Elle n'a que 13 ans, toute menue. Alors que les jeunes de son âge jouent encore à la poupée, ce petit bout de femme a été jeté dans le monde sordide du sexe. Issue d'un milieu défavorisé de Grand-Baie, Sarah (nom fictif) a brisé le silence samedi dernier. C'est sa voisine, May Jane Méa Fin qui, selon ses dires, l'aurait introduite dans ce monde plein de vices.

Rien d’étonnant, quand on sait que ce bidonville mal famé de Grand-Baie est considéré comme une destination « sea, sun and sex ». Le quartier, une centaine d'habitants, est bâti sur des marécages, près de deux hôtels cinq-étoiles et des restaurants prisés.

Pour y avoir accès, c’est un vrai parcours de combattant à travers un dédale de couloirs, entre des murs de briques d'un bâtiment à l’abandon.

Sarah vit dans cette masure avec ses parents et ses huit frères et sœurs. Elle n’a pas voulu poursuivre sa scolarité et passait son temps chez sa voisine, May Jane Méa Fin, mère de famille de 38 ans.

Les parents ignoraient les relations exactes entre leur fille et cette femme jusqu’à samedi dernier. Ce jour-là, la Brigade des mineurs, dirigée par le sergent Sameer Hosenee, débarque. Elle repartira en emmenant l’adolescente. Elle consignera sa déposition en présence de ses parents, qui seront choqués par le déballage de leur fille. « Sa madame-la abituer faire moi faire mauvais travail et li paye moi ene ti la monnaie.»

Les limiers sauront plus tard, qu’à deux reprises, May Jane a « livré » la gamine à des touristes qui frisaient la cinquantaine et plus. La première fois, c’était le 25 novembre 2007. La souteneuse l'avait laissée entre les mains d'un vieux Français qui a emmené la fille à un bloc d'appartements, avenue Flamants, Péreybère. Le touriste aurait exigé d’elle, sous la menace d'un couteau, qu’elle lui fasse une fellation. La petite traumatisée dut s’exécuter. En contrepartie, le vieux pédophile lui remet Rs 200 et elle regagne sa maison en bus.

Un autre client
Elle ne pipera mot à personne. Mais cette expérience traumatisante ne l'empêche pas de fréquenter de nouveau sa voisine. Le mois passé, cette dernière lui présente un autre client, toujours un homme âgé, en vacances à Maurice.

La petite se retrouve dans une voiture avec son client. May a tout négocié. Pour cette « sortie », Sarah touchera Rs 1 000 alors que la souteneuse reçoit Rs 500 pour ses bons offices.
Une fois encore, elle se retrouve dans un appartement à Pointe-aux Canonniers, avec le vieux. Mais elle refusera toutes ses avances et réussira à quitter les lieux. Entre-temps, May est interpellée par la police sous une accusation provisoire de « inciting a child to engage in prostitution ».Après cette arrestation, les langues se délient dans le voisinage. « Nous ti douté ki li dan sa métier là », confie une habitante de l’endroit, sous le couvert de l'anonymat.

May Jane Méa Fin est mère de deux enfants issus de relations avec deux pères différents. Son dernier concubin est en détention pour une affaire de hold-up.

Selon des informations, elle aurait avoué aux policiers son forfait. « C’est à cause la misère ki mo fine oblizé faire sa travaille-là », dit-elle pour sa défense. L’accusée comparaîtra en cour de Pamplemousses, demain.

Les confessions de la petite ont également débouché sur l'arrestation d'un habitant de Grand-Baie, âgé de 29 ans, qui est accusé d'attentat à la
pudeur sur Sarah.  Après la révélation de cette affaire sordide, Kamben Sawmynaden, conseiller du village de Grand-Baie n'a pas tardé à réagir. Il a déploré la précarité d’existence qui subsiste dans cette localité. « La drogue, la prostitution et la misère font des ravages dans ce bidonville qui ressemble plus à Karo Kalyptus qu’autre chose, une fois la nuit tombée », dénonce-t-il. Le conseiller a précisé que les habitants seront sous peu relogés dans une autre localité du Nord.

Agressé sexuellement à la maternelle
La deuxième affaire qui a choqué la population, cette semaine, demeure cette allégation d’agression sexuelle dans une école préscolaire Happy Kids, située rue Bancilhon, Port-Louis. Les parents ont porté plainte à la police en présence de leur fils de quatre ans. Le présumé satyre ne serait autre que le fils de la directrice de l’établissement, un collégien de 16 ans. Mardi après-midi, la victime se serait retrouvée, après les heures de classe, en compagnie du fils et de la fille de la directrice, qui s'était absentée. Alors que le petit regardait un dessin animé à la télé, le collégien l’aurait appelé. Il aurait introduit son sexe dans la bouche du gamin avant d'éjaculer. Traumatisé, l’enfant, aurait déclaré à ses parents: « Papa, line faire pipi dans mo la bouche ». Le suspect a été arrêté en fin de semaine. Il est accusé de « causing a child to be sexually abused ». Il a retrouvé la liberté après avoir fourni une caution de Rs 15 000 mais devra se conformer à certaines conditions précises. Il lui est désormais interdit d’avoir accès à l’école et il devra éviter de se retrouver sur le même palier que les enfants de cet établissement préscolaire. L’accusé, qui a nié les faits qui lui sont reprochés, a retenu les services de Me Nadeem Hydherkhan. Il comparaîtra en cour le 19 novembre.

Travailleuses du sexe et site web
à Riche-Terre, mercredi, trois femmes soupçonnées de s'adonner à la prostitution ont été arrêtées. Elles étaient en compagnie d'un proxénète et de trois clients au pensionnat Secret Paradise. L’opération de la Delta Squad était menée par le sergent Asyrigadoo et ses hommes. Alain Agathe, 46 ans, serait le cerveau de cet important réseau de prostitution. Les présumés clients, des hommes d'une vingtaine d'années, s'apprêtaient à pénétrer dans les chambres pour une partie de jambes en l'air quand les policiers sont intervenus. Les trois belles du jour sont mariées et viennent des faubourgs de la capitale, Ste Croix et Cité Briqueterie. Agées d’une vingtaine d’années, deux d’entre elles sont mères de famille. Elles avoueront aux enquêteurs que c’est Alain qui a arrangé le rendez-vous. Elles ont reçu chacune Rs 1000 pour leurs services, Alain, lui, empochant Rs 3 000. Tout cet argent a été saisi par la police.  Leurs trois « clients » seront assignés comme témoins dans cette affaire. Ils viennent du Nord, l'un d'eux est établi en Grande-Bretagne. Alain Agathe serait dans « le métier » depuis deux ans. Il n'avait jamais été inquiété par la police. Son modus operandi était simple : un client s'approche de lui, et sur son téléphone portable, il lui montre les photos des femmes qui figurent dans sa galerie. Le client fait son choix et Alain passe un coup de fil. La belle arrange ensuite un rendez-vous avec le coquin. Selon nos informations, Alain s’était constitué un vaste réseau comprenant une cinquantaine de femmes vénales. L’une des jeunes femmes a révélé l'adresse d'un site web sur lequel Alain Agathe exposait le profil de ces travailleuses du sexe.