Cruelle réalité... Les autorités figurent parmi les principaux responsables des inondations à Maurice. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par Le Défi-Plus sur le terrain. Les gros tuyaux de la Central Water Authority (CWA) et des structures de la Wastewater Management Authority (WMA) contribuent à obstruer les cours d’eau et autres ruisseaux.
A Terre-Rouge et Ste-Croix, les familles affectées par les inondations pointent du doigt CWA et WMA. Non sans raison... Le ruisseau qui traverse ces régions est enjambé par plusieurs ponts et autres routes. Sous certains de ces ouvrages, les tuyaux de la CWA peuvent constituer un problème en cas d’inondation. Car au lieu d’être fixés aux parois, ces tuyaux sont placés à quelques pieds sous ces structures. Ainsi, en cas de débordement, la voie n’est plus libre pour les branches, bois, vieux appareils électroménagers qui dérivent dans les flots. De fait, l’eau déborde sur les rues et les cours avoisinantes.
Un ingénieur d’expérience confie au Défi-Plus que ces tuyaux auraient pu être fixés aux parois. “J’avoue que cela requiert davantage de travail, mais, dans l’intérêt de la population, la CWA doit refaire son réseau qui peut obstruer les cours d’eau”, explique-t-il.
Dans certains cas, la WMA obstrue carrément les cours. Dans le ruisseau de Terre-Rouge, à un lieu donné, elle a construit une structure qui gêne le passage à moitié. Pis, le tuyau qui relie cette structure à une autre, construite en retrait du ruisseau, est à quelques pieds du lit de ce ruisseau. “Comment un organisme tel que la WMA a-t-il pu agir de manière aussi irresponsable?”, s’interrogent les habitants de la localité. A jeudi après-midi, des eaux nauséabondes stagnaient dans ce ruisseau. “Nous nous demandons si la WMA ne doit pas nous dédommager pour les dégâts causés par ces inondations. Sa structure a obstrué le cours du ruisseau”, soutiennent-ils.
Les collectivités locales ont, elles aussi, leur part de responsabilité dans bon nombre de régions. D’une part, elles ne nettoient pas les cours d’eau régulièrement. D’autre part, elles ont toléré des constructions illégales. A Quatre-Bornes, des travaux d’élargissement du drain Nellan ont été stoppés car certaines constructions empiètent sur ce cours d’eau.
Balraj Dunputh dépose devant le FFC : “On avait informé Gokhool”
Le Fact-Finding Committee (FFC), mis sur pied pour faire la lumière sur les inondations du 26 mars, a démarré ses travaux, vendredi matin, en Cour suprême. Ce tragique mercredi, quatre personnes avaient trouvé la mort, dont Laura Paul, une étudiante de 13 ans, emportée par les flots à Mon-Goût. Le juge Bushan Domah préside les travaux. Il a pour assesseurs Ranjit Vaghjee, ancien directeur des services météorologiques et Jacques Rosalie, ancien secrétaire aux Affaires intérieures.
Ce FFC a entendu ces deux premiers témoins : Suresh Boodhoo, directeur de la station météo de Vacoas et son adjoint Balraj Dunputh. Ce dernier assurait, le 26 mars, l’intérim au poste de directeur en l’absence du titulaire. Suresh Boodhoo devait affirmer que “trois jours avant les inondations, je suis intervenu au Journal Télévisé pour mentionner des pluies torrentielles persistantes.” Le météorologue devait toutefois souligner les lacunes du système et l’absence d’un Flood Forecasting : “There are so many factors that meteo cannot monitor”’. Le deuxième témoin auditionné fut le no 2 de la météo, Balraj Dunputh. Il a été longuement interrogé par le juge Bushan Domah qui devait, entre autres questions, demander : “Qui a choisi le critère de 100 millimètres ? Et pourquoi pas 57 mm ? Quelle est la logique derrière tout cela?” Balraj Dunputh restait sans réponse. “You seek for help…”, devait lui lâcher le juge.
Au début de son témoignage, l’officier de la météo a présenté une liste des interventions sur les ondes des radios privées et de la MBC, le 25 et le 26 mars. Ce tragique mercredi, les prévisionnistes de Vacoas sont intervenus dix fois en direct. Vers cinq heures du matin, le no 2 de la météo se mit en communication avec l’attaché de presse et un responsable (Supervisor Officer) du ministère de l’Education. Et ce n’est pas tout. Il révéla qu’entre 8h30 et 8h45, en cette matinée tragique, il s’est personnellement entretenu avec le ministre Dharam Gokhool. “I informed Dharam Gokhool of the heavy rain that would continue.”
A maintes reprises, le juge s’est appesanti sur le critère de 100 mm de pluie pour décréter une pluie torrentielle: “Quel est le rationnel ? This is basically where we got trapped!”a déclaré Bushan Domah.
A la fin de l’audition, Suresh Boodhoo a voulu porter des clarifications à la déposition de son adjoint. Mais cette demande lui fut refusée. “We want a serious work, we are doing a professional job”, répliqua le juge.
Le directeur de la météo a réclamé deux semaines pour produire certains documents. Vers 13 heures, les travaux prirent fin. La prochaine séance est prévue le 28 avril à 10h.
Dons d’Ayachi Ajroudi à Radio Plus
Les dégâts causés par les inondations du mercredi 26 mars n’ont pas laissé insensible un grand ami de l’île Maurice. Le Tunisien Mohamed Ayachi Ajroudi a répondu à l’appel de
Radio Plus invitant le public à aider les familles sinistrées.
Ce mandataire du prince Abdallah d’Arabie saoudite a fait don de 10 000 dollars américains (Rs 270 000) à
Radio Plus, à travers son ami Bashir Nazeer. “Dès qu’il a pris

connaissance de ce sinistre, il m’a contacté pour avoir une idée précise de la situation. Il m’a ensuite annoncé son intention d’aider les familles sinistrées”, raconte le conseiller municipal de Port-Louis. L’homme d’affaires tunisien est aussi intervenu sur les ondes de
Radio Plus pour exprimer sa solidarité avec les familles affectées.
Ce n’est pas sa première contribution à la société mauricienne. En 2006, la mairie de Port-Louis avait lancé un Fonds de solidarité.
Mohamed Ayachi Ajroudi avait alors répondu à l’appel du lord-maire Reza Issack en contribuant 10 000 dollars. “Mohamed Ayachi Ajroudi est un amoureux de l’île Maurice. Il vient passer ses vacances chez nous, depuis une dizaine d’années”, souligne Bashir Nazeer.