Depuis que les beats à deux balles parasitent nos ondes et avec un tsunami de pseudo-artistes, on aurait presque oublié ce que c'était que la musique. « Ti lala hé... wawa girl, check to life.. ». Est-ce à cela que se résume la musique mauricienne aujourd'hui ? Autant dire que nous n'avons que des copies conformes de Kaya qui balancent tous le même son. Si bien qu'au final, la nouvelle génération, à milles lieues du rêve Timbalandien, se retrouve à faire du copier coller.
Non pas que nous condamnons les héritiers de Marley ! Loin de là, sauf qu'après mûres réflexions, on a bien l'impression d'entendre le même refrain à tout bout de champs. Pas étonnant qu'après, on passe en boucles le dernier tube de Madonna. Et après il y en a qui nous reprochent notre manque de culture! « Notre île est très riche culturellement. Il faut juste exploiter ces trésors », explique Claudie Ricaud, directrice du Conservatoire François Mitterrand.
Leur musique, leur religion....
Pourtant, ce n'est pas de talents qu'il nous manque. Notre île regorge de mélomanes qui ne demandent qu'à se faire entendre. Seul hic, ils manquent d'encadrement et il n'y a pas vraiment d'espace pour se produire à Maurice. D'un autre côté, il est difficile de vivre de son art sans faire de concessions commerciales. Il faut vraiment se donner les moyens, avoir l'appui des proches et, on ne va pas vous blairer, pour être musicien il faut des sous... beaucoup de sous. Alors, comment devenir un artiste complet et se débarrasser de l'étiquette d'amateur ?
Petit détour au Conservatoire François Mitterrand et au Centre Culturel Mahatma Gandhi, véritables tremplins pour ceux qui veulent donner libre cours à leur créativité. Avec quelque 1300 à 3000 étudiants respectivement, ces deux institutions offrent des cours d'initiation à la musique, allant aux examens du MES jusqu'aux diplômes d'entrée pour les universités.
Pas de sensations fortes ni de grands sermons babyloniens, les jeunes qui fréquentent ces centres veulent devenir des artistes confirmés. Leur unique religion, c'est leurs instruments de musique et leur timbre de voix. Leur fraîcheur et leur groove communiquent toute leur passion pour l'acoustique.
Ces étudiants sont immunisés contre la vague déferlante de casseroles ambulantes ! Pas le temps de prêcher un quelconque message engagé, les élèves du conservatoire et du MGI sont en pleine représentation de l'Unisson, savant mélange de musique classique européenne et indienne. À travers ce spectacle, ces derniers font taire les mauvaises langues et démontrent qu'être musicien classique ne veut pas dire être coincé. D'ailleurs, quelques valeurs sûres issues du conservatoire le prouvent, à l'instar de la très jazzy Gina Jean Charles, ou des musiciens du groupe Crossbreed. Comme quoi, classique ne rime pas toujours avec has-been !
Classique sans être coincé...
On associe souvent le MGI et le Conservatoire à un violoncelle ou à une cithare et les jeunes qui y étudient sont taxés de BCBG. Quoique Bach, Beethoven et Chopin n'étaient pas vraiment des bad boys. Même si ces deux institutions sont réputées pour promouvoir le B-A BA ou plutôt le D-O DO de la musique, l'étiquette de coincé leur colle à la peau. « Il est vrai que nous avons une discipline rigoureuse, mais nos étudiants font aussi de la musique moderne », se défend Claudie Ricaud.
Finie l'époque où les étudiants n'écoutaient que du Mozart. De nos jours, le Conservatoire a son propre groupe de pop. Les artistes eux revendiquent leur diversité musicale. « Le conservatoire est ouvert à tous », poursuit Claudie Ricaud. « Nos élèves arrivent des quatre coins de l'île, que ce soit avec chauffeurs ou à bicyclette », ajoute-t-elle. Pas la peine d'être des lumières pour intégrer le Conservatoire, il suffit de réussir l'examen d'entrée et de régler les frais d'inscription.
