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Salons de massage : Ils poussent comme des champignons
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Irshaad Olitte
bienvenu a tous n'hesitez pas a me contacter irshaadolitte@gmail.com 
By Irshaad Olitte
Published on 1st May, 2008
 
Difficile aujourd’hui de ne pas tomber sur un salon de massage en vous promenant dans n’importe quelle région de l’île. On ne va pas parler dans cette enquête des salons de massage traditionnels où l’on prodigue des soins du corps dans le respect de l’intimité des gens. Mais l’inverse. Beaucoup de ces salons en effet ne sont en réalité que des façades pour masquer des activités de sexe. Bien que ce genre d’activité ne soit pas autorisé par la loi, les responsables de ces salons jouent les ignorants et font discrètement de la publicité dans des journaux avec, bien entendu, les détails croustillants en moins.
 

 
Nous sommes dans la région des Plaines Wilhems. Nous cherchons des massages relaxants et antidouleurs. Après avoir parcouru les petites annonces classées d’un quotidien,  rendez-vous est pris avec une séduisante voix par téléphone qui nous invite dans un salon non loin de Curepipe. Sur place, un simple écriteau indique l’escalier à emprunter pour avoir accès à Ex... Beauty Parlour.

La porte est fermée à clé sans que le salon soit fermé. Une scène hors de commun se présente à nous. Deux hommes de forte corpulence ouvrent la porte. A ce moment précis, nous ignorons que ce sont les gorilles de service du salon de massage. On se croirait dans un casino ou une boîte de strip-tease avec des bouncers qui en assurent la sécurité. Nous franchissons le seuil de la porte non sans une certaine frayeur. Les deux videurs ferment la porte à clé derrière nous. Nous sommes accueillis par deux femmes arborant un large sourire aux lèvres.

Elles font toutes deux dans la trentaine et portent chacune un décolleté plongeant qui dévoile leurs charmes sans retenue. Leur mini-jupe très très courte laisse voir la forme de leur string. Nous sommes en face de deux bombes sexuelles.

A peine la conversation est-elle engagée qu’une troisième femme se présente. Elle est vêtue d’un top bleu et s’agrippe aux portes qui séparent les pièces. “Zotte pas pou chagrin”, lâche-t-elle avant d’esquisser des gestes très provocants. Elle n’hésite pas à se lécher les lèvres et effectue d’autres gestes sensuels et provocants. L’un des vigiles est accroché à la fenêtre qui donne sur la route principale tandis que l’autre garde un oeil sur nos mouvements. La femme au comptoir nous propose les tarifs en vigueur de la maison : Massage relaxant/antistress Rs 600. “C’est tout?”, risquons-nous. La charmante jeune femme sourit et cherche des yeux ses collègues. Après un signe de tête de l’une d’elles, elle répond avec nonchalance: “ça ou discuter dans cabine avec masseuse-là! Première li à Rs 400, second à Rs 600 et troisième li Rs 1000 à monter”, nous indique-t-elle.

Termes codés qui veulent dire que référence est faite à la pratique de masturbation, la fellation et autres pratiques sexuelles. Sans perdre de temps, elles devaient nous assurer de la discrétion et de la sécurité absolues. “Pas besoin zotte peur! Zotte pou passe ène bon moment et pena problème pou gagner!”.

« On est obligé de se mettre dans des tenues très chaudes »
Cette mère de famille de 27 ans veut faire une croix sur son ancien job. Elle a décidé de briser le silence. Pendant sept ans elle a été masseuse. Auparavant, elle était employée d’usine. Son maigre salaire se révélant insuffisant, elle fait un saut dans un salon de coiffeuse de Curepipe et se fait engager comme “manœuvre”. Alors qu’elle veut devenir coiffeuse, Sheila découvre très vite qu’elle s’est trompée d’adresse. Au salon, on offre aussi les services de massage. Un jour, à la demande de ses supérieurs, elle doit offrir un massage à un homme d’une trentaine d’années. “Mone bien masse li mais kan près pou fini, li demande moi si pena plisse”. Sheila ne comprend rien à la demande du client. Elle sort de la cabine pour chercher des explications. “Masturbe li… to capave gagne Rs 200”, s’entend-elle dire. Elle est morte de frayeur et n’ose pas se rebeller. “Mo ti mari peur li faire moi kitsoze si mo dire li non”.

