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Usages détournés de la méthadone : Manque de suivi médical
http://www.defimedia.info/articles/2738/1/Usages-detournes-de-la-methadone--Manque-de-suivi-medical/Page1.html
By Reshad Toorab
Published on 5th July, 2008
 
L’introduction du traitement de substitution par la méthadone, à l’usage des toxicomanes, depuis novembre 2006, risque de prendre un sale coup si les autorités ne revoient pas le système instauré. Manque de personnel, d’infrastructures, liste d’attente qui s’allonge, le mauvais usage du produit par certains patients : les critiques pleuvent. Et la grogne s’installe dans le public. Un vrai cocktail explosif.
 

 
Notre île Maurice détient un triste record mondial. Elle compte 22 000 toxicomanes et se place au 2e rang des pays utilisateurs des produits opiacés depuis 2003. C’est ce que révèle le dernier rapport des Nations unies (ONUDC 2008). Notre image de l’île paradisiaque en prend un coup !

Pour combattre ce fléau de la drogue, diverses structures ont été mises en place. Ainsi la Dangerous Traffic Act 2000 a été amendée. Elle prévoit désormais une peine maximale pour tout trafiquant de drogue. Pour les victimes de la drogue, la Dangerous Drug Act Schedule 34, se montre plus clémente et prévoit des dispositions plus souples. Au lieu de purger une peine de prison, le toxicomane a l’opportunité de suivre un programme de désintoxication et de réhabilitation.

En novembre 2006, de nouvelles mesures ont été introduites, dont l’utilisation de la méthadone (un médicament) comme traitement, drogue de substitution chez les toxicomanes. Quatre centres sont concernés : le centre Idrice Goomany, Help Day Care et Sangam Arya Sabha Sewa Sadun, puis en mars 2007, un centre a été aménagé pour les femmes à l’hôpital Brown Séquard.

Pour le traitement en résidence, seul le National Detox Centre à Beau-Bassin offre une cure de dix jours. Une initiative qui est un nouveau signe d’espoir pour ceux qui veulent quitter l’enfer de la drogue. La demande est telle que les trois centres ne suffisent plus pour répondre à la demande.  Les incidents se multiplient dans les centres de santé qui distribuent de la méthadone. A l’hôpital psychiatrique de Beau-Bassin, à celui de Candos, des toxicomanes malmènent les infirmières. Mardi, à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo, un patient se met en colère, l’infirmière en charge ayant refusé de signer son allocation de transport.

Longue liste d’attente
Autre fait inquiétant, certains toxicomanes consomment du gandia, de l’alcool et autre opiacée alors qu’ils sont sous traitement méthadone. L’effet est néfaste. Trois toxicomanes ont perdu ainsi la vie depuis le début de l’année.

Imran Dhunoo, du Centre Idrice Goomanee, à Plaine-Verte, explique que la liste d’attente est longue. Le centre compte 261 hommes et 52 femmes qui suivent actuellement le traitement méthadone. Depuis mars 2007, 227 toxicomanes attendent de bénéficier d’un traitement.

«D’une manière générale, c’est une grande réussite de la lutte contre la toxicomanie », estime Imran Dhunoo. «Hélas, une partie des patients continue à se droguer, bien qu’ils soient sous méthadone. Je remercie le ministre de la Santé, Satish Faugoo, pour le lancement du projet méthadone. Il faut saluer l’effort des centres de santé pour leur tâche, qui est difficile à cause d’un manque de personnel», déclare-t-il.

«Les infrastructures manquent pour assurer le suivi du patient placé sous méthadone. Il faut effectuer des prélèvements d’urine, au hasard, pour vérifier si ceux qui prennent de la méthadone ne prennent pas d’autres produits stupéfiants. Hélas, nous n’avons pas les moyens nécessaires pour établir des tests d’urine. Il faudrait aussi pouvoir augmenter les points de distribution de méthadone.»

Cibler les intermédiaires
Evoquant les sanctions prises contre les toxicomanes, Imran Dhunoo explique que «la loi est déjà bien sévère contre le toxicomane. Il faudrait introduire la peine capitale contre le trafiquant qui est le principal responsable de ce fléau».  Il ajoute que le commerce de la drogue est un engrenage bien huilé. «C’est une chaîne qui comprend la production, le processing, le traficking, le financing, le retailing du produit, jusqu’au consommateur de la drogue. La loi doit être plus sévère envers les intermédiaires. Le consommateur est une victime, bien souvent le trafiquant n’est pas un drogué. Les effets néfastes, seuls les toxicomanes les ressentent.»

