En un an, la vie est devenue plus chère. Pas seulement pour les plus démunis, mais aussi pour les gens aisés. Avec une inflation qui stagne autour de 9 % par an, on assiste à une situation inédite : la classe moyenne s'appauvrit et a autant de difficultés à faire bouillir la marmite que les plus pauvres de la société.

Ce scénario, auquel peu d'économistes et de politiciens s'attendaient, est surtout le résultat de la hausse des prix des produits pétroliers – le cours du brut a dépassé les 110 dollars – et de la crise alimentaire.

Déjà au lendemain des législatives de juillet 2005, nous avions eu un premier signal avec une première hausse des prix du lait et des produits laitiers. Elle découlait d'une mauvaise production dans les pays producteurs comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande. On en avait alors fait peu de cas. Mais au fil des mois, les prix, non seulement du lait, mais aussi de la farine et d'autres produits alimentaires, n'ont cessé de prendre l’ascenseur. La demande croissante de la Chine et de l'Inde pour les céréales et autres produits carnés ont poussé leurs prix à la hausse. La production d'agrocarburants à partir de céréales telles que le maïs, le blé et le sorgho a aussi contribué à la hausse des prix des produits alimentaires.

Entre-temps, à Maurice, la vie devenait de plus en plus difficile pour les gens de la classe moyenne. L'année dernière, le taux d'inflation approchait les 10 %. Ce qui était symptomatique de la cherté de la vie. Depuis le début de l'année, les prix ont continué à flamber. Le Bureau central des statistiques prévoit que l'inflation sera de 8,7 % cette année. Autant dire que nous devons nous préparer à huit mois difficiles.

L’histoire se répète
« Nous n'avions pas eu ces taux élevés depuis 17 ans. Cette année encore l'histoire se répète et cela pèse sur le pouvoir d'achat. Nous sommes en train de vivre une érosion énorme du pouvoir d'achat des Mauriciens », précise Jayen Chellum, secrétaire général de l'Association des Consommateurs de l'Ile Maurice.

(ACIM).. Ainsi les prix des produits et services de base ont pris l'ascenseur et les consommateurs, surtout ceux en bas de l'échelle, ont du mal à s'en sortir. Mais l'impact des augmentations a créé une nouvelle catégorie de pauvres.

« Nous avons une nouvelle catégorie de pauvres avec l’appauvrissement de la classe moyenne. Avec les enfants qui étudient, l'emprunt pour la construction, aussi bien que les différentes formes de taxes imposées depuis l'année dernière sur l'emprunt, les augmentations répétées ponctionnent de plus en plus les budgets de ménage de la classe moyenne, qui donc a du mal à s'en sortir », explique
Jayen Chellum.

Selon notre interlocuteur, les revenus mensuels d'une famille de la classe moyenne se situent entre Rs 12 000 et Rs 30 000, et quand les dépenses y sont exclues, il ne reste pas grand-chose.

Pour le secrétaire général de l'ACIM, le gouvernement doit faire preuve de plus de vigilance au niveau des augmentations.

« L'Etat ne joue pas son rôle de façon dynamique. À titre d'exemple, récemment en Malaisie, suite à la crise alimentaire, le gouvernement a décidé de mettre de côté tous les projets afin de privilégier l’auto suffisance en riz. Pourtant ce pays n’importe que 30% de sa consommation de riz. Il est vrai que nous ne pouvons pas cultiver le riz à Maurice, mais le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il y a de grandes discussions mais pas de grand suivi dans les actions », précise Jayen Chellum.

Baisse modérée suite à l'appréciation de la roupie
Ils étaient contents les consommateurs quand ils ont appris que 26 produits connaîtront des baisses suite à l'appréciation de la roupie. Mais malheureusement, les baisses ne sont pas aussi flagrantes.

Jayen Chellum déplore que l'impact de l'appréciation de la roupie n'a pas encore été ressentie sur les produits.

« Quand il s'agit d'augmenter, les prix montent en flèche mais quand il faut baisser les prix, alors ils parlent de 'trends'. Je suis vraiment navré de constater que le gouvernement et le secteur privé ne jouent pas le jeu », précise Jayen Chellum.

Kishore Pertab : « Même les professionnels en souffrent »
« Il n’y a pas que les pauvres qui se plaignent de la vie chère ». Ces mots fusent de la bouche de l'avocat politicien Kishore Pertab. Les membres de la profession libérale font aussi face à la douloureuse augmentation des prix. « Quand il s'agit d’augmentations, alors on ne peut plus segmenter. Car tout le monde, même les professionnels de ma catégorie, en souffrent », précise l'avocat.

Avec une fille qui effectue ses études en Angleterre, le couple Pertab a dû réorganiser sa routine de vie pour faire face à la cherté de la vie. « Déjà que pour les études de ma fille, cela coûte énormément. Nous devons nous sacrifier, et depuis que tout a augmenté, cela devient plus compliqué », dit l'avocat Pertab.

Pour l'avocat, il est hors de question de renoncer à son confort quotidien. Même si pour cela il doit se tuer au travail. « Pour subvenir à mes besoins, je dois travailler plus. C'est-à-dire avoir plus de revenus afin de garder mes habitudes alimentaires et mon train de vie », indique Me Pertab.

Par ailleurs, en ce qu'il s'agit de réorganisation, Me Pertab a décidé de supprimer les grandes vacances à l'étranger. « Les vacances sont essentielles pour se relaxer. Mais, au lieu d'effectuer deux voyages chaque année, nous avons décidé de n’en faire qu'un », ajoute Me Pertab.