Jennifer, 14 ans, vêtue d’un pantalon et d’un top noirs, exécute quelques pas de ragga. « Bouge ! » l’encourage une de ses amies. À côté, dans une autre pièce, des gamines visionnent une émission pour enfants à la télé. La salle est bien entretenue ; le carrelage brille. Dans la cuisine, ça sent bon le curry ! Sheila, 14 ans, aide à préparer le dîner. À l’étage, un garçonnet dort à poings fermés.

Nous sommes à la maison d’accueil du Centre d’Éducation et de Développement pour les Enfants Mauriciens (Cedem) à Floréal. Si Jennifer et Sheila sont là, c’est parce qu’elles ont été victimes d’inceste. La première, une fille bien bâtie avec des yeux de biche apeurés, vit ici depuis quatre ans. Elle avait été violée dans un champ de canne par son beau-père.

Sheila, petite de taille, le visage rond, est au centre depuis l’année dernière. Son père se livrait à des attouchements sur elle. Et n’a pas hésité à la « vendre » à cinq jeunes hommes contre Rs 2 000.

À leur arrivée au Cedem, les deux adolescentes étaient taciturnes. Mais, petit à petit, elles ont pu intégrer leur nouvelle famille. « Sur les 26 pensionnaires qui vivent dans nos deux maisons d’accueil (l’autre se trouvant à Vacoas), cinq ont été abusés par leurs proches. Parmi les pensionnaires, il y a une jeune fille qui a subi les sévices sexuels de son grand-père », confie Sehenaz Hossain Saeb, codirectrice
du Cedem.

Les autres pensionnaires, dont des garçons, ont également vu leur enfance volée. Leur donner une nouvelle vie, c’est la tâche à laquelle s’attelle le Cedem.

La journée, Jennifer et quelques-uns de ses amis suivent des cours de rattrapage à l’école spécialisée du Cedem. D’autres fréquentent des établissements scolaires normaux. Dans l’après-midi, après une pause-café, ils prennent leur douche. Après un moment de détente, ils font leurs devoirs. Une fois le dîner servi à 18 heures, les pensionnaires regardent la télé. Ensuite, ils regagnent leurs chambres. Les éducateurs prennent le soin de raconter une histoire aux plus petits avant qu’ils n’aillent au lit. « Nous disposons d’une équipe de professionnels pour les encadrer », explique Francine.

Les pensionnaires s’adonnent aussi à la peinture, la musique, au yoga et à des disciplines sportives. « Des psychologues sont mis à leur disposition et ils suivent des thérapies pour leur réhabilitation », précise Sehenaz Hossain Saeb.

Fondé en 1984 par Rita Venkatasamy, le Cedem a aménagé sa maison d’accueil à Floréal douze ans plus tard. Le centre vit des subventions du gouvernement.

À ce jour, le Cedem a accueilli une cinquantaine de pensionnaires. À l’âge de 18 ans, ils sont confiés à des proches ou des familles d’accueil. L’initiative est un succès. Plusieurs pensionnaires ont ainsi pu construire une famille. D’autres sont parvenus à obtenir un emploi. À l’image de Haneesha qui est vendeuse dans un magasin. « Nous nous sentons en sécurité ici », se réconfortent Jennifer et Sheila.