Prise par un sentiment de dégoût, notre interlocutrice  prend congé du salon. Mais pas pour longtemps. Les privations et la perspective de mener la belle vie ont vite raison d’elle. “Cash ti pe faire défaut mo ti zène et content tam-tam”. Elle devait joindre une équipe de masseuses dans un salon de Quatre-Bornes avec des revenus de Rs 3 500 par semaine.

Avocat, député et autres notables
Sheila devait nous expliquer que certains jours c’était des affaires d’or. Elle pouvait y toucher jusqu’à Rs 3000. Cela incluait les paiements reçus pour des ébats sexuels et autres jeux intimes. Durant ces sept années passées dans plusieurs salons de massage, elle a côtoyé des clients de toutes les couches sociales. “Ena député vini (elle cite le nom d’un politicien qui siège au Parlement), des avocats, des commerçants et beaucoup de policiers”. L’ancienne masseuse explique qu’elle n’éprouvera aucune difficulté à identifier les policiers. “Zotte vine faire massage pou guetter si faire kitsoz intime dans salon. Mais zotte le corps couma du bois et bien dur. Zotte pena tatouage et zot zorey pas piké narien. Alors nous dire zotte pena kitsoz intime ici”.  Elle devait également indiquer que les gérants sont très stricts sur la tenue vestimentaire. “Dans la majorité des salons on est obligé de se mettre dans des tenues très chaudes”.

Descentes policières
Au début de mars 2006, trois personnes ont été arrêtées dans un salon de massage de Grand-Baie. Parmi, un serveur qui était en pleins ébats sexuels avec une masseuse. Cette dernière devait avouer avoir monnayé ses charmes. La gérante a également été coffrée. Plusieurs descentes similaires ont été effectuées par la police mais cela n’empêche pas ces salons de massage pousser comme des champignons après la pluie.

Par la suite, nous nous sommes rendus dans divers salons de beauté, à Quatre-Bornes, Rose-Hill, Port-Louis et sur le littoral du nord du pays .Une des masseuses qui a requis l’anoymat, nous explique en quelques mots son métier. “Travaille-là intéressant! Nous concentrer plutôt lors bane zaffaires intime à cause ça cash-là rentre dans poche. Lor comptoir clients paye pou massage mais dans salon éna pa faire ça. Nous là pour faire zot content et nous nou gagne ène jolie somme l’argent” nous indique notre interlocutrice qui n’a que 19 ans. Elle est masseuse par nécessité. “Ce n’est pas de la prostitution. Nous faire sa akoz la vie difficile et ban travail pas bien payé. Nous pas cote jardin ou dans la rue. Ici l’atmosphère li propre”. Nous entendons un autre son de cloche dans la rue à proximité du salon. Anil (nom fictif), qui gère une boutique à quelques mètres, ne peut contenir sa colère lorsque nous déclinons notre véritable identité. “Dégoûtant mo dire ou ce ki passer dans ça salon-là! Gagne honter pour guette sa banne femmes-là kan zot lor chemin! Zot vine gate l’environnement”, déclare cet homme d’une cinquantaine d’années. “Zisse la police qui pas trouver. Ena fois van la police avec policiers en civil border un peu loin et banne missiés là marser vini après ou trouve zot sorti tranquille. Ou besoin fini coner qui zot fine alle faire endans”, nous dit-il encore.

Notre surprise est venue du côté de Quatre-Bornes. Dans un hôtel très connu de la région un de ces salons fonctionne dans la plus grande discrétion dans une chambre à l’étage. C’est la porte qui a pour numéro… A l’intérieur, nous allons vite comprendre que les prestations sexuelles offertes comprennent masturbation et autres fellations. Avec la seule différence que les responsables du salon sont très sélectifs. Leurs clients sont en grande majorité des étrangers, dont des Réunionnais. Les Mauriciens pleins aux as y ont également leurs grandes et petites entrées.

Ces salons benéficient sans doute de la complaisance des autorités. Peut-être même que certains membres de la police ont droit à des traitements de faveur. Sinon comment expliquer la prolifération et la bonne santé de ces salons dont les activités sont connues de tout le monde sauf des autorités? Dans la capitale, l’un de ces salons se trouve à l’étage d’un bâtiment où opèrent beaucoup d’hommes de loi…