Il est 10 h25. Nous sommes dans la capitale, assis dans la salle d’attente d’un cinéma situé dans une rue lugubre. A l’affiche : un film bollywoodien. Aux guichets, ce sont plutôt des jeunes étudiants en tenue civile, cartable accroché à l’épaule, qui font la queue. Leur ticket en main, ils grimpent quatre à quatre l’escalier pour accéder à la salle. Nous les suivons. A l’intérieur, il n’y pas grand monde, à l’exception de quelques jeunes couples. Ce sont principalement des adolescents dans la fourchette d’âge de 14 à 17 ans. Le second trimestre vient pourtant tout juste de débuter. A peine les premières images défilent-elles sur le grand écran, qu’ils changent de position.
A l’extrême droite de la salle, en haut complètement, un jeune couple ouvre le bal. Le comportement des deux tourtereaux prouve clairement qu’ils ne sont nullement embarrassés par la présence d’autrui. Le film n’a point d’importance à leurs yeux. Le jeune homme commence à savourer les lèvres de sa dulcinée. De longues séances gratuites de " French kiss " ont alors lieu sous les yeux de tous. Ce n’est pas tout. Petit à petit, la scène devient plus chaude, plus torride. On se croirait en train de visionner un film érotique. Le jeune homme caresse les cuisses de sa petite amie. Il ne se soucie pas de la présence des autres et commence à tripoter sa petite amie. Ils commencent à se dévêtir.
Dans l’autre partie de la salle, les autres couples font montre de plus de retenue. Ils se contentent de simples petits bisous et bécots et autres caresses. Sur l’écran, c’est du cinéma à l’américaine avec coups de feu et courses-poursuites en limousines entre autres. Un regard à droite et c’est toujours le show chaud ! Ils se montrent incontrôlables, au bord de l’extase. C’est la jeune damoiselle qui prend les choses en main. Peu à peu elle disparaît de notre vue. Elle se met à quatre pattes entre les cuisses de son partenaire. Sa tête ne cesse de faire le va-et-vient et le jeune homme commence à pousser des gloussements de plaisir. Par la suite, on assiste à toutes sortes d’acrobaties. Quelques minutes plus tard tous les regards sont tournés vers le couple. On n’entend que gémissements, halètements, râles. Ils se sont allongés sur la moquette. Puis le jeune homme se met debout et se serre contre la fille. Ils sont en pleins ébats. Ils font l’amour, le vrai. Ce sont en effet de vraies scènes d’amour, sans trucage. Du sexe, réel, comme dans la vraie vie.
Mais leur plaisir est de courte durée. C’est l’entracte. L’obscurité fait place à la lumière. Ce couple est pris au dépourvu par tous ceux présents dans la salle. Les deux tourtereaux sont à poil. Décontenancés, ils tentent de se rhabiller. De l’autre côté de la salle, on entend de grands éclats de rire. On ne peut décoder ce que la jeune fille a murmuré à l’oreille de son copain. Ceux qui avaient quitté la salle pour se rendre aux toilettes n’hésitent pas à regarder le couple droit dans les yeux.
A peine la deuxième partie du film est-elle projetée que le couple quitte la salle sur la pointe des pieds. Les autres couples eux continuent à se faire des gâteries.
Les salles de cinéma ont la cote dans le milieu estudiantin depuis peu. Les ados préfèrent ne prendre aucun risque. L’accès leur étant interdit aux pensionnats, ils désertent également les endroits publics, tels que les jardins. De peur de tomber dans les filets des équipes de la Brigade Des Mineurs. Les salles obscures leur offrent sécurité et intimité.
Dans cinéma qui éna cinéma !
Juste après le film on s’est rapproché d’une employée de la salle. Yoshni (nom fictif) accepte de nous parler après quelques hésitations. Elle dit être habituée à ce genre de scène car très souvent elle se pointe dans la salle pour s’enquérir si tout se passe bien. Elle confirme que c’est en majeure partie les étudiants qui y viennent pour des moments de détente. Les couples âgés aussi se font remarquer de temps à autre. " Dans cinéma qui ena cinéma. Ou kapav croire film porno. Parfois, qund nous rentre dans la salle ena couple pas lor chaise mais en bas et plus joli c’est ban zenfant l’école ", nous dit-elle. Elle a vu toutes sortes de couple au cinéma. Elle s’est dit choquée par des filles de bonne famille qui viennent prendre du bon temps. Elle raconte que même les adultes se laissent aller à des jeux érotiques. " Capave zotte peur pour alle dans la chambre, ban jeune meme riye zot ! " lâche cette femme de 40 ans.
Jenny (17 ans ) : " Je suis venue au cinéma avec trois différents partenaires "
C’est une étudiante d’un collège de Port-Louis qui a accepté de nous livrer son témoignage dans la plus grande discrétion. Elle explique qu’au départ elle préférait les salles de cinéma mais par la suite elle a opté pour les campements. " Le ciné c’est trop chouette. Sauver lécol et alle au ciné. J’ai tout fait avec trois différents mecs " nous apprend-elle. Elle et ses partenaires affectionnent les salles moins fréquentées pour prendre leur pied. " Nous alle dans ban ciné kot ena vié film et on fait l’amour à mort sans être inquiété. Des fois les employés nous regardent d’en haut mais ça ne nous freine pas et alors on bouge vers les toilettes ", nous déclare notre jeune
interlocutrice!