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Envolée des prix des produits alimentaires : Panique dans l’assiette
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By Christina Vilbrin
Published on 26th April, 2008
 
Les ménages consacrent 30 % de leur budget à l’alimentation. Un pourcentage qui ne cesse d’accroître.
 

 
L’alimentation grignote de plus en plus le budget familial. Elle occupe une importante partie des dépenses des Mauriciens, soit 30 % à elle seule. Ainsi, une famille de deux enfants consacre en moyenne Rs 4 500 rien que pour l’achat des produits alimentaires sur des dépenses totalisant Rs 15 200. Alors qu’il y a cinq ans, cette même famille dépensait Rs 3 400 pour un budget de Rs 11 390, selon les chiffres compilés par le Bureau central des Statistiques.

Quant à l’indice des prix à la consommation, il est passé de 108,2 points en décembre à 110,8 points en mars, soit une hausse de 2,6 %. Une hausse attribuée à la majoration des prix du pain, de la farine, du lait, du poisson, du poulet et de l’huile de table.

Rajen, un enseignant et son épouse Sarita, qui travaille dans une entreprise privée, se font du souci à chaque fin de mois. Ils ont deux enfants. Leurs salaires combinés s’élèvent à Rs 25 000 par mois. “Nous consacrons entre Rs 5 000 et Rs 6 000 rien que sur les aliments. C’est énorme ! Il ne nous reste pratiquement rien quand nous nous avons fini de payer nos factures”, explique Sarita. Avec l’envolée des prix des produits alimentaires, le couple n’a eu d’autre choix que de revoir sa façon de faire des achats. “Aujour­d’hui, nous n’achetons que les produits qui sont en promo. Nous avons aussi réduit notre consommation en riz tout en tirant un trait sur certains articles comme des produits adoucissants.”

Dépenser utile
Tout comme Rajen et Sarita, de nombreuses familles doivent choisir les aliments en fonction de leur prix pour finir leurs fins de mois. Un changement d’habitude chez les consommateurs qui remonte à un an environ, observe Nicolas Kan Wah, Manager de London Way. “Les Mauriciens étaient connus pour faire le difficile. Ils sont conventionnels et optent pour des marques de riz, de beurre ou de biscuit auxquelles ils sont familiers. Aujourd’hui, les consommateurs ne font plus attention à la marque et à l’origine des produits qu’ils achètent. La marque n’influence plus leur choix”. Une situation qui a poussé les supermarchés et les grandes surfaces à proposer une plus large gamme de pro­duits. Chez London Way, par exemple, le consommateur a le choix entre une quarantaine de marques de riz. Certains choisissent le moins cher, d’autres étudient le rapport qualité/prix avant de se décider. “Les gens réorientent leur budget en écartant le superflu pour acheter utile”, soutient Nicolas Kan Wah.

Avec la crise alimentaire, le pays se trouve confronter à une nouvelle période de prix hauts et très volatils. D’ailleurs, le prix du riz a grimpé. Idem pour le blé. Seul le prix du lait reste stable. Du moins dans l’immédiat. Face à l’augmentation des prix, les familles pauvres sont obligées de dépenser jusqu’à 80 % de leurs revenus en nourriture. Les dépenses non-alimentaires comme le transport, l’électricité ou encore l’eau passent au second plan. Julienne, qui a deux enfants à sa charge, vit cette situation. La quinquagénaire touche mensuellement un salaire de Rs 1 500 par mois. “Je dépense Rs 1 000 rien qu’en nourriture. Vous vous rendez compte, presque tout mon argent passe dans l’alimentation.”

D’où l’importance de faire revivre la tradition d’autosuffisance familiale en ayant son petit jardin dans l’arrière-cour et de manger davantage les produits consommés dans le passé, explique l’économiste agricole Kishore Mandil. “Les gens n’ont pas trop de marge de manoeuvre face à la hausse de prix. Il faut marchander et se tourner vers les différents canaux de distribution. A titre d’exemple, pour les légumes, il y a les petits bazars, mais aussi des maraîchers qui vendent exclusivement dans certaines localités.”

Dos au mur, le Mauricien ne pourra plus longtemps faire la fine bouche.

Le budget familial d’une famille moyenne de quatre personnes
Aliments et boissons non-alcoolisées (thé, café, jus…) : 30 %
Transport : 15 %
Boissons alcoolisées : 10 %
Eau, électricité, gaz ménager
et logement : 10 %
Ameublement et
électroménagers : 7 %
Vêtements et chaussures : 5 %
Culture et récréation (cinéma, télévision…) : 5 %
Restaurant, bar, hôtel : 5 %
Communication : 4 %
Produits de santé : 3 %
Education : 3 %
Autres produits et services : 4 %

Roupie forte : une arme à double tranchant
L’appréciation de la roupie fait la pluie et le beau temps. D’un côté, le prix de certains produits a accusé une baisse. De l’autre, le secteur des exportations perd de sa compétitivité et accumule des pertes.

Vingt-six produits de consommation ont été revus à la baisse. Le lait, le fromage, certaines céréales ou encore les produits dérivés du poisson coûtent dorénavant moins cher. Cette baisse, qui varie entre Rs 6 et Rs 24, est attribuée à l’appréciation de la roupie. A titre d’exemple, le fromage Kraft passe de Rs 52 à Rs 50,90. Le beurre Erica, vendu à Rs 42, coûte désormais Rs 36. La boîte de Weetabix de 215 g se vend à Rs 59 contre Rs 63,95 il y a quelques jours. Quant au Fish Ball, il passe de Rs 154 à Rs 132. Les prix de plusieurs marques de lait ont aussi baissé. Le Red Cow est vendu à  Rs 205,44 contre Rs 211,66, le Farmland coûte Rs 177,86 contre Rs 179,85, le Green Meadow passe à Rs 170,30 contre Rs 181,82.

Si la roupie forte fait le bonheur des consommateurs, elle suscite toutefois l’inquiétude des entreprises d’exportation. De décembre à ce jour, les pertes des exportateurs s’élèvent à environ Rs 3 milliards, révèle la Mauritius Export Association (MEXA). En effet, les entreprises de ce secteur perdent au change. Pire, les produits deviennent de moins en moins compétitifs.