Le National Pay Council (NPC) a débuté ses travaux, jeudi. Le patronat souhaite une compensation salariale minimale. Alors que les syndicats réclament une compensation intégrale de Rs 800. Que reprochez-vous au NPC ?
C’est le National Pay Council (NPC) qui est en lui-même un problème, car il représente l’institutionnalisation du démantèlement du système de compensation salariale qui a prévalu pendant plus de trente ans. En 2006, Rama Sithanen avait appliqué la formule du NPC en diminuant de moitié la compensation salariale avec les fameuses Rs 135. Et 2007 a vu l’institutionnalisation de ce système. La compensation est calculée sur quatre critères : l’inflation, la productivité et la compétitivité nationale, la capacité de payer, le taux d’emploi et de chômage. Ces trois derniers critères proemployeurs ont diminué de moitié la compensation. A titre d’exemple, un employé qui touche Rs 8 000 aurait dû avoir une compensation de Rs 865. Une telle somme l’aurait compensé adéquatement de la perte du pouvoir d’achat, mais le NPC ne lui a accordé que Rs 400. Les employés ont plus à perdre qu’à gagner avec le NPC. Voler la compensation salariale est un travail sale. Une compensation n’est pas une augmentation de salaire. Elle est une tentative de rétablissement du salaire réel.
Que proposez-vous ?
Les chiffres du Bureau central des Statistiques démontrent que, de septembre 2005 à septembre 2006, le ‘Wage Rate Index’ a progressé de 3,8 %. Alors que le taux d’inflation pour la période correspondante est de 6,8 %. Une tendance qui s’est poursuivie entre septembre 2006 et septembre 2007 où le ‘Wage Rate Index’ a progressé de 4,4 %. Alors que l’inflation se chiffrait à 10 %. En termes réels, ces statistiques démontrent une nette détérioration du salaire.
Il y a eu une inversion des tendances. De l’autre côté, le ‘Household Budget Survey’ démontre une hausse du coût de la vie. Etant donné cette inversion des tendances, il est devenu essentiel de rattraper la perte du pouvoir d’achat. Avec la réalité vécue et les chiffres, une compensation salariale de moins de Rs 1 000 ne pourra rattraper la perte du pouvoir d’achat. C’est pourquoi nous réclamons une compensation de Rs 800 plus un minimum de Rs 200 pour le tort que le NPC a causé en 2006 et 2007 à l’employé.
Vous avez fait une sortie contre les cinq syndicalistes qui ont accepté de siéger au sein du NPC en soutenant que les critères pour calculer la compensation salariale resteront inchangés jusqu’en 2010…
Ces syndicalistes ont commis une grave erreur. Les critères ne changeront pas. Le gouvernement a violé certaines recommandations du Bureau international du travail (BIT) en ne tenant pas une discussion complète et franche sur la composition, les objectifs et le fonctionnement du NPC.
Le gouvernement a répété ce qu’il a fait l’an dernier en forçant une nouvelle fois les syndicats à désigner des représentants. Vasant Bunwaree a roulé nos cinq amis dans la farine. Leur lettre de convocation signée par le ministre du Travail est une humiliation. Ils ne pourront pas défendre les intérêts des travailleurs une fois qu’ils siégeront sur le NPC car ses attributions ont déjà été définies. Vasant Bunwaree a bien fait comprendre que le NPC utilisera les quatre mêmes critères jusqu’en 2010.
Vous vous déclarez solidaire avec les trois fédérations syndicales qui ont décidé de faire bande à part et de ne pas soutenir les onze autres fédérations qui ont choisi d’utiliser le NPC comme une plate-forme pour défendre les intérêts des employés. Peut-on dire que vous vous désolidarisez de la démarche de vos confrères syndicalistes ?
Ce sont ces onze fédérations qui sont allées à l’encontre du programme et de la position que le mouvement syndical a défendus depuis la tentative d’imposer ce système qui remonte à l’époque de la publication du rapport du Professeur Lim. Ce sont eux qui sont allés à l’encontre des décisions des délégués syndicaux qui avaient sévèrement condamnés Yusuf Sooklall et les agents du gouvernement. Si rien n’a changé dans le fond et que vous intégrez le NPC, vous devenez un agent tout comme Sooklall. Ce sont eux qui ont réduit la possibilité de forcer le gouvernement à revoir les critères du NPC alors que la General Workers Federation (GWF) avait abattu un travail colossal devant le BIT pour apporter ce changement. La question que se posent tous les travailleurs est pourquoi ces cinq syndicalistes n’ont-ils pas intégré le NPC, l’année dernière ? Ils doivent expliquer pourquoi ils ont suivi l’exemple de Sooklall. La GWF n’intégrera pas le NPC aussi longtemps qu’il ne changera pas ses critères.
Vous avez invité les syndicats mécontents à constituer un front syndical de gauche pour défendre les intérêts des salariés. Comment fonctionnera ce mouvement et quel sera son combat ?
La question de compensation salariale est fondamentale et démontre une différence programmatique entre les centrales syndicales. La GWF, la Fédération des Travailleurs Unis et la Federation of Progressive Unions ont décidé de constituer un front syndical de gauche qui est ouvert à tous les autres syndicats qui ont le courage de combattre et de refondre le mouvement syndical mauricien sur une base nouvelle avec plus de revendications syndicales classiques et des propositions pour une politique alternative. Ce front vise à renforcer la lutte syndicale, à mener campagne pour augmenter le taux de syndicalisation, à susciter des réflexions sur des sujets d’ordre national et mondial comme la crise alimentaire.
D’après une étude de la Mauritius Employers’ Federation (MEF), 55,8 % des entreprises ont accepté l’an dernier de payer une somme supplémentaire au-delà de la compensation minimale qui avait été approuvée par le NPC. Ne pensez-vous pas qu’il faut mettre en place un mécanisme de contrôle pour assurer que toutes les entreprises s’engagent dans les négociations collectives ?
La MEF a de tout temps déclaré au début même des discussions tripartites qu’elle ne peut pas payer. On ne peut pas voler la moitié de la compensation salariale des employés et venir dire ensuite que seulement ceux qui peuvent payer doivent le faire. La compensation salariale est un droit. On a l’impression que le salarié est en train de quémander ce qui lui est dû à son employeur. Nous ne sommes pas d’accord avec ce système qui a permis au secteur privé d’empocher Rs 2 milliards.
Le Front Travayer Sekter Privé (FTSP) estime que la hausse des prix sur les denrées de base entre avril 2007 et avril 2008 a été de Rs 854. Selon vous, quel a été le poids réel de l’augmentation du coût de la vie ?
Ce chiffre reflète parfaitement la réalité. L’alimentation occupe la plus grande part du budget familial. D’après une de nos enquêtes, un employé qui touche un salaire moyen de Rs 8 000 dépense 50 % de ses revenus rien qu’en nourriture. C’est très inquiétant surtout avec le spectre de la crise alimentaire qui plane sur nos têtes !