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Vincent Brasse du groupe Xbreed : « Les Mauriciens doivent apprendre à se démerder »
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By Thierry Laurent
Published on 27th April, 2008
 
Chouchou de ces dames, le chanteur de Xbreed estime que les blabla sur la pauvreté ne servent à rien et que les Mauriciens ne doivent pas attendre de l'aide d'ailleurs. Il rejette aussi le fait que son groupe devrait véhiculer des messages positifs, car les artistes ne sont pas des évangélistes.
 

 
Qu'est-ce qu'il en ressort de votre tournée à l'île de la Réunion ?
Pas mal de choses. Il faut dire qu'à l'île de la Réunion, il existe plus de scènes pour que les artistes en tous genres parviennent à s'exprimer. Ce qui n'est pas du tout le cas à Maurice. Là-bas, cela se voit que les gens sont très branchés rock. Puis pour ce qui est de Xbreed, nous nous sommes éclatés un max. Nous sommes parvenus à adopter la vraie rock attitude, malgré les galères qui se sont présentées à nous. On avait emporté notre matos, on a circulé en camion tout le long de la tournée et nous sommes restés solidaire, quoi qu'il arrive.

Après cette tournée, n'auriez-vous pas préféré être né à l'île soeur ?
Oh, pas du tout. Le rock semble être plus apprécié à l'île de la Réunion, certes, mais cela ne nous empêche pas d'aimer notre île. De plus, je pense que si Xbreed a connu du succès à l'île de la Réunion, c'est justement parce que nous sommes Mauriciens.

Justement, lorsque vous avez débuté dans le chant, vous étiez au courant des enjeux, par exemple que le séga se vend beaucoup plus facilement que le rock. Pourquoi donc avoir persisté dans cette voie ?
Ce n'était pas une question de choix. Notre passion pour le rock est venue naturellement. En débutant dans le chant, il n'était pas question de choisir tel ou tel genre musical. Puis, ce que j'aime dans le rock, c'est qu'il n'y a aucun paramètre à respecter. Avec le rock, il n'est pas question de discipline, on s'exprime comme on veut, sans se soucier de qui que ce soit.

Qu'est-ce qui explique cette pauvre culture du rock à Maurice ?
La faute aux médias. Le jour de la mort de Kaya ou de Bob Marley, les stations radios ne manquent jamais l'occasion de rendre un hommage à ces artistes. Par contre, lorsqu'il s'agit de la mort de Kurt Cobain, cela passe inaperçu. Je n'ai rien contre Kaya ou Bob Marley, mais je pense que c'est chagrinant de voir qu'une légende comme Kurt Cobain se perd, tout ça à cause des médias.
 
Ça ne vous a jamais effleuré l'esprit que Xbreed peut être plus apprécié pour leurs tronches que pour leurs musiques ?
(Rires). C'est un peu méchant ce que vous me dites. On me l'a déjà sorti celle-là. J'ai eu l'occasion de constater que nous sommes quelque peu les chouchous des nanas (rires). Mais vous savez, lorsque les gens apprécient notre personne, ça peut aussi les emmener à écouter notre musique, ce qui est tout à notre avantage.

Le groupe Xbreed donne aussi l'impression de constamment tenir ses distances des autres groupes, du genre : ne t'approche pas de moi...
On essaie de faire ce qu'on peut. On ne peut continuer à toujours faire le premier pas. Il est vrai que certains membres du groupe ont tendance à être sur la réserve lorsqu'il s'agit des fans, mais quand il est question de rencontres musicales, nous restons toujours très ouverts. Prenez par exemple la collaboration Don Panik/Xbreed, lors du Bonnto Award. nous étions très enthousiastes à l'idée de collaborer avec lui et vice-versa. Nous comptons d'ailleurs remettre ça très bientôt. Les artistes doivent apprendre à se fondre dans la masse.

Sur vos compositions, vous parlez de tout sauf de conscientiser la masse. Ne pensez-vous pas qu'en tant qu'artistes vous avez ce devoir de responsabiliser les gens ?
Il faudrait d'abord se poser la question : qui sommes-nous pour faire la leçon à telle ou telle personne ? Nous ne sommes pas des prêcheurs d'évangile. Nous sommes des artistes, pas des porteurs de bonnes paroles. Je ne pense pas que Xbreed soit bien placé pour dire aux gens ce qui est bon ou mauvais. Est-ce que cela répond à votre question ?

Est-il déjà arrivé que la musique prenne le dessus sur votre travail ?
Non. Mon métier, c'est la musique. Si je suis consultant dans une entreprise, c'est juste une question d'argent. Il faut bien que je vive après tout.

Changeons un peu de registre. Ministres et chefs d'États se sont réunis pour parler de la pauvreté. Votre avis sur la question ?
Laissez-moi vous dire une chose : si nous continuons à espérer de l'aide de qui que soit, nous sommes mal barrés. Les Mauriciens doivent apprendre à se démerder au lieu d'attendre de l'aide de qui que ce soit.