Le pire est devant nous. Si rien n’est fait, manger à sa faim sera un luxe dans les années à venir. Même pour les riches. La menace est là : la crise alimentaire guette le monde. Dans plusieurs pays, la hausse des prix des aliments de base a donné lieu à des émeutes de la faim.

Maurice n’est pas épargnée par la crise alimentaire. Après la première menace sur le riz et la farine, pour la première fois, les Mauriciens ont pris conscience qu’il se pourrait qu’ils aient à revoir leurs habitudes alimentaires. On parle même d’un retour à l’époque ‘patate manioc’. “La pomme de terre pourrait devenir un aliment incontournable”, explique Sashee Joganah, ‘Chief Nutritionist’ au ministère de la Santé.

Le principal problème du pays est que nous sommes loin d’être autosuffisant en nourriture. Maurice importe 77 % de ses produits alimentaires.

Le ministre de l’Agro-industrie le reconnaît. Répondant à la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’Opposition, Paul Bérenger, mardi à l’Assemblée nationale, Arvin Boolell prévient: l’ère de l’alimentation bon marché est révolue.

La crise alimentaire découle de l’insuffisance de l’offre par rapport à une demande en rapide progression. Deux raisons principales expliquent cette situation. Primo, une importante quantité de céréales sont expédiées vers les États-Unis où elles sont transformées en éthanol. Avec le choc pétrolier, les Américains imposent l’adjonction d’éthanol dans l’essence.
Secundo, la bonne santé économique de l’Inde et de la Chine a donné naissance à une nouvelle classe moyenne dans ces pays. Celle-ci consomme davantage de viande et de lait.  
Le changement climatique contribue aussi à accentuer la crise alimentaire. “Ce n’est pas évident de négocier auprès des pays producteurs dont la priorité est d’assurer leur propre sécurité alimentaire. La Chine a annoncé un embargo sur l’approvisionnement de la farine. L’Inde en a fait de même avec le riz”, s’alarme Eric Mangar, directeur du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire.

Lalit apporte aussi sa contribution au débat. Le parti a remis, mercredi, une lettre au ministre des Finances, Rama Sithanen, contenant dix mesures urgentes pour assurer la sécurité alimentaire. L’une d’elles est de taxer les propriétés sucrières qui refusent de libérer des terres pour la production de légumes.

“Il faut encourager un retour à la terre et accorder des facilités aux planteurs et fermiers pour accroître la production locale”, estime Amita Guness, responsable du volet Education à la Consumer Protection Unit. Elle souhaite aussi que les consommateurs changent leurs habitudes alimentaires.  La relance de la pêche est aussi envisagée surtout à une période où le prix du poulet ne cesse de grimper. Cette situation s’explique par le fait que les cours du maïs (qui représente
60 % de la nourriture du poulet) battent tous les records sur les marchés mondiaux.

Le débat sur les Organismes Génétiquement Modifiés est aussi relancé. Paul Bérenger a abordé cette délicate question à plusieurs reprises ces derniers temps. Il déplore que le pays ait accumulé du retard sur ce dossier alors que 23 pays utilisent les techniques OGM pour une meilleure production agricole. Mais la question des OGM doit être prise avec des pincettes, observe Arvin Boolell. “C’est dangereux ! Il vaut mieux être prudent sur ce dossier.”

Face au danger de la crise alimentaire, il est temps de trouver les bonnes recettes pour que nous puissions sortir du gouffre. Sinon, ce sera la faim… du monde.

Les émeutes de la faim
Ce sont les conséquences directes de la crise alimentaire. Depuis le début de 2007, les prix des produits des aliments de base s’envolent un peu partout dans le monde. Des émeutes de la faim ont éclaté en Egypte, au Bangladesh, en Thaïlande, au Burkina Faso, au Sénégal, en Côte-d’Ivoire, au Maroc et la tension monte dans de nombreux autres pays.

A Haïti, où le prix du sac de riz a doublé en une semaine, des heurts ont éclaté, provoquant la démission du chef du gouvernement le 12 avril 2008. Pour le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), cette crise pourrait avoir de très graves conséquences à l’échelon planétaire et entraîner une guerre (voir pièce-jointe au bas de la page - map_monde.jpg)

Pomme de terre : la MSPA à la rescousse
Aider le pays à faire face à la crise alimentaire. C’est le souhait de la Mauritius Sugar Producers’ Association (MSPA) qui se dit prête à collaborer et à s’impliquer davantage en vue d’atteindre les objectifs fixés au niveau national, surtout en ce qui concerne l’autosuffisance dans la production de pomme de terre. L’industrie sucrière est à la base de presque la totalité de la production locale, soit environ 14 000 tonnes de pomme de terre, alors que la consommation est de 25 000 tonnes.

La moitié de ces 14 000 tonnes est produite directement par les compagnies sucrières, et l’autre moitié par des petits planteurs (Young Farmers, sociétés coopératives et planteurs individuels), en grande majorité sur des terres louées de l’industrie sucrière. “Nous comptons poursuivre nos discussions avec les autorités afin de voir dans quelle mesure les obstacles à l’autosuffisance en pomme de terre peuvent être aplanis, notamment les cycles de production, les facteurs de stabilisation des volumes et des prix tout au long de l’année, les capacités additionnelles de stockage et l’approvisionnement en quantité suffisante de semences de bonne qualité”, soutient-on à la MSPA.