Les choses se compliquent pour Bert Cunningham, le Directeur des douanes. L’Independent Commission against Corruption (Icac) prend très au sérieux les dénonciations faites contre lui par un cadre du Top Management de la Mauritius Revenue Authority. L’information avait été publiée en primeur par Le Défi-Plus dans son édition du 10 mai 2008.
L’accusateur de Bert Cunningham souhaite que la lumière soit faite sur son retour de mission, le 5 décembre 2007. Plus précisément sur trois zones d’ombre. Primo, Bert Cunningham aurait accepté une allocation de voyage de Rs 15 000 alors que, comme tout étranger, il n’a droit qu’à Rs 7 500. Secundo, il aurait débarqué avec sept colis pesant 99 kilos. (Voir Passengers’ List). Tertio, comme en témoigne l’Assessment Form rempli à l’aéroport, il n’a déclaré qu’un téléviseur LCD de 50 pouces de la marque Pioneer.
Mardi, à quelques heures de son départ en mission et contre toute attente, Bert Cunningham a été contraint d’accompagner des enquêteurs en sa résidence, à Grand-Baie. Ces derniers avaient pour mission d’inspecter le téléviseur LCD. Ils ont relevé toutes ses spécifications, surtout le modèle et le Serial Number. Car, son dénonciateur a dit aux enquêteurs qu’il a des doutes sur cet appareil. Selon les renseignements qu’il a glanés, Pioneer ne commercialise pas de téléviseur LCD, mais uniquement Plasma. Ce n’est qu’en mars de cette année que la firme Pioneer a décidé de fabriquer des téléviseurs LCD. (Voir encadré).
L’Icac compte rechercher des précisions auprès de la maison mère de Pioneer. Celle-ci sera appelée à confirmer, ou pas, si c’est un LCD ou un Plasma, car la différence de prix n’est pas négligeable. Par ailleurs, le reçu pour ce téléviseur intéresse également les enquêteurs qui souhaitent connaître son prix exact.
Par ailleurs, l’Icac recherche également des précisions auprès d’Air Mauritius. Les enquêteurs souhaitent connaître avec exactitude le nombre de colis transportés par Bert Cunningham et leur poids séparément et au combiné. Par ailleurs, ils sont intéressés à savoir si le Directeur des douanes a bénéficié d’une exemption pour surcharge.
Selon nos recoupements, la durée du transit de Bert Cunningham à Singapour intéresse également les enquêteurs. Il n’est pas à écarter que des précisions soient recherchées auprès du Service des douanes de ce pays. Les enquêteurs veulent savoir s’il avait été réellement contacté par le Service des douanes mauricien au sujet de certains arrangements.
La semaine prochaine, les enquêteurs auditionneront les deux douaniers de Plaisance qui ont préparé l’Assessment Form de Bert Cunningham. Ils devront s’expliquer sur l’allocation de Rs 15 000 au lieu de Rs 7 500 et les ratures sur le formulaire. Les enquêteurs voudront aussi savoir si ces douaniers avaient vérifié tous les colis du Directeur des douanes. Selon nos recoupements, ces deux douaniers ont fait l’objet d’une enquête au sein du Service des douanes. Ils ont dû répondre à une quarantaine de questions. D’ici mi-juillet, Bert Cunningham sera interrogé par les enquêteurs de l’Icac.
Par ailleurs, une autre enquête impliquant Bert Cunningham vient d’être bouclée. L’homme qui se profile derrière cette enquête n’est autre que Nemduth Bissessur, l’adjoint d’alors de Bert Cunningham. Au fait, en 2006, alors qu’il assurait la suppléance, il a eu vent de la disparition d’une garantie bancaire soumise par un importateur frappé d’une amende de plus d’un million de roupies. Celui-ci avait eu des faveurs de la douane car l’amende imposée par l’Unified Revenue Board avait été révisée à la baisse sans l’autorisation du Board. L’Icac a entendu tous les anciens membres du défunt URB, Bert Cunningham et un certain nombre de douaniers. Le DPP décidera de la marche à suivre. Profitant de la position adoptée par la présente Icac, les détracteurs de Bert Cunningham se mobilisent pour porter devant cette instance les dénonciations faites dans le passé. Tel un voyage de Bert Cunningham en Chine et l’affaire de sous-facturation alléguée de passeports.
FAST mise à l’index
L’équipe d’enquête de la douane, FAST, placée sous la responsabilité directe de Bert Cunningham, fait l’objet de multiples dénonciations. Celles-ci se sont multipliées depuis que le douanier Soobas Jeewon a été suspendu pour soupçon de conflit d’intérêts et d’abus de pouvoir. Dans une énième lettre au directeur général de la Mauritius Revenue Authority, en date du 25 juin, une enquête serrée est réclamée sur les 'complices' de Soobas Jeewon au sein de FAST et sur les autres douaniers de cette unité soupçonnés de s’adonner à des activités extra-professionnelles. FAST est également accusée de fermer les yeux sur les agissements d’un certain nombre d’hommes d’affaires.