Les prix des produits de première nécessité ne cessent d'augmenter. Même les riches se plaignent de la cherté de la vie. Les Mauriciens arriveront-ils à sortir du guêpier ?
Oui, si on pense qu’il y aura une baisse du prix de ces produits de première nécessité. La hausse de prix provient d’un profond déséquilibre du marché. L’offre est en baisse, alors que la demande enregistre une forte augmentation. Cette situation est le résultat de plusieurs facteurs conjoncturels et structurels : dérèglement climatique, changement dans les habitudes de consommation des populations des pays émergents, détournement de terres de la chaîne alimentaire pour la production des bio carburants, etc. Le problème qui se pose et se posera, porte non seulement sur la question des prix mais aussi sur la question de la disponibilité de ces produits. Oui, on peut sortir du guêpier, moyennant qu’on place la politique agricole au coeur de notre stratégie de développement. Ce qui est certain, c’est que les Mauriciens devraient changer leurs habitudes alimentaires.

Pensez-vous que la cherté de la vie creusera davantage le fossé entre les riches et les pauvres ?
Oui. Il est connu que l’item alimentation pèse plus lourd dans le budget d’une famille pauvre que celui d’une famille riche. L’augmentation du prix des produits de première nécessité va affecter beaucoup plus les pauvres et donc creusera davantage les inégalités. Aujourd’hui, la priorité des priorités consiste à trouver les mesures appropriées pour veiller à ce que les 7000 familles pauvres ne basculent pas dans l’extrême pauvreté.

Dans plusieurs pays africains, des manifestations violentes ont été organisées contre la hausse du coût de la vie. Risque-t-on d'assister à des 'émeutes de la faim' à Maurice ?
Une centaine de millions de personnes dans 33 pays à travers le monde est affectée par la présente
crise alimentaire. Désespérés, car ils risquent de mourir de faim, les « émeutiers de la faim » sont descendus dans la rue. Dans certains pays comme Haïti, il y a plus de 80 pour cent de la population qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Dans les pays faisant partie de la SADC, il y 45 % de la population qui sont dans la même situation. à Maurice, le pourcentage de la population qui est pauvre est de 8 %. La situation est sensiblement différente. Ceci dit, il ne faut pas prendre le moindre risque qui pourrait conduire à une aggravation de la situation avec, pour conséquence, qu’une partie de la population n’aura d’autre choix que de se soulever.

Que doivent faire les Mauriciens pour pouvoir survivre face aux augmentations incessantes des produits de première nécessité ?
Il faut d’abord arrêter de chercher de bouc-émissaire. Les Mauriciens doivent faire face à la réalité aussi brutale qu’elle soit. Cette réalité, c’est que l’augmentation des prix échappe à notre contrôle car elle obéit aux lois du marché mondialisé. Il faut comprendre une fois pour toutes qu’il n’y a pas de solution miracle. La survie passe par une adaptation dans la façon de vivre. Plus précisément, il faut que les Mauriciens apprennent à vivre selon leurs moyens, avec les changements que cela implique. Nous n’avons pas le choix.

Sur le plan social, quelles sont les conséquences d'une situation où les prix ne cessent d'augmenter ?
Déjà, de nombreuses familles, y compris celles faisant partie des classes moyennes, se plaignent de ne pouvoir joindre les deux bouts. La frustration existante va se développer et s’intensifier. Si les acteurs du développement tombent dans la démagogie facile et irresponsable, ils contribueront objectivement à alimenter une dépression sociale qui peut dériver et déraper. L’heure est à un sens aigu de responsabilité, tant des gouvernants que des opposants et d’autres leaders d’opinion. Nous devons tous apporter notre contribution dans la recherche des solutions intelligentes pour faire face aux graves défis et dangers qui nous menacent.