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Alerte rouge : Alcool et gandia infiltrent nos collèges
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By Annick Daniella Rivet
Published on 12th April, 2008
 
Les autorités tirent la sonnette d’alarme. Les boissons alcoolisées et le cannabis sont consommés dans nos collèges. Le 31 mars, un élève de 17 ans a été plongé dans le coma après avoir bu ce qu’il avait pris pour du jus.
 

 
Des élèves qui puent l’alcool. D’autres qui titubent dans la cour des collèges. Des mégots de cigarette avec des traces de gandia jetés çà et là dans les toilettes des écoles secondaires. C’est un triste constat: les boissons alcoolisées et le cannabis ont fait leur entrée dans nos collèges.

Même si certains diront que le phénomène n’est pas nouveau, on ne peut rester insensible devant ce fléau qui touche des garçons aussi bien que des filles. “Dans les années 70, 80 et 90, des élèves séchaient des cours. Ils se rendaient à la mer pour boire un coup entre amis.

Aujourd’hui, l’alcool est consommé ouvertement dans des établissements scolaires. Plus grave, ils sont nombreux à apporter des joints en classe”, s’inquiète un travailleur social.
Pas plus tard que lundi, un élève de 17 ans fréquentant un collège d’Etat de Beau-Bassin a sombré dans le coma. Il s’est retrouvé dans un état comateux après avoir consommé un breuvage qu’il a pris pour du jus.

Ce jour-là, vers 11 h 30, l’adolescent jouait au foot avec ses amis de classe. Epuisé, il a voulu étancher sa soif. Il dit avoir aperçu une bouteille contenant du jus dans un coin sur la pelouse.

Pensant qu’elle appartient à l’un de ses camarades, il a avalé une bonne gorgée du contenu. Dix minutes plus tard, il est pris de malaise. Il devient pâle et commence à vomir et perd connaissance. Il est dans un état de somnolence.

Y avait-il de l’alcool dans le jus ?
Entre-temps, le recteur prend contact avec les parents de l’élève. Son état ne s’améliorant pas, il est emmené dans une clinique. Les médecins tentent de le ranimer. En vain ! Comme la clinique n’est pas dotée d’un appareil pouvant le ranimer, le patient est transféré à l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle.

Finalement, c’est vers 20 heures que le collégien reprend connaissance. Interrogé par ses proches, il n’a pas été en mesure de dire si le jus qu’il a bu était mélangé à une boisson alcoolisée. Le ministère de l’Education attend toujours un rapport des services de santé sur la substance qui était contenue dans le jus.

Même si on ne peut, à ce stade, tirer des conclusions hâtives sur ce cas particulier, il n’empêche que l’alcool est devenu un réel problème dans nos collèges. Les exemples abondent. Mardi 11 mars 2008. Deux collégiennes de la Form III d’un collège privé mixte des Plaines-Wilhems se pointent dans l’établissement. Elles rient sans cesse et paraissent bizarres. Ces adolescentes de 13 ans se dirigent vers leurs salles de classe. Elles titubent. Des amis, qui ont remarqué qu’elles étaient dans les vapes, avertissent aussitôt le Form Master. Lequel est estomaqué en voyant que les deux adolescentes sont dans un second état.  Le Form Master décide de conduire les deux collégiennes au bureau du recteur. Celui-ci n’en croit pas ses yeux. Il comprend bien vite que les deux jeunes filles sont saoules.

Le recteur contacte les parents des deux adolescentes. Ces derniers se dédouanent de toute responsabilité. “Voyez vous-même ce que vous pouvez faire pour ma fille ! Je n’en peux plus”, rouspète l’un des parents.

Changeons de direction. Nous sommes dans un collège d’Etat de la capitale en ce vendredi 14 mars. Cinq garçons de la Form IV sont pris en flagrant délit par des enseignants avec une bouteille contenant du whisky King Robert pendant la récréation. Le breuvage est saisi et leurs parents avertis.

Seuil critique
De tels exemples sont hélas courants dans nos établissements secondaires. Le travailleur social, Danny Philippe, responsable du centre Noubaze, à Cité Pitot, Curepipe, ne passe pas par quatre chemins pour brosser un sombre tableau de l’ampleur du problème dans nos collèges. “La situation est critique. Les adolescents sont de gros consommateurs d’alcool. C’est un vrai fléau !” s’alarme-t-il.

