Vous avez fait une violente sortie contre le père Grégoire. Pourquoi vous indispose-t-il autant ?
Il prend des positions et peste qu'il ne fait pas de la politique. Ce que je trouve navrant, c'est qu'il n'intervient pas sur les sujets importants de la société, mais entraîne une couche de la population à faire abstraction de sa lutte syndicale et politique. Sa deuxième erreur est qu'il fait le jeu du PTr et du MSM, car il est à l'écoute de ces deux partis. Si un mouvement accepte le fait qu'il représente une minorité, consciemment, il reconnaît qu'il y a une majorité. L'ethnie créole rentre ainsi dans une négociation avec la majorité pour avoir des gains.

Quelles sortes de gains ?
Le père Grégoire n'a pas encore énoncé de façon pragmatique ses demandes. Il a décrit le malaise créole. On entre, de ce fait, dans une cassure de notre société en groupes. Le Hizbullah était entré dans cette logique, mais s'est cassé le nez. Quant à la VOH, elle représente la majorité, mais utilise la force pour arriver à ses fins.

Il faut reconnaître qu'il y a un phénomène Grégoire. Qu'est-ce qui explique cela ?
Ce phénomène va durer quatre ou cinq ans. Il a commencé avec la musique avec la chanson Ti pas, ti pas qui veut tout dire. Puis, il y a eu les séances de prière. Et quand, enfin, il passe à l'étape d'activités ethniques, il a déjà une base dynamique.

Qu'est-ce qui explique votre coup de gueule envers lui ?
Ma colère, c'est qu'il divise l'ethnie créole. Or, cette composante de notre société a trois avantages : elle n'a pas de grandes familles exploratrices, pas de high strata ; elle est demeurée une ethnie prolétarisée et sa contribution dans la lutte syndicale et politique est énorme. On n'aurait jamais eu l'indépendance sans les créoles. Puis, cette ethnie est proche du mauricianisme. C'est merveilleux, parce qu'elle est déconnectée de sa culture ancestrale et s'est ouverte aux autres cultures.

Donc, le travail du père Grégoire détruit ces qualités innées ?
Quand il pousse les créoles vers l'ethnicité, l'abbé Grégoire détruit l'élément naturel et rend les créoles sectaires. La personnalité de Grégoire est forte. Il s’en sert grâce à des affiches où il y a une grande photo de lui. Tout comme l'a fait Alexandre le Grand.

Il réussit de fort belle manière cette opération de charme...
C'est un homme qui maîtrise la manipulation de la pensée et de l'adhésion. Ma colère est simple : je m’occupe de 24 syndicats et je suis rémunéré Rs 11 000 par mois pour deux d'entre eux. Avant le meeting de jeudi dernier, j'ai réalisé que le phénomène Grégoire allait faire du mal à la gauche et aux syndicats. J'ai assez fait de concessions pour le monde syndical.

Est-ce à dire que vous comptez tirer votre révérence après tant d'années
de lutte ?

Je vais me couper du monde syndical. Je me retire en juillet prochain définitivement. Je ne peux accepter que, dans une assemblée générale, quand on critique le père Grégoire, il y ait des membres, qui sont des supporters de Grégoire, qui font une sortie violente contre nous.

Vous évoquiez les qualités des créoles. Pourtant, il n'y a pas mal de mauvaises perceptions sur cette communauté. Qu'en dites-vous ?
Prenez mon exemple : mes grands-parents m'ont enseigné l'honnêteté et la musique classique. On a eu des familles très cultivées et nous ne sommes pas des batchiara. Je demande au père Grégoire de mener une enquête au niveau des salaires de certains cadres créoles qui touchent beaucoup plus que les fonctionnaires. Ils ont des atouts  pour pouvoir arriver dans la vie. Il ne connaît pas l'île Maurice. Car il est trop démagogue. Il est entouré de personnes qui fine bate batté partout coté et qui l'utilisent comme une dernière planche de salut.

Pensez-vous que le prêtre pourrait être manipulé ?
Chez lui, il y a un fort penchant mégalomane. Sa personne passe avant tout. Contrairement à ce qu'a fait Serge Clair dans sa lutte pour l'émancipation des Rodriguais. L'ethnie créole regarde le père Grégoire comme une opposition au régime. Mais ce dernier commence à diluer en faisant des compromis. Toutes ses revendications sont antirépublicaines. Si on les accepte, elles doivent être valables pour les autres ethnies aussi.

Et si jamais les politiciens étaient en train de le rouler dans la farine ?
Quand l'abbé Grégoire rencontrera des obstacles sérieux, c’est-à-dire les mêmes politiciens qui pé passe dibère are li, il va quitter Maurice et laissera beaucoup de désillusionnés derrière lui.

Est-ce que Grégoire gêne le MMM ?
Il se positionne avec Navin Ramgoolam jusqu'aux prochaines élections. Et il développera un terrain d’entente avec les Jugnauth. Il n'est pas intéressé avec Bérenger. S'il n'obtient rien du PTr et du MSM, il poussera les créoles, par défaut, vers le MMM.

Il y a une phrase que vous avez dite au meeting de Beau-Bassin : « Ale fer foute ! » Puis, vous êtes parti. Expliquez-nous cette phrase si mauricienne...
Je ne peux accepter la politique de Grégoire. Et en quittant le monde syndical, je garde ma liberté de le dénoncer sans que j’aie à rendre des comptes aux dirigeants syndicaux qui le soutiennent. En juillet, je me libère pour m'occuper de Grégoire. Car c'est un homme dangereux. Il a un lien avec l'oligarchie sucrière, qui n'hésitera pas à le lâcher si les autres ethnies se tournent vers elle.

Vous ne craignez pas un backlash après cette déclaration ?
Je ne m'apparente à aucune ethnie. Je suis Mauricien. Je suis à la recherche de Dieu et ce n'est pas avec Grégoire que je vais le rencontrer. Il a fait des gaffes. Il n'est même pas chrétien et je ne sais pourquoi il a encore sa robe de prêtre. Le christianisme ne repose pas sur ce qu'il fait. Il gagnerait à aller relire St-Paul. n

Pourtant, il a le soutien de l'Église...
Il faut que l'Église le soutienne. Car, Grégoire peut s'en aller pour créer sa propre église.