Pourquoi le réveil soudain des membres de l'Ahrim pour offrir des services communautaires ?
L’action citoyenne est déjà pratiquée dans la plupart des hôtels membres de l’Ahrim, depuis de longues années. Ce n’est donc pas un concept nouveau pour les hôteliers, mais je concède que nous avons jusqu’à présent très peu communiqué sur cette question. Aujourd’hui, nous changeons d’approche et de stratégie et adoptons un plan d’action commun et structuré afin d’accroître et d’optimiser les ressources et d’avoir un impact plus significatif. L’Ahrim a créé une entité commune appelée Ahrim Action, où les hôtels membres de l’Ahrim, en partenariat avec diverses ONGs et institutions du pays, initieront divers projets autour des trois axes retenus, à savoir le développement de la communauté, l’amélioration de l’environnement, et l’échange et le partage.

Depuis des années, les hôtels ont amassé des profits. ne serait-ce pas bien qu'ils donnent plus que les 2% de leurs profits à la cause sociale ?
Comme vous le savez, les hôtels, comme tous les opérateurs privés, contribuent à travers les taxes, la TVA, les permis au budget de l’Etat pour son fonctionnement et notamment pour la cause sociale. Ces diverses contributions dépassent les Rs 3 milliards de roupies par an, ce qui est quand même conséquent. Ces profits sont utilisés pour rémunérer les actionnaires des compagnies et financer les investissements pour les rénovations et pour d’autres projets. Par ailleurs, il y a quelques années, peu de gens croyaient dans ce secteur et peu de compagnies réalisaient un niveau de profits raisonnable ; certains y ont cru et réalisent aujourd’hui des profits intéressants mais il y a eu des années de vaches maigres et on a un peu tendance à l’oublier trop facilement. Par exemple, une compagnie hôtelière a, pour la première fois en 10 ans, distribué des dividendes en 2007 et, donc, les actionnaires sont restés sans rémunération durant les neuf premières années. Ce secteur est aussi endetté à hauteur de Rs 19 milliards à décembre 2007, selon un rapport de la Banque de Maurice. Vous vous souviendrez que dans le discours du budget, le ministre des Finances a proposé que les entreprises consacrent 1% de leurs profits au CSR ; nous avions déjà pris la décision d’y consacrer 2%, ce qui est le double de cette proposition et qui constitue une somme non négligeable.  

Vous dites que plusieurs activités sont sous-contractées.
Mais qu'en est-il du concept « all inclusive package » qui fait du tort à l'industrie dans son ensemble ?

Effectivement, de nombreuses activités sont sous-contractées et représentent une part significative des dépenses opérationnelles courantes des hôtels. Ces activités concernent notamment la sécurité, le boat house, l’entretien, le transport du personnel, l’animation,  la lessive, etc... En ce qu’il s’agit du concept de « All Inclusive », la réponse simple à votre question est que nous n’avons pas le choix et devons nous adapter à la demande internationale et, si nous ne le faisons pas, ces clients qui sont à la recherche de ce produit iront simplement ailleurs. Pour faire un parallèle, si un client veut absolument acheter un chou et que vous insistez pour lui proposer une pomme, il ira voir un autre vendeur. Les rapports internationaux démontrent que depuis quelques années déjà, ce segment de All Inclusive représente la plus forte croissance dans les flux touristiques ; ne pas prendre acte de cela et de la demande des Tour Opérateurs serait suicidaire. Cette formule n’est certainement pas la meilleure, y compris pour les hôteliers car quand vous proposez un package, il y a forcément un élément de discount et vous ne percevez plus ou peu de revenus pour les extras ; toutefois, cette formule, à part d’apporter des revenus additionnels, permet aussi une augmentation de la consommation (donc des fournisseurs de produits divers) et du personnel affecté à l’hôtel  avec des conditions satisfaisantes. Enfin, selon une récente étude que nous avons faite, cette formule prend de l’importance à Maurice et représente 21% des arrivées touristiques, ce qui fait que 79% des touristes qui viennent dans les hôtels choisissent encore une autre formule que le All Inclusive. mais soyons réalistes, les risques que cela augmente sont bien réels.  

Peut-on s'attendre à ce que l'ouverture d'autres hôtels amène des actions plus concrètes de la part de l'Ahrim, en ce qui concerne la responsabilité sociale ?
Ce sont les hôtels qui soutiennent les diverses actions et non l’Ahrim. L’Ahrim n’est que le coordonnateur et le facilitateur. L’objectif de ce plan d’action est de mieux intégrer les hôtels dans leur environnement et c’est pourquoi, il est important que ce soit les hôtels qui s’impliquent dans ces projets. S’il y a plus d’hôtels à l’avenir, il y aura effectivement plus de moyens pour les divers projets. mais n’oublions pas qu’il s’agit d’hôtels profitables qui peuvent consacrer 2% de leurs profits à un tel projet. Comme vous le savez sûrement, un hôtel prend en moyenne 4 à 6 ans avant de devenir profitable. donc, à moyen terme, oui, les nouveaux hôtels seront susceptibles d’adhérer à ce plan. mais cela reste entièrement volontaire.