Des élèves qui puent l’alcool. D’autres qui titubent dans la cour des collèges. Des mégots de cigarette avec des traces de gandia jetés çà et là dans les toilettes des écoles secondaires. C’est un triste constat: les boissons alcoolisées et le cannabis ont fait leur entrée dans nos collèges.

Même si certains diront que le phénomène n’est pas nouveau, on ne peut rester insensible devant ce fléau qui touche des garçons aussi bien que des filles. “Dans les années 70, 80 et 90, des élèves séchaient des cours. Ils se rendaient à la mer pour boire un coup entre amis.

Aujourd’hui, l’alcool est consommé ouvertement dans des établissements scolaires. Plus grave, ils sont nombreux à apporter des joints en classe”, s’inquiète un travailleur social.
Pas plus tard que lundi, un élève de 17 ans fréquentant un collège d’Etat de Beau-Bassin a sombré dans le coma. Il s’est retrouvé dans un état comateux après avoir consommé un breuvage qu’il a pris pour du jus.

Ce jour-là, vers 11 h 30, l’adolescent jouait au foot avec ses amis de classe. Epuisé, il a voulu étancher sa soif. Il dit avoir aperçu une bouteille contenant du jus dans un coin sur la pelouse.

Pensant qu’elle appartient à l’un de ses camarades, il a avalé une bonne gorgée du contenu. Dix minutes plus tard, il est pris de malaise. Il devient pâle et commence à vomir et perd connaissance. Il est dans un état de somnolence.

Y avait-il de l’alcool dans le jus ?
Entre-temps, le recteur prend contact avec les parents de l’élève. Son état ne s’améliorant pas, il est emmené dans une clinique. Les médecins tentent de le ranimer. En vain ! Comme la clinique n’est pas dotée d’un appareil pouvant le ranimer, le patient est transféré à l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle.

Finalement, c’est vers 20 heures que le collégien reprend connaissance. Interrogé par ses proches, il n’a pas été en mesure de dire si le jus qu’il a bu était mélangé à une boisson alcoolisée. Le ministère de l’Education attend toujours un rapport des services de santé sur la substance qui était contenue dans le jus.

Même si on ne peut, à ce stade, tirer des conclusions hâtives sur ce cas particulier, il n’empêche que l’alcool est devenu un réel problème dans nos collèges. Les exemples abondent. Mardi 11 mars 2008. Deux collégiennes de la Form III d’un collège privé mixte des Plaines-Wilhems se pointent dans l’établissement.
Elles rient sans cesse et paraissent bizarres. Ces adolescentes de 13 ans se dirigent vers leurs salles de classe. Elles titubent. Des amis, qui ont remarqué qu’elles étaient dans les vapes, avertissent aussitôt le Form Master. Lequel est estomaqué en voyant que les deux adolescentes sont dans un second état.  Le Form Master décide de conduire les deux collégiennes au bureau du recteur. Celui-ci n’en croit pas ses yeux. Il comprend bien vite que les deux jeunes filles sont saoules.

Le recteur contacte les parents des deux adolescentes. Ces derniers se dédouanent de toute responsabilité. “Voyez vous-même ce que vous pouvez faire pour ma fille ! Je n’en peux plus”, rouspète l’un des parents.

Changeons de direction. Nous sommes dans un collège d’Etat de la capitale en ce vendredi 14 mars. Cinq garçons de la Form IV sont pris en flagrant délit par des enseignants avec une bouteille contenant du whisky King Robert pendant la récréation. Le breuvage est saisi et leurs parents avertis.

Seuil critique
De tels exemples sont hélas courants dans nos établissements secondaires. Le travailleur social, Danny Philippe, responsable du centre Noubaze, à Cité Pitot, Curepipe, ne passe pas par quatre chemins pour brosser un sombre tableau de l’ampleur du problème dans nos collèges. “La situation est critique. Les adolescents sont de gros consommateurs d’alcool. C’est un vrai fléau !” s’alarme-t-il.

Danny Philippe met en garde les jeunes contre l’abus d’alcool. Il sait très bien de quoi il parle car il est en contact permanent avec les jeunes. “Les garçons tout comme les filles consomment de l’alcool”, indique-t-il. Danny Philippe observe qu’il y a un “rajeunissement parmi les alcooliques”.

“Je ne veux pas être alarmiste. Mais il ne faut pas se voiler la face.

Si cette situation perdure, il faudra ouvrir un centre de désintoxication pour nos jeunes”, prévient Danny Philippe.

Les collégiens se servent de plusieurs astuces pour apporter des boissons alcoolisées aux collèges pour ne pas se faire prendre. “Ils dévident leur boisson dans des bouteilles de jus. Ce faisant, ils échappent à notre vigilance. Nous ne pouvons vérifier un à un de tout ce qu’ils ont emmené aux collèges”, explique Rajen Chumroo de la Fédération des managers des collèges privés. C’est surtout durant les périodes des fêtes de fin de trimestre, des anniversaires des étudiants, des journées sportives que les élèves apportent le plus souvent de boissons alcoolisées.

“Parmi les cas que nous avons enregistrés, certains élèves étaient tellement saouls, qu’ils sont tombés et ont commencé à vomir. Lorsque ces cas sont enregistrés, nous prenons des sanctions contre des élèves. Ils sont renvoyés pour quelques jours”, précise Rajen Chumroo.

Le message est sans ambiguïté : l’école est un lieu qu’il faut respecter. Ce n’est pas une fumerie. Encore moins une beuverie.