Choquant, du jamais-vu, humiliant, bien fait... Chacun y va de son petit commentaire après avoir visionné ce clip sur notre site. Cette vidéo que nous diffusons depuis jeudi soir montre un enseignant d’Adolphe de Plevitz State Secondary School (SSS) de Grand-Baie qui malmène un de ses élèves de la Form IV en lui donnant quatre gifles.

Toute cette scène se déroule dans une salle de classe. Elle a été filmée par un élève sur son portable, puis envoyée à notre rédaction. D’une durée de 57 secondes, le clip s’ouvre sur l’enseignant, âgé d’une trentaine d’années. L’élève, à l’allure ballante, est âgé de 15 ans. Ils se tiennent tout près du tableau. Vert de colère, le prof l’attrape par le collet. Puis de sa main gauche, il lui donne une première gifle au visage.

Après ce premier coup sonore, l’élève vacille et recule. L’enseignant lui flanque une deuxième gifle. Toujours de la main gauche. Une claque qui flirte avec l’oreille droite de l’adolescent qui tente, en vain, de parer les coups avec ses mains.

Excité, l’enseignant hurle : « To pé rode batte mwa... Hein to pou batte mwa ?... To pou batte mwa ? » Il est hors de lui. Dans la foulée, deux autres gifles partiront. Cette fois-ci de sa main droite. Tout cela d’une violence inouïe. L’élève sonné regagne sa place à côté d’un ami à la première rangée de la classe. Le prof s’appuie sur son pupitre. La discussion se poursuit. L’adolescent lui dit : « Ou pé allé même are mwa ! ». Son ami d’à côté lui demande : « Dire li sorry ! ».

Cette vidéo, selon une source, a été filmée durant le premier trimestre. Des élèves de la Form IV voulaient, en fait, « piéger le prof car il a un sale caractère. » Ce n’est pas la première fois, allèguent-ils, qu’il s’en prend à un élève. Le jour où le clip a été filmé, l’enseignant a piqué une colère car l’élève n’avait pas apporté son livre de classe. Il lui a demandé des explications mais l’adolescent, selon notre source, lui aurait dit un « mot déplacé » avant de lui lancer : « Gueté ki ou pou faire ! »

Interdite depuis 1957
Le prof est devenu fou de rage et a commencé à  s’en prendre à l’élève. Un autre élève qui s’asseyait au fond de la classe a eu le réflexe de filmer cette scène sur son portable. Si pendant un bon bout de temps, quelques élèves seulement connaissaient  l’existence de cette vidéo, tout le monde au collège a commencé à en parler depuis quelques semaines car le clip a été envoyé de portable en portable via Bluetooth. Si bien que le recteur de l’établissement, Bye Mohamed Raffick Jeeawody, a fini par avoir sous la main la fameuse vidéo. Après l’avoir visionnée, il a référé l'affaire au directeur d’éducation de la Zone 1 (Zone Nord). Par la suite, le cas a été référé au ministère de l’Éducation. Ces derniers ont ouvert une enquête (Voir plus loin).

Après la diffusion de ce clip sur notre site, des officiers de la Child Development Unit (CDU) et de la Brigade des Mineurs ont pris l’affaire en main. Sheila David, officier de la CDU, de même que trois officiers
de la Brigade des Mineurs, se sont rendus à la SSS de Grand-Baie, vendredi, pour interroger l’élève. Ils sont retournés bredouilles car celui-ci leur a fait comprendre qu’il ne portera pas plainte contre le prof (Voir plus loin).

Cette vidéo  exhume un vieux débat sur le châtiment corporel. Ismaël Bawamia, officier au bureau de l’Ombudsperson for Children, explique que la punition corporelle est interdite depuis 1957. « L’Ombudsperson est contre toute forme de violence sur les enfants », confie-t-il.

Le président du syndicat des enseignants des collèges d’État condamne sans réserve toute forme de punition corporelle. Krishna Ramana précise qu’un enseignant doit respecter les droits d’un enfant. Mais, dit-il, il y a aussi certains enfants turbulents qui poussent les profs jusque dans leurs derniers retranchements. « Éna zenfants ki dépasse limite », relativise-t-il. Les parents d’élèves de cet établissement sont, eux, choqués. Ils exigent des explications de la direction du collège. Le châtiment corporel compte aussi ses partisans. « Je suis d’accord avec ce prof. Seuls les enseignants peuvent le comprendre : un prof, ça doit toujours avoir le fin mot, sinon il ne tient plus la classe. », commente un ancien enseignant.

A vendredi 20 heures, plus de 12 000 internautes avaient visionné le clip. (Dernière mise à jour : A samedi 17 heures quelques 26 000 internautes avaient vu le clip et plus d'une centaine de commentaires avaient été postés sur la page de Youtube)

Le ministre Dharam Gokhool : « Le prof sera réprimandé »
Dharam Gokhool, ministre de l’Éducation, explique qu’il a été mis au courant de cette affaire la semaine dernière. « Le recteur d’Adolphe de Plevitz SSS de Grand-Baie a déposé une plainte au bureau du directeur de la zone d’éducation du Nord. Et cette semaine, une enquête a été instituée par des officiers de mon ministère pour établir les faits. A la lumière de leur enquête, une recommandation a été faite pour réprimander le prof en question. D’ici à la semaine prochaine, ce sera chose faite. »

L’élève parle d’un ‘badinaze’
« Professeur là ti pé badine avec mwa. » C’est ce qu'a laissé entendre l’élève aux officiers de la CDU qui l’interrogeaient en présence des limiers de la Brigade des Mineurs. Ainsi, il n’a pas voulu donner suite à cette affaire, n’ayant logé aucune plainte contre l’enseignant. Quant au recteur du collège, il a consigné une « Precautionary Measure » au poste de police de Grand-Baie pour dire que l’enseignant et l’élève figurant  dans le clip sont bien des gens issus de l’établissement qu’il dirige. L’enseignant a, pour sa part, expliqué aux policiers que des élèves faisaient du désordre dans la classe ce jour-là. Tout a dégénéré. La suite on la connaît...

45e sur le plan mondial
C’est un record. Le clip de l’élève qui se fait maltraiter par son enseignant fait un véritable tabac sur le site d’échange de vidéos Youtube. A 20 heures, vendredi après-midi, il se classait à la 45e place des vidéos les plus visionnées en ce 23 mai. La barre des 12 000 visiteurs avait déjà été franchie en début de soirée. (Dernière mise à jour : A samedi 17 heures, le clip était parmi les 10 vidéos les plus visionnées sur Youtube)