoir été ainsi roulée dans la farine.

De l’autre côté, vendredi après-midi, le présumé époux nous a laissé entendre qu’il avait déjà remboursé la somme de Rs 400 000 à Alisha. « Je possède des documents qui témoignent de ce fait», déclare-t-il. Une affirmation que dément catégo­ri­que­ment la femme. Kemraj Oozageer d’ajouter qu’il n’a jamais contracté de ‘nikkah’ avec cette employée d’hôpital. « Elle raconte des faussetés, je ne l’ai jamais épousée ! », ne cesse-t-il de répéter.

De leur côté, les policiers de Mahébourg, menés par l’inspec­teur Murugaesan et le sergent Aristide, multiplient les démar­ches afin de coincer le présumé escroc. Le suspect n’a rien d’un ingénieur aéronau­tique. Il a plutôt pour habitude de prendre l’air près d’un marchand « de mines » à la croisée de Plaine-Magnien.

Il nous revient que l’avocat du suspect, Me Ritesh Sumputh, a déjà pris contact avec les policiers pour que son client se constitue prisonnier.