Danny Philippe met en garde les jeunes contre l’abus d’alcool. Il sait très bien de quoi il parle car il est en contact permanent avec les jeunes. “Les garçons tout comme les filles consomment de l’alcool”, indique-t-il. Danny Philippe observe qu’il y a un “rajeunissement parmi les alcooliques”.

“Je ne veux pas être alarmiste. Mais il ne faut pas se voiler la face.

Si cette situation perdure, il faudra ouvrir un centre de désintoxication pour nos jeunes”, prévient Danny Philippe.

Les collégiens se servent de plusieurs astuces pour apporter des boissons alcoolisées aux collèges pour ne pas se faire prendre. “Ils dévident leur boisson dans des bouteilles de jus. Ce faisant, ils échappent à notre vigilance. Nous ne pouvons vérifier un à un de tout ce qu’ils ont emmené aux collèges”, explique Rajen Chumroo de la Fédération des managers des collèges privés. C’est surtout durant les périodes des fêtes de fin de trimestre, des anniversaires des étudiants, des journées sportives que les élèves apportent le plus souvent de boissons alcoolisées.

“Parmi les cas que nous avons enregistrés, certains élèves étaient tellement saouls, qu’ils sont tombés et ont commencé à vomir. Lorsque ces cas sont enregistrés, nous prenons des sanctions contre des élèves. Ils sont renvoyés pour quelques jours”, précise Rajen Chumroo.

Le message est sans ambiguïté : l’école est un lieu qu’il faut respecter. Ce n’est pas une fumerie. Encore moins une beuverie.

Appel à la vigilance des parents !
Les jeunes et l’alcool, ça commence parfois à la maison. Le travailleur social Danny Philippe trouve scandaleux que dans plusieurs familles, ce sont les parents eux-mêmes qui offrent des boissons alcoolisées à leurs enfants.

“On peut célébrer des anniversaires en offrant des boissons non-alcoolisées. Mais c’est malheureux de constater qu’on consomme des boissons alcoolisées dans les parties. Il faut encadrer nos jeunes. Leur offrir de la bière ou d’autres boissons à petite teneur en alcool ne peut que leur être nuisible”, soutient Danny Philippe.

Sur le terrain, Danny Philippe est surpris par les cocktails (mélange de plusieurs boissons alcoolisées) préparés les jeunes. Il y a là grand danger, fait ressortir le travailleur social. Les parents doivent être conscients que l’alcool est une drogue, prévient-il. Prise en petite quantité, elle produit la sensation de bien-être et de relaxation. En grande quantité, elle cause l’intoxication, l’apaisement, l’inconscience et à un état extrême, la mort.

Etude du MRC : “Nous buvons pour impressionner les filles”
“Pourquoi consommes-tu de l’alcool ?” Cette question a été posée à 430 élèves des Formw III à VI lors d’une étude réalisée par le Mauritius Research Council (MRC) sur l’alcoolisme chez les jeunes en novembre 2006. 48 % des sondés ont répondu qu’ils ont consommé de l’alcool pour impressionner des filles.

Lors de cette étude 828 élèves des Forms III à VI (48 % de filles et 52 % de garçons) ont été interrogés. 29 % d’entre eux, âgés entre 16 et 18 ans, ont soutenu qu’ils consomment différentes boissons alcoolisées. 37 % en consomment pour s’amuser ; 13 % disent avoir été influencés par des amis ; 14 % disent par leurs parents et 14 % des filles interrogées ont expliqué qu’ils ont goûté à l’alcool par curiosité.

L’étude du MRC a révélé que la consommation d’alcool est plus prononcée dans les collèges mixtes. Il a été décidé qu’une telle étude se ferait chaque trois ans à Maurice. Son objectif est de mesurer la prévalence de la cigarette, de la drogue et de l’alcool chez les jeunes en milieu secondaire. Cela en vue de réajuster les différents programmes de prévention existants.

“Veux-tu fumer un joint ?”
Ils veulent vivre dans un monde qui les convient. Les élèves sont de plus en plus nombreux à vouloir fumer un joint entre amis avant de regagner leurs salles de classe. "Cela nous permet de nous détendre. Nous pouvons mieux suivre les classes et mieux nous concentrer sur nos études", s’amusent à dire un groupe d’élèves d’un prestigieux collège de la capitale.

“Alors que dans les années 80 et 90, les élèves grillaient des clopes dans les toilettes, aujourd’hui les données ont changé. On ramasse désormais des mégots avec des traces de gandia dans différents coins et recoins du collège”, explique un planton qui travaille dans un établissement secondaire privé de Rose-Hill.

