Raffick Foondun, directeur du School Management au ministère de l’Education, Ajay Thacoor, Senior Educational Psychologist, Mariam Gopaul, de l’Observatoire des droits des enfants, Soondress Sawmynaden, président de l’Association des assistants recteurs, Ismael Bawamia du bureau de l’Ombudsperson for Children et Gérard Lafitte, enseignant au collège St-Mary’s, sont unanimes. Peu importe les circonstances, un enseignant ne doit pas recourir à la violence en réaction à la provocation d’un élève.

Raffick Foondun a souligné que l’Education Act et la Child Protection Act interdisent la punition corporelle sur un enfant. Mariam Gopaul soutient qu’une salle de classe ne peut pas être transformée en scène de rue. Selon elle, le personnel éducatif doit s’évertuer à discipliner l’enfant. Elle estime que la médiation aurait pu assainir la situation.

Ainsi, elle suggère l’organisation des Peer Support parmi les étudiants et la mise à la disposition de l’école d’un School Councellor. Ismaël Bawamia abonde dans ce sens, en faisant ressortir que la violence n’est pas une solution. Au contraire, la violence apporte plus de violence. Il insiste sur le fait qu’un enfant ne peut pas être traité comme un animal.

Indiscipline
Dans un cas de provocation venant de la classe, le psychologue Ajay Thacoor estime que l’enseignant aurait dû quitter la classe pour aller rapporter le cas au recteur. « À partir de là, une solution peut être trouvée à travers les instances disciplinaires ou en ayant recours aux services d’un psychologue », affirme-t-il. Il assure que, dès que sa section reçoit un cas pareil, un travail social ou un psychologue est dépêché à l’école pour aider à trouver une solution.

À une question de Nawaz Noorbux, Ajay Thacoor affirme qu’un enseignant ne doit pas non plus utiliser l’arme du dénigrement contre un élève.

De son côté, Soondress Sawmynaden également considère que l’enseignant aurait dû référer ce cas au recteur. Tout de même, cet assistant recteur trouve insensé de faire le procès de l’enseignant que sur la base de ce vidéoclip. À son avis, il faut être en présence des tenants et aboutissants de cette affaire. « Ce clip ne nous propose que la fin du contentieux. C’est un clip conçu avec préméditation
pour piéger l’enseignant », constate-t-il.

Le ministère de l’Education semble au courant de ce cas, car Raffick Foondun a déclaré avoir eu l’impression que ce problème était réglé. Soondress Sawmynaden relève une contradiction dans le règlement des problèmes dans le secteur de l’éducation. « Récemment, un élève avait agressé un enseignant. Il n’avait pas été suspendu mais soumis à un programme de réhabilitation. Dans le cas de l’enseignant qui a giflé un élève à la suite d’une provocation, il est suspendu avant même que soit conduite une enquête », fait-il remarquer.

Double visage des enfants
Cet assistant recteur pense qu’il ne faut pas perdre de vue l’indiscipline régnant dans les établissements scolaires. « Qu’est-ce qu’on fait des récalcitrants ? Dans la plupart des cas, leurs parents ne coopèrent pas avec l’école. Leurs convocations à l’école restent lettres mortes », dénonce-t-il.

Gérard Lafitte a remué le couteau dans la plaie. Alors que tout le débat était centré sur la punition corporelle dans les collèges, ce responsable de la discipline au collège St-Mary’s livre un constat effrayant. « Contrairement aux collèges, une culture de violence existe dans le cycle primaire, avec pour conséquence que les enfants sont habités d’un traumatisme. Quand je m’approche d’un élève de la Form I pour corriger son devoir, instinctivement, il prend une position de défense. Il met sa main dans une position pour parer aux gifles », explique-t-il.

Par ailleurs, cet enseignant avec 36 ans d’expérience lance un appel aux parents pour qu’ils suivent de très près et objectivement leurs enfants. « Certains enfants ont un double visage. à la maison, ils se comportent comme des anges. Alors qu’à l’école ou dans la rue en compagnie des amis, ils sèment le trouble », témoigne-t-il.

Soondress Sawmynaden impute la friction entre enseignants et élèves à l’absence de formation et de préparation : « On devient enseignant du secondaire et des Prevoc sans aucune préparation psychologique. Voilà où le bât blesse ». Prenant cette remarque au rebond, Raffick Foondun, du ministère de l’Education a révélé que, bientôt, une Teachers’ License sera introduite. Seuls les détenteurs de cette licence pourront enseigner. Mieux, cette licence ne sera délivrée qu’après une formation.