Le temps est à l’action. Avec les prix des céréales qui explosent sur le marché mondial, nul n’est épargné. Consommateurs, agriculteurs, multinationales. Tous sont logés à la même enseigne. Maurice, comme toutes les populations du monde, commence à en ressentir les effets.

“Nous sommes concernés directement par cette crise car nous avons hérité d’une structure qui dépend du marché mondial pour nourrir sa population”, explique l’économiste agricole Kishore Mundil. Eric Mangar, directeur du Mouvement pour l’Autosuffisance Ali­mentaire (MAA), est du même avis. “Les petits Etats insulaires comme Maurice importent 70 % de leurs besoins en calories (céréales). Nous avons trop longtemps mis l’agriculture au second plan. Ce qui fait qu’aujourd’hui notre pays se trouve dans une situation de choc.”

Une crise qui s’aggrave de jour en jour. D’autant que la Chine a exercé un embargo sur l’approvisionnement de la farine. Le risque que l’Inde lui emboîte le pas n’est pas à écarter. Quelles mesures adopterons-nous alors pour enrayer la crise ?

Maurice pourra-t-elle devenir auto-suffisante ? “Pas complètement et surtout pas si nous consommons les mêmes produits qu’aujourd’hui”, avance  Kishore Mundil. L’économiste agricole estime que les Mauriciens ont une longue tradition d’autosuffisance au niveau familial. “Nous pouvons produire du manioc ou de la patate. Ce qui se faisait déjà dans le passé et que font toujours les Rodriguais. D’un autre côoté, il y a des organisations comme les Young Farmers ou la MAA qui œuvrent pour l’autosuffisance alimentaire à Maurice.”

Il faut trouver de remplacement à quatre produits majeurs : le riz, la farine, le lait et le maïs, soutient Eric Mangar. Les prix de ces produits ne cesseront de flamber. Pire, certains pays producteurs risquent de ne plus en exporter. “Il faut trouver des solutions en termes de calories et de protéines pour nourrir non seulement la population, mais aussi les touristes. Une des solutions est de consolider notre production agricole que nous avons un peu négligée.”

Madagascar ou le Mozambique
La production à grande échelle de la pomme de terre est fortement préconisée. “C’est possible d’être autosuffisant en pomme de terre. Nous avons le savoir-faire
nécessaire et nous pouvons exploiter nos relations avec le Mozambique (Maurice dispose de 185 00 hectares de terre dans ce pays) et Madagascar pour cultiver sur leurs terres”, précise Eric Mangar. On pourrait aussi opter pour le poisson à la place du poulet. “60 % de la nourriture du poulet sont composés de maïs. Si on n’a plus de maïs, dont le prix pourra dépasser Rs 15 000 la tonne cette année, le prix sera répercuté sur le poulet. Difficile de remplacer le lait. Maurice n’aura d’autre choix que de produire plus de lait. Pour atteindre 10 % d’autosuffisance en lait, il faudra produire 20 millions de litres de lait. Or, importer une vache pleine coûterait en moyenne Rs 100 000, tous frais inclus. Il faudrait 6 000 vaches pour atteindre cet objectif.  “Il ne s’agit pas seulement de prendre des décisions fermes, mais il faut aussi le soutien financier et logistique et l’encadrement nécessaire”, explique Eric Mangar.

“La situation est difficilement négociable pour s’approvisionner auprès des pays producteurs dont la priorité est d’assurer leur propre sécurité alimentaire. Le temps où l’on pouvait tout acheter du moment qu’on avait de l’argent est révolu”, soutient Eric Mangar.

Dans l’immédiat, notre seule voie de sortie est la diplomatie, fait remarquer Kishore Mundil. “J’étais surpris d’appren­dre que la Chine a mis un embargo sur la farine. Il semblerait que Maurice ait été prise de court par cette décision. Mais rien n’est joué. Je crois que Maurice doit jouer la carte de diplomatie et envoyer une délégation en Chine pour pouvoir trouver une solution qui fera justice aux deux pays.”

LMLC vend 30 000 t de farine à la STC
Revirement de situation. La State Trading Corporation (STC) a accepté, jeudi, l’offre des Moulins de la Concorde (LMLC) pour approvisionner le pays en 30 000 tonnes de farine. La décision de la Chine de mettre un embargo sur l’exportation de la farine vient ainsi changer la donne. LMLC dispose d’un stock de farine suffisant pour un an.

Les raisons de la crise
  • Flambée du pétrole et des stocks qui s’amenuisent
  • Climat déréglé et spéculations
  • Réorientation de parcelles vers la production des agrocarburants (produits à partir de céréales) et biocarburants (éthanol)
  • Consommation et demande grandissante
  • Habitudes alimentaires mondiales qui évoluent