Le gandia se vend même en classe. “Les élèves qui ont de l’argent sur eux achètent du gandia à Rs 200 ou Rs 250 le ‘pouliah’ avec des amis ou contacts. Ils apportent ensuite le cannabis au collège pour le revendre avec leurs amis”, souffle un policier. Il cite l’exemple d’un élève de 17 ans d’un collège privé du Sud qui a été arrêté il y a six ou sept ans pour avoir vendu du gandia à un ami de classe. Le vendredi 14 mars, une feuille qui semblait être du gandia est découverte dans le livre d’un élève d’un collège d'Etat des Plaines-Wilhems.

L’élève soutient qu’il avait acheté ce manuel à seconde main et qu’il ignorait s’il y avait une feuille de gandia à l’intérieur du livre. Quelle crédibilité peut-on accorder à sa version ?

“La consommation de gandia dans les collèges est réelle”, soutient le travailleur social Danny Philippe. Selon lui, le gandia est plus cancérigène que la cigarette. “Quelqu’un qui fume des joints risque de développer un cancer. Son cerveau sera aussi affecté.”

Les élèves privilégient les coins tranquilles dans la cour de leurs collèges pour fumer leurs joints. Ils adorent aussi les abords des rivières et les cascades.

Dr Fayzal Sulliman : “Mon plus jeune patient alcoolique avait 12 ans”
Son plus jeune patient qui souffrait d’un problème d’alcool n’avait que douze ans. Le Dr Fayzal Sulliman, responsable du National Methadone Substitution Therapy Centre de Barkly et qui est aussi affecté à temps partiel au centre de désintoxication Idrice Goomany de Plaine-Verte, affirme avoir prodigué des soins et des conseils à cet enfant pour qu’il quitte l’enfer de l’alcool.

Le Dr Sulliman précise qu’il  y a deux facteurs qui poussent un jeune à toucher à l’alcool et au gandia : la curiosité et l’influence des amis. Il met en garde les jeunes de 11 à 19 ans contre les méfaits de l’alcool et du gandia. Car c’est durant cette tranche d’âge, dit-il, qu’ils ont envie de tenter de nouvelles expériences.

“Il y a aussi un facteur important. De nombreux jeunes font pression sur leurs amis. La fameuse phrase : "Si tu ne fais pas comme nous, tu ne peux pas faire partie du groupe" est toujours d’actualité”, observe le Dr Sulliman.

Il y a un comprimé qui est très prisé par plusieurs étudiants en Afrique du Sud, indique-t-il. “Cela leur permet de rester éveillé pour qu’ils puissent apprendre leurs leçons ou pour passer du temps avec leurs amis. Selon nos informations, ces comprimés sont entrés en petite quantité chez nous. Des étudiants sud-africains l’ont partagé avec leurs amis d’ici.”

“Il faut éduquer les parents”
Les parents ont un grand rôle à jouer. Il faut les éduquer afin qu’ils puissent gérer n’importe quel genre de situation, confie Hassam Sakibe Coowar, recteur du Mauricia Institute, à Curepipe.

“Actuellement, la situation est telle que la femme et le mari travaillent. Cela a des avantages et des désavantages. Certains parents n’ont pas assez de  temps pour s’occuper de leurs enfants comme il se doit”,estime-t-il.  Hassam Sakibe Coowar est d’avis que les enfants jouissent d’une trop grande liberté et se permettent de faire ce que bon leur semble. “Dans certains cas, ils tiennent leurs parents en otage. Ils font du chantage en disant à leurs parents que s’ils ne font pas telle ou telle chose pour eux, ils se suicideront. Devant cette situation, plusieurs parents n’arrivent plus à assumer leur rôle parental.”

Alcopops : attention danger !
Ce sont surtout les ‘alcopops’ qui ont la cote auprès des jeunes. Très populaires chez les 13 à 20 ans, ces boissons qui sont en fait des limonades ou d’autres boissons sucrées mélangées à de l’alcool. Elles sont joliment colorées et ont quelque chose d’insolent qui plaît aux adolescents. Les ‘alcopops’ sont ainsi de plus en plus présents chez les jeunes. Leur teneur en alcool est de 5 à 8 %, mais le sucre contenu dans ces produits font qu’on ne s’en rend pratiquement pas compte. Toutefois, leurs effets sont tout aussi néfastes que n’importe quelle boisson alcoolisée.