Notre île Maurice détient un triste record mondial. Elle compte 22 000 toxicomanes et se place au 2e rang des pays utilisateurs des produits opiacés depuis 2003. C’est ce que révèle le dernier rapport des Nations unies (ONUDC 2008). Notre image de l’île paradisiaque en prend un coup !

Pour combattre ce fléau de la drogue, diverses structures ont été mises en place. Ainsi la Dangerous Traffic Act 2000 a été amendée. Elle prévoit désormais une peine maximale pour tout trafiquant de drogue. Pour les victimes de la drogue, la Dangerous Drug Act Schedule 34, se montre plus clémente et prévoit des dispositions plus souples. Au lieu de purger une peine de prison, le toxicomane a l’opportunité de suivre un programme de désintoxication et de réhabilitation.

En novembre 2006, de nouvelles mesures ont été introduites, dont l’utilisation de la méthadone (un médicament) comme traitement, drogue de substitution chez les toxicomanes. Quatre centres sont concernés : le centre Idrice Goomany, Help Day Care et Sangam Arya Sabha Sewa Sadun, puis en mars 2007, un centre a été aménagé pour les femmes à l’hôpital Brown Séquard.

Pour le traitement en résidence, seul le National Detox Centre à Beau-Bassin offre une cure de dix jours. Une initiative qui est un nouveau signe d’espoir pour ceux qui veulent quitter l’enfer de la drogue. La demande est telle que les trois centres ne suffisent plus pour répondre à la demande.  Les incidents se multiplient dans les centres de santé qui distribuent de la méthadone. A l’hôpital psychiatrique de Beau-Bassin, à celui de Candos, des toxicomanes malmènent les infirmières. Mardi, à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo, un patient se met en colère, l’infirmière en charge ayant refusé de signer son allocation de transport.

Longue liste d’attente
Autre fait inquiétant, certains toxicomanes consomment du gandia, de l’alcool et autre opiacée alors qu’ils sont sous traitement méthadone. L’effet est néfaste. Trois toxicomanes ont perdu ainsi la vie depuis le début de l’année.

Imran Dhunoo, du Centre Idrice Goomanee, à Plaine-Verte, explique que la liste d’attente est longue. Le centre compte 261 hommes et 52 femmes qui suivent actuellement le traitement méthadone. Depuis mars 2007, 227 toxicomanes attendent de bénéficier d’un traitement.

«D’une manière générale, c’est une grande réussite de la lutte contre la toxicomanie », estime Imran Dhunoo. «Hélas, une partie des patients continue à se droguer, bien qu’ils soient sous méthadone. Je remercie le ministre de la Santé, Satish Faugoo, pour le lancement du projet méthadone. Il faut saluer l’effort des centres de santé pour leur tâche, qui est difficile à cause d’un manque de personnel», déclare-t-il.

«Les infrastructures manquent pour assurer le suivi du patient placé sous méthadone. Il faut effectuer des prélèvements
d’urine, au hasard, pour vérifier si ceux qui prennent de la méthadone ne prennent pas d’autres produits stupéfiants. Hélas, nous n’avons pas les moyens nécessaires pour établir des tests d’urine. Il faudrait aussi pouvoir augmenter les points de distribution de méthadone.»

Cibler les intermédiaires
Evoquant les sanctions prises contre les toxicomanes, Imran Dhunoo explique que «la loi est déjà bien sévère contre le toxicomane. Il faudrait introduire la peine capitale contre le trafiquant qui est le principal responsable de ce fléau».  Il ajoute que le commerce de la drogue est un engrenage bien huilé. «C’est une chaîne qui comprend la production, le processing, le traficking, le financing, le retailing du produit, jusqu’au consommateur de la drogue. La loi doit être plus sévère envers les intermédiaires. Le consommateur est une victime, bien souvent le trafiquant n’est pas un drogué. Les effets néfastes, seuls les toxicomanes les ressentent.»

VoH et méthadone
Commentant les événements qui se sont produits vendredi dernier, Navin Unoop, secrétaire général de la Voice of Hindu, explique que « la VoH n’est en rien opposé au traitement de substitution par la méthadone. Cependant, il faut trouver un lieu plus approprié pour gérer cette situation. Nous avons agi après avoir reçu de nombreuses plaintes du personnel médical de l’hôpital Candos et des membres du public. Ils craignaient que cet attroupement quotidien de toxicomanes ne vienne perturber le fonctionnement de l’hôpital. Mercredi matin, nous avons rencontré les toxicomanes à Quatre-Bornes pour tenter de trouver une solution à leurs problèmes», déclare Navin Unoop.

La police agit
On estime à plus de 22 000 le nombre de consommateurs d’héroïne à Maurice. Les autres produits en vogue sont la marijuana, les cocktails de médicaments psychotropes comme le subutex, le rivotril. Les drogues de synthèse ont la cote auprès des jeunes.

Saisies de l’ADSU
2007 : 5 kilos 790 grammes d’héroïne.
2007 : 24 kilos 386 grammes d’haschisch
2007 : Gandia: 40 kilos 454 g
2008 : Jan – 15 juin : 8 kg d’héroïne
2008 : Gandia : 15 kg 57g.

Comprimés, psychotropes subutex/ecstasy et autres
2007 :  81 084 unités
2008 :   2 713 unités

Nombre d’affaires détectées liées à la drogue
2007 : 4 326 cas détectés.
Parmi les personnes arrêtées, : 2 298 hommes, 96 femmes 5 adolescents et 2 jeunes filles.
2008 : Jan – 15 juin 2008 : 11 090 affaires de drogue recensées
1 077 personnes arrêtées : 1 026 hommes, 36 femmes et 15 adolescents

Plants de gandia déracinés
2007 : 25 470
2008 : 16 497

Pour rappel, un gramme d’héroïne se vend de Rs 5 000 à Rs 10 000 dépendant de la pureté du produit.