Les syndicalistes semblent revenus à de meilleurs sentiments concernant le National Pay Council ?
La réunion, convoquée le 10 avril par le ministre du Travail et des Relations industrielles, fait suite aux recommandations du Bureau international du travail (BIT). Nous sommes revenus à la table des négociations car nous croyons dans le dialogue.
Les centrales syndicales réclament plus de syndicalistes au sein du NPC. En quoi cela changerait-il le rapport de forces dans vos revendications ?
Le problème n'est pas seulement d'augmenter le nombre de représentants syndicaux. Il touche à la parité : le nombre de représentants des employeurs doit être égal à celui des employés. Pour nous, les représentants du gouvernement doivent être comptés dans le quota des employeurs. Actuellement, il y a cinq représentants de la Mauritius Employers’ Federation, cinq du gouvernement et cinq des travailleurs. Il n'y a donc pas égalité.
On parle de capacité de payer et on prévoit 9 % d'inflation. Les syndicalistes ne sont-ils pas en train de tuer des petites et moyennes entreprises, en les forçant à passer à la caisse ?
C'est un argument trop classique et facile. Nous, syndicalistes, nous estimons qu'il faut considérer les windfall gains des entreprises. Le NPC doit rétablir le pouvoir d'achat de la population. Même le Premier ministre a avoué que la classe moyenne s'appauvrit et que la classe des démunis est devenue plus vulnérable. C'est le système actuel de compensation qui appauvrit les gens et enrichit le patronat. En d'autres mots, ce sont les travailleurs qui subventionnent nos patrons.
La MEXA estime que les entreprises et le pays perdent de l'argent dans la congestion routière. Comment y remédier ?
La congestion routière est un gros problème. Personne ne semble s'en soucier au niveau des gouvernants. On en débattra encore dans plusieurs années.
La hausse de la roupie fait craindre le pire aux entreprises exportatrices. Est-il raisonnable de réclamer une full compensation dans ces temps qualifiés de « difficiles » ?
Je retourne autrement la question à ceux qui crient au scandale. Quand la roupie se dévaluait constamment, que s’est- il passé ? Ils ont amassé des fortunes ! C'est un argument classique, tout est prétexte aux patrons. Ils ne voient pas la crise sociale qui sévit dans le pays et qui s'accentuera davantage. Pour eux, une roupie faible, c'est la fiesta.
Le PRB va encore plomber les finances de l'État, alors que la récession guette. L'État pourra-t-il en faire les frais ?
Le rapport du Pay Research Bureau (PRB) fait partie des conditions de travail des fonctionnaires. Le pays est en pleine mutation. Il ne faut pas seulement associer le PRB à l'argent. Ce rapport touche aussi à la réorganisation de la Fonction publique. Si les recommandations coûtent trop parce qu’elles interviennent tous les cinq ans, pourquoi donc ne pas en faire tous les deux ans ? Le poids financier serait alors moins élevé.
Après le PRB, pensez-vous que certains hauts fonctionnaires, dont les policiers, vont quitter la Fonction publique pour choisir une retraite importante ?
Le service public n'arrive plus à attirer des gens valables à tous les niveaux, justement en raison d’une politique salariale très faible. Si certains fonctionnaires souhaitent partir, ce sera leur choix.
Vous réclamez de l’état qu’il accepte tout nouveau rapport du NPC in toto ou qu’il le rejette entièrement, au même titre que l’Electoral Boundaries Commission. Ne sont-ce pas deux choses distinctes ?
S'il y a effectivement consensus au niveau du NPC sur ces recommandations, tout comme pour l’Electoral Boundaries Commission, le gouvernement doit, effectivement, accepter le rapport in toto. C'est dans l’ordre des choses.
Vous appelez à la grève si le Conseil des ministres rejette les propositions du NPC. Estimez-vous cela encore possible?
En cas de deadlock, le droit fondamental pour tout travailleur est d'entamer une action syndicale. L’appel à la grève est la mesure ultime. C’est tout ce qu’il y a de plus légitime. La force des travailleurs, quand ils s’assoient à la table des négociations, est de pouvoir brandir ce droit ultime à la grève.