Les entreprises d’exportation se réjouissent. La Banque de Maurice (BoM) a baissé, le vendredi 2 mai, le ‘Repo Rate’ qui est son taux directeur de 50 points de base. Un troisième repli en trois mois et qui a pour but de décourager pour faire déprécier la roupie. Au mois de février, le ‘Repo Rate’ était ramené de 9,25 à 9 % avant de baisser à 8,5 % en mars. Il est aujourd’hui fixé à 8 %.
Les industriels, qui se plaignaient d’avoir enregistré un manque à gagner de Rs 3 milliards en raison de l’appréciation de la roupie, n’en espéraient pas tant. Eddy Yeung, responsable de la Commission textile à la Mauritius Export Association (MEXA), apprécie “l’effort de la BoM pour aider et motiver les entreprises d’exportation”. Depuis plusieurs mois, la roupie forte pénalise les exportations. Elle rend les produits mauriciens plus chers à l’étranger et diminue par la même occasion la valeur des recettes une fois converties en roupie. “L’industrie souffre beaucoup de la conjoncture locale et mondiale. Nous accumulons des pertes énormes et il y a un ralentissement des nouvelles commandes à l’export.”
Une situation qui, selon Eddy Yeung, affecte aussi les employés – ils sont au nombre de 101 867 personnes à travailler dans le secteur manufacturier, dont 67 314 seulement dans les entreprises d’exportation. “Quand nous avons le plein de commande, les employés se font des extras. Aujourd’hui, ils travaillent moins et touchent, par conséquent, moins d’argent. Certaines compagnies qui ouvraient les dimanches et les jours fériés ne le font plus”. Pour Eddy Yeung, le fait de baisser les taux d’intérêts est loin d’être suffisant. “Il faut d’autres mesures. Un coup de pouce des autorités pour aider l’industrie à être plus compétitive est souhaitable”. La MEXA est en pourparlers avec les autorités. “Nous espérons qu’il y aura une bonne écoute.”
Encourager la spéculation contre la roupie était-elle la solution ? L’économiste Eric Ng n’en est pas convaincu. Car, ce faisant, on ne s’attaque pas au vrai problème qui est la compétitivité. “Malgré la baisse des intérêts, la roupie reste attrayante”, explique-t-il. Il faut, soutient-il, que les entreprises augmentent leur productivité et compétitivité.
Conjoncture difficile
Etre plus compétitif n’est toutefois pas une tâche aisée, fait remarquer Eddy Yeung. “Le textile a fait énormément d’efforts pour améliorer la qualité de ses produits en investissant ces trois dernières années dans les nouvelles technologies. Avec la conjoncture actuelle, c’est très difficile pour nous d’investir pour accroître davantage notre compétitivité et notre productivité.”
Avec la baisse des intérêts, la pression inflationniste sera plus forte. La Banque centrale reconnaît que l’inflation est un réel problème. Elle a d’ailleurs émis la semaine dernière un communiqué dans lequel elle fait état d’une inflation alimentaire de 17 % en mars. La décision de baisser les intérêts a été très difficile, soutient le Gouverneur de la BoM, Rundheersing Bheenick, mais il fallait tenir en compte les “acrobaties” des exportateurs pour “tenir le coup” face à l’appréciation constante de la roupie vis-à-vis du dollar. “Nous ne voulons pas au nom de la lutte contre l’inflation créer une psychose négative qui aurait entraîné des pertes d’emploi dans le secteur et un ralentissement dans des industries comme le tourisme.”
Eric Ng n’est pas convaincu du succès de l’entreprise. Le combat de l’inflation est encore loin d’être gagné et doit demeurer la priorité de la BoM, soutient l’économiste. “La mission de toutes les banques centrales est d’assurer en premier lieu la stabilité des prix et ensuite de maintenir la croissance économique”. D’autant que, depuis quelque temps, la roupie a cessé de s’apprécier et une stabilisation relative de la monnaie locale est prévue dans les mois à venir. Bonne ou mauvaise politique monétaire? En tout cas, Rundheersing Bheenick a annoncé qu’il n’y aurait pas d’autres baisses des intérêts dans un proche avenir.