La fête de la musique commence ce week-end et déjà il y a pas mal de programmes. Grâce à des organisations, de nombreux concerts gratuits, d'amateurs mais aussi de professionnels, permettent à un vaste public d'accéder à toutes sortes de musiques, classique, jazz, rock, world music, musique traditionnelle ou contemporaine... Wow « Bonnto Net »!
Diversité culturelle...
Le monde de la musique évolue à la vitesse grand V. Il faut tout de même avouer qu'imposer son style, créer une tendance, en gros faire et défaire le courant musical n'est pas chose facile. Après tout, la carrière de Michael Jackson ne s'est pas faite en un jour! Il ne faut pas se voiler la face, des ovnis musicaux, ça ne court pas les rues. « Maurice a la chance d'avoir une diversité culturelle. Nous avons quelques élèves qui ont leur propre compo, nous essayons de les canaliser », souligne Sandhya Mungur, Head of School of performing Arts du MGI.
Ainsi, proposer de nouveaux sons, sortir de l'ordinaire et rafraîchir les moeurs, telle est la devise des centres de musique. En revanche, une carrière à la Julien Doré n'est pas donnée à tout le monde. Pour se faire une place dans ce millieu, il faut se donner à fond, sans trop en faire car on risque une carrière musicale aussi riche que celle de Paris Hilton, des soeurs Simpson ou, pire encore, de celle de Cindy Sanders (ndlr: Nouvelle Star ratée 2008). « Musique ... et que chacun se mette à chanter », fredonnait France Gall.
Et bien, dis donc, on dirait qu'il y en a qui l'ont réellement prise au mot. Aujourd'hui, monsieur et madame tout le monde se proclament chanteurs. Eh oui ! C'est aussi ça la musique, ça fait rêver...
Faire de la musique coûte cher ?
À Maurice, pas nécessairement, car c'est l'État qui s'occupe des frais, pour le MGI comme pour le Conservatoire. Nous n'avons rien à envier aux conservatoires réunionnais ou sud-africains. Notre centre de Quatre-Bornes est bien équipé et les profs sont qualifiés. Certains sont même d'anciens élèves, explique Claudie Ricaud. Quant au MGI, Sandhya Mungur nous confie que les instruments proviennent de l'Inde et que les frais d'entrée tournent autour de Rs 200 ou Rs 300. Les frais d'examens au MES pour le Conservatoire varient entre Rs 800 et Rs 16000. Pour l'examen d'entrée à la Royal School, dépendant du niveau, le coût varie entre Rs 1000 à Rs 15000. Pas donné hein, comme quoi monsieur et madame tout-le-monde doivent être vraiment passionnés. Pour ce qui est des instruments de musique, petit saut chez Damoo Sound and Music, ce bon vieux fournisseur et précurseur de produits musicaux. “La plupart du temps, c'est la guitare qui est en grande demande, puis viennent la trompette, le saxo, le clavier ”, remarque Damoo, directeur de la boutique. “Actuellement, les jeunes achètent beaucoup plus qu'avant, c'est surtout grâce aux écoles qui sont de plus en plus à offrir des cours de musique”, constate Damoo. Quant au prix, bien que certains instruments restent abordables, d'autres, à l'instar du piano, sont exhorbitants. “No comments” de la part de Damoo.
Vive le net...
Ah, internet... que serait-on sans toi ? C'est ce que doivent sans doute se dire les Lorie, Kamini, Koxie, entre autres. Depuis l'avènement de You tube et Skyrock, les “artistes” se font connaître grâce au net. Véritable tremplin pour les musicien en herbe, voilà que depuis quelque temps déjà, des sites proposent aux amateurs d'apprendre la musique en ligne ! Live and direct. Que ce soit pour la guitare, la batterie ou la clarinette, apprendre à lire la musique comme on apprend à taper au clavier, des logiciels épargnent aux profs les parties les plus ennuyeuses d'un cours de musique de base.