Les basses-cours du pays sont dans la tourmente. En cause : la cherté de la provende - la nourriture pour les volailles, qui est fabriquée essentiellement à partir du maïs (60 % de la composition) et du soja (20 %). Le prix de la provende a augmenté de 40 % de mars 2006 à ce jour. Les dernières hausses remontent à novembre (9 %) et février (15 %). Une ma­joration qui est due à la flambée des prix des matières premières sur le marché mondial.

“Les prix du maïs et du soja échappent à tout contrôle : ils ont bondi de 60 % et 50 % respectivement depuis octobre 2007 à ce jour”, explique Iqbal Mohingoo, directeur des ventes chez Meaders Feeds Ltd – l’un de trois fabricants locaux de la provende dans le pays. Ainsi, en deux ans, la tonne de maïs est passée de Rs 3 000 à Rs 10 000. Une situation qui se complique davantage car les producteurs préfèrent expédier leurs céréales aux Etats-Unis qui les achètent à des prix beaucoup plus élevés afin d’en fabriquer de l’éthanol, poursuit Iqbal Mohingoo. Surtout que Maurice importe annuellement 80,000 tonnes de maïs et 50,000 tonnes de soja.

Les petits éleveurs peuvent, eux, à peine maintenir la tête hors de l’eau. “Depuis mi-février, nous n’arrivons plus à couvrir nos coûts de production ce qui nous contraint à puiser dans nos poches”, soutient Pravesh Sohotoo, président de la Mauritius Poultry Producers Association (MPPA). Consé­quen­ce : leurs finances sont dans le rouge. Ils accumulent pertes après pertes et certains d’entre eux ont même mis la clé sous le paillasson.

“Vous rendez-vous compte que le prix d’un sac de 50 kg de provende coûtait Rs 325, il y a cinq ans ? Et aujourd’hui, le même sac est en vente à Rs 950”, explique un éleveur de Plaine des Papayes, qui recherche un acheteur pour son poulailler. “Je croule sous les dettes. Je dois de l’argent à la banque ainsi qu’à l’entreprise où j’achète de la provende. Je n’ai pas d’autre choix que de tout abandonner”, explique-t-il. Quant à Pravesh Sohotoo, il a dû fermer un de ses élevages à Brisée-Verdière après avoir accumulé de pertes de Rs 70 000.

Rude concurrence
Outre la cherté de la provende, les petits éleveurs se voient confronter à un autre problème : ils n’arrivent plus à écouler leurs poulets sur le marché. “Les gros producteurs vendent leurs poulets à un prix inférieur aux nôtres. Bref, nous n’arrivons plus à vendre nos poulets et nous ne pouvons même pas con­currencer avec eux car nous n’avons plus de marge de profit”, déplore Pravesh Sohotoo. Le poulet frais est en vente à Rs 57 le kilo par les petits éleveurs contre Rs 52 le kilo (après un escompte
de 5 %) par les gros producteurs.

Comment les gros producteurs peuvent afficher des prix stables alors que le secteur, dans son ensemble, est affecté par la hausse des matières premières pour la production de la nourriture pour volailles ? C’est la question que se pose Pravesh Sohotoo.

Une hausse du prix du poulet n’est, toutefois, pas à écarter. Pour Thierry de Spéville, General Manager de la Food & Allied Industries Limited (FAIL) – qui produit et commercialise le poulet Chantecler –, la hausse constante des matières premières est un phénomène international ayant comme conséquence une hausse constante du prix du poulet à l’échelle mondiale.

En effet, de juin 2006 à ce jour, le prix du poulet a augmenté de 47%. “Néanmoins, la viande du poulet demeure, parmi les viandes, celle qui a connu la hausse la moins élevée. Le poulet reste l’aliment le plus prisé des Mauriciens. Ce produit est vendu à un prix plus compétitif comparé aux autres viandes locales et importées”, précise Thierry de Spéville. Et d’ajouter : “Les réalités du marché et les diverses hausses des intrants de la production ont certes une incidence sur le prix du poulet. D’autres hausses sont inévitables dans un contexte économique et commercial dominé par la hausse du coût de production”.

Avec la flambée des prix des matières premières qui ne montre guère de signes de ralentissement, l’industrie du poulet n’est pas prête de sortir de l’auberge. Ou du poulailler.

L’autosuffisance en jeu ?
Maurice envisage de passer à une production locale de 33 000 à 45 000 tonnes de poulets d’ici à 2015. Malgré les difficultés que rencontre l’industrie du poulet, les opérateurs restent optimistes. “Je ne pense pas que nous nous dirigerons vers des objectifs en deçà du seuil d’autosuffisance en poulet. Nous aurons à nous adapter aux réalités du marché. Nous sommes condamnés à atteindre nos objectifs de production, compte tenu de la crise alimentaire mondiale”, explique Thierry de Spéville. Un avis que partage Iqbal Mohingoo : “Tant qu’il y aura des matières premières, il n’y aura aucune menace. L’initiative du gouvernement de produire du maïs à Madagascar et au Mozambique nous aidera à pallier le problème en cas de pénurie”.

En chiffres
4 kg d’aliments. C’est ce que consomme un poulet avant d’arriver à maturité.

45. C’est le nombre de jours requis avant qu’un poulet ne soit prêt pour l’abattage.

120 millions d’œufs. C’est la production annuelle du pays. Le gouvernement envisage d’en produire 165 millions d’ici à 2015.

FAIL, le leader du marché, produit 12,000 tonnes de poules par an alors que les petits éleveurs occupent entre 20 et 25% du marché. Les autres producteurs sont Innodis, Poulet Mont Ida et Poulet Arc-en-ciel.