Cette histoire tragi-comique pourrait vous arriver. En août 2005, lors de son arrestation pour vol, Aly Altaf Madarbux se fait passer pour son cousin, Azim Ismaël. Un mois plus tard, toujours en usurpant l’identité de son cousin, il plaide coupable pour vol devant le tribunal de Port-Louis. Il est alors condamné à une amende de Rs 1 000.
S’il s’était acquitté de cette amende, le pot-aux-roses n’aurait peut-être jamais été découvert. Mais, le malfrat ne l’a pas fait. Trois ans après, il comparaît de nouveau devant le tribunal de Port-Louis, cette fois sous son identité réelle, et plaide coupable sous la charge de « making a false acknowledgement ». Il a été condamné, le 20 juin, à un mois de prison par la magistrate Priscilla Veerabadren.

Hélas, l’histoire ne se termine pas là. Azim Ismaël a toujours une condamnation à son nom. Quelqu’un, quelque part, a commis l’erreur de juger la bonne personne mais sous la mauvaise identité. Et le salesman de 26 ans, habitant Rose-Hill, est furieux de cette usurpation d’identité. D’autant plus que ce n’est pas la première fois qu’il est victime « de l’esprit machiavélique » de son cousin Altaf – leurs pères sont demi-frères.
Ses ennuis commencent en décembre 2005. Altaf avait été arrêté par la police pour un vol de letchis commis en août de cette année. Il est placé en détention au poste de Quatre-Bornes. « Il avait donné mon nom aux policiers. L’un d’eux, qui connaissait mon père, l’a appelé pour lui dire que son fils était en état d’arrestation. Mon père était sous le choc et a appelé à mon boulot. Mon employeur m’a passé l’appel. Mon père m’a dit que j’avais été arrêté. Je lui ai répondu que c’était impossible, vu que j’étais en train de travailler. Chose qu’a confirmé mon employeur », relate Azim.
Le jeune homme, accompagné de ses parents, se rend au poste de Quatre-Bornes. Ils tombent nez à nez avec Altaf. « C’était la première fois qu’il usurpait l’identité de mon fils. Mais ce ne fut pas la dernière », se désole Roshan Ismaël. « Azim a dû, à plusieurs reprises, se rendre aux postes de police de Rose-Hill, Quatre-Bornes, Port-Louis et Beau-Bassin pour dissiper le malentendu. Chaque fois qu’il se faisait cueillir, Altaf se faisait passer pour son cousin Azim. »
Comparutions en CourPour preuve, Azim reçoit de nombreuses convocations à comparaître en cour… pour des délits qu’il n’a pas commis. C’en est trop, se dit le salesman. Azim écrit au Directeur des poursuites publiques (DPP), à la Commission des Droits de l’Homme, à l’Attorney General et même à l’assistant Commissaire de police responsable de la région de Rose-Hill pour les informer de cette situation aberrante et de ces craintes.
Malheureusement aucune de ces instances ne daignera répondre à sa correspondance. Et ce qui devait arriver arriva. En 2006, il doit répondre à un procès au criminel à Rose-Hill. Il est accusé d’avoir volé Rs 50 000, ainsi qu’un DVD et un portable. Un délit pour lequel il est innocent. Le coupable n’est autre que le fameux cousin Altaf. Heureusement, Azim est acquitté par la cour. Grâce, dit-il, aux efforts de son avocat, le défunt Me Elias Oozeerally.
Pour Azim, cette situation doit cesser. « Jusqu’où cela nous mènera-t-il ? » se demande le jeune homme. « Je ne peux passer mon temps à payer pour les fautes d’un autre. Je ne comprends pas comment la police peut laisser une telle chose se produire à maintes reprises. Pourquoi lorsqu’on arrête un suspect, ne vérifie-t-on pas son identité et son adresse ? Cette situation est absurde », s’insurge-t-il.
Le jeune homme explique que sa vie a été chamboulée. Et que si son entourage et son employeur n’étaient pas aussi compréhensifs, il ne sait pas ce qu’il aurait fait. « Au départ, cela me perturbait beaucoup. C’est toujours le cas, mais j’essaie de le supporter. Je ne suis pas un malfaiteur. Mais à cause d’Altaf, on me voit comme tel. J’ai cette étiquette devant la loi », précise Azim.
Son père Roshan précise que cette situation est d’autant plus regrettable car son fils n’a absolument rien à se reprocher. « Son comportement est irréprochable. Mon fils ne se drogue pas. Il ne vole pas. Nous n’avons jamais eu de problème avec lui. Il ne connaît que sa maison et son job. Les policiers viennent souvent frapper à notre porte, recherchant mon fils, alors qu’Altaf mène la belle vie », soupire-t-il.
Vol de biscuitsAltaf est rappelons-le, sans domicile fixe. « Il flâne les rues. Ses fréquentations sont des plus mauvaises. Et il fait les pires bêtises », précise Roshan. Effectivement, le délit pour lequel le dénommé Azim Rehmaat Ally Ismaël a été officiellement condamné, est bénin. Un jour d’août 2005, Aly Altaf Madarbux se rend dans l’enceinte de l’hôpital Jeetoo, à Port-Louis. Il profite du va-et-vient incessant des patients, des membres du personnel et des visiteurs pour faire main basse sur deux paquets de biscuits et une serviette.
Il est repéré et vite arrêté. Aux policiers, il soutient qu’il s’appelle Azim Rehmaat Ally Ismaël. C’est sous ce nom qu’il est traduit le lendemain devant le tribunal de 3e instance de Port-Louis sous une accusation de vol. Il est remis en liberté après avoir payé une caution. Il comparaît régulièrement en cour sous le nom d'Ally Azim Rehmaat Ismaël.
Un mois plus tard, il décide de plaider coupable. Une deuxième charge, celle de recel, est ajoutée à la première. Altaf plaide coupable sous l’identité d’Azim Rehmaat Ismaël. Et c’est ce dernier que la cour condamne à une amende de Rs 1 000. C’est toujours au nom d’Azim Rehmaat Ismaël qu’un mandat d’arrêt est émis pour non-paiement de l’amende.
Le vrai Ismaël se présente en cour et apprend qu’il a plusieurs antécédents – plusieurs condamnations. Il explique alors au magistrat qu’il pense que son cousin a usurpé son identité. Une enquête est alors ordonnée. Elle mènera à l’arrestation du récidiviste, qui admettra les faits lors de son interrogatoire.
Le 20 juin dernier, il a plaidé coupable sous l’accusation de « making a false acknowledgement ». Il a été condamné à un mois de prison et l’erreur, concernant la condamnation pour vol, enfin réparée.
Les antécédentsLe plus étonnant dans cette histoire, est qu’Altaf Madarbux voulait éviter d’avoir une longue liste d'antécédents. Son premier délit fut commis en 1994, il avait 11 ans. De 1994 à 2007, il a été condamné en 11 occasions. Sa dernière condamnation remonte au 20 juin pour « making a false acknowledgement ». Messieurs les policiers, méfiez-vous !
Le lien entre Azim et AltafAltaf et Azim sont cousins. Le père d'Altaf est le demi-frère du père d’Azim. « Altaf nous connaît bien. Il fréquentait notre maison. Durant notre enfance, nous étions proches. Lorsqu'il a commencé à dériver, nous avons coupé les ponts. Il a même volé ses plus proches parents », raconte Azim.