Elle a attendu cinq ans avant de dénoncer son demi-frère qui abusait d’elle. Pendant tout ce temps, Mihra, 15 ans, n’a jamais eu le courage de porter plainte contre lui. Personne n’aurait su que Marie, 10 ans, a été abusée par son père si elle n’était pas tombée enceinte. Pressée de questions sur sa grossesse de cinq mois, elle a fini par tout cracher.

Entre remords, honte et compassion filiale, les victimes d’inceste sont nombreuses à ne pas dénoncer leurs agresseurs. Elles craignent d’être pointées du doigt, d’être jugées ou de briser leurs familles. Les agressions sont aussi souvent commises sous la menace. « Tout abus sexuel ou viol reste un sujet tabou. La peur et la honte empêchent les victimes d’en parler. Elles peuvent aussi avoir peur d’être blâmées ou d’être tenues pour responsables de ce qui leur est arrivé », explique la psychothérapeute Jaya Balgobin.

MihraLe médecin légiste, le Dr Satish Boolell, qui a examiné plusieurs victimes d’inceste, donne son avis : « En général, c’est la loi du silence. Vu qu’elles sont liées par le sang avec leurs agresseurs, les victimes hésitent à les dénoncer. Souvent, elles cachent les blessures et les sévices qu’elles ont subis. Elles se sentent quelque peu coupables jugeant qu’elles ont participé à l’acte. Elles se disent qu’elles seraient responsables de la dégradation de leurs familles si leurs agresseurs étaient arrêtés. »

Karoona Chooramun, directrice de la Child Development Unit (CDU), relativise : « Il y a plusieurs causeries qui sont organisées dans nos écoles. Les enfants disposent aujourd’hui d’une plate-forme pour s’exprimer. On a pu recenser pas mal de cas d’abus sur les enfants lors de ces causeries. Les gamins connaissent mieux leurs droits de nos jours. Les victimes ne doivent pas avoir peur de dénoncer de tels actes. Elles peuvent bénéficier d’un suivi psychologique
et être prises en charge dans les abris du ministère de la Femme. »

Le travailleur social Eddy Sadien est, lui, d’opinion qu’il est plus facile de cacher un « secret » dans une famille riche: « Cela s’explique par le fait que les pauvres vivent dans la promiscuité. Leurs voisins apprennent vite ce qui se passe chez eux. Par contre, chez les bourgeois, le linge sale se lave en famille. »

Le Dr Satish Boolell: « Les cas entre mère et fils sont rares »
Le nombre de victimes d’inceste qu’il a examinées ne se comptent plus. Le chef du département médico-légal, le Dr Satish Boolell, précise que la plupart des cas sont entre père/fille, beau-père/belle-fille ou demi-frère/demi-sœur. « Durant ma carrière, je n’ai entendu qu’un ou deux cas d’inceste entre mères et fils. »

Monique Dinan : « Un enfant né de l’inceste a droit à la vie »
« Non à l’avortement ! » Monique Dinan du Mouvement d’Aide à la Maternité (MAM) ne déroge pas à ses principes : « Un enfant né de l’inceste a droit à la vie. Il a besoin d’être bien encadré et surtout d’être aimé. S’il obtient beaucoup d’affection et d’amour, il pourra grandir normalement. Je demande aux victimes d’inceste qui se retrouvent enceintes de respecter la vie de l’enfant qu’elles portent. Elles peuvent les donner en adoption si elles ne veulent pas les élever. » 

Confessions d’un père indigne : « Mo fine gagne banne excitations … »
Qu’est-ce qui lui est passé par la tête pour qu’il viole et sodomise sa fille de 10 ans en octobre 2005 ? Benjamin, 32 ans,  s’est expliqué  en  Cour intermédiaire, l’année dernière: « Mo fine gagne banne excitations quand mo finne guette li parski so lé corps ek so gabarit bien développé. » Des aveux suffisants pour que les magistrates Jane Lau Luk Poon et Angeli Ramdin le condamnent à quinze ans de prison.