VoH et méthadone
Commentant les événements qui se sont produits vendredi dernier, Navin Unoop, secrétaire général de la Voice of Hindu, explique que « la VoH n’est en rien opposé au traitement de substitution par la méthadone. Cependant, il faut trouver un lieu plus approprié pour gérer cette situation. Nous avons agi après avoir reçu de nombreuses plaintes du personnel médical de l’hôpital Candos et des membres du public. Ils craignaient que cet attroupement quotidien de toxicomanes ne vienne perturber le fonctionnement de l’hôpital. Mercredi matin, nous avons rencontré les toxicomanes à Quatre-Bornes pour tenter de trouver une solution à leurs problèmes», déclare Navin Unoop.

La police agit
On estime à plus de 22 000 le nombre de consommateurs d’héroïne à Maurice. Les autres produits en vogue sont la marijuana, les cocktails de médicaments psychotropes comme le subutex, le rivotril. Les drogues de synthèse ont la cote auprès des jeunes.

Saisies de l’ADSU
2007 : 5 kilos 790 grammes d’héroïne.
2007 : 24 kilos 386 grammes d’haschisch
2007 : Gandia: 40 kilos 454 g
2008 : Jan – 15 juin : 8 kg d’héroïne
2008 : Gandia : 15 kg 57g.

Comprimés, psychotropes subutex/ecstasy et autres
2007 :  81 084 unités
2008 :   2 713 unités

Nombre d’affaires détectées liées à la drogue
2007 : 4 326 cas détectés.
Parmi les personnes arrêtées, : 2 298 hommes, 96 femmes 5 adolescents et 2 jeunes filles.
2008 : Jan – 15 juin 2008 : 11 090 affaires de drogue recensées
1 077 personnes arrêtées : 1 026 hommes, 36 femmes et 15 adolescents

Plants de gandia déracinés
2007 : 25 470
2008 : 16 497

Pour rappel, un gramme d’héroïne se vend de Rs 5 000 à Rs 10 000 dépendant de la pureté du produit.

Les drogues de synthèse à la mode
Drogues dures, drogues douces, de synthèse, hal­lu­cinogènes, psycho­tropes. L’opium, le brown sugar, le mandrax, le rocknoll, très prisés dans le passé sont considérés comme des drogues anciennes par les jeunes. Les drogues de synthèse font des ravages : ecstasy, LSD, crack et cocaïne, ont fait leur entrée dans les boîtes de nuit du littoral et des Plaines-Wilhems.

L’écoulement de la drogue se fait de manière si discrète qu’il est difficile de mettre la main sur des consommateurs fantômes.

En 2007, l’équipe de l’inspecteur Jagai de l’ADSU du port a saisi 694 comprimés d’ecstasy (valeur Rs 12 M) chez un Quatrebornais.

L’ecstasy est surtout consommée dans un contexte de fête alliant musique techno et danse, lors des «rave parties».

Les autorités, selon Ally Lazer, travailleur social, n’arrivent pas à dresser le profil type de ces toxicomanes d’un genre nouveau, dits «toxicomanes haut de gamme».

La cocaïne coûte entre Rs 10 000 et Rs 12 000 le gramme, l’ecstasy entre Rs 1 000 et Rs 1 200 le comprimé alors que le LSD et le crack trouvent preneurs à Rs 1 500. «Dans ène boîte cote nou ti pé fer l’enquête», explique Ally Lazer. «Ene employé ti approche nou avec ène carte dans la main et li proposer : «Si ou bizin ecstasy, LSD, hachisch, tout éna ici». Zot servi la drogue couma carte menu l’hôtel».

«La situation est grave. Dans les années 80, le Brown Sugar débarque à Maurice, 28 ans après on compte 25 000 toxicomanes, 1 000 nouveaux chaque année».

Ally Lazer est convaincu que les drogues de synthèse inonderont le marché. «Facile fabrique banne la drogue-là. Plus inquiétant, so composition trouve lors Internet».

«C’est un cercle bien fermé, les transactions ne se font pas au grand jour. Les consommateurs s’approvisionnent avec les dealers et consomment les produits sur place immédiatement. Les drogues de synthèse se vendent en forte quantité à des groupes de jeunes. Les passeurs sont des touristes européens en vacances, ou des hommes d’affaires. Ils apportent des comprimés pour les partager avec des amis ou pour les livrer aux dealers», déclare un haut gradé de la police.

Traitement efficace
Le traitement de substitution par la méthadone est-il aussi efficace pour qu’autant de toxicomanes s’y accrochent, comme à une bouée de sauvetage ?

Une patiente sous traitement de méthadone.Vévé (nom fictif), 22 ans, une patiente qui est en traitement méthadone témoigne. « Depuis décembre, je suis un traitement et je m’en sors bien. Surtout après avoir consommé  de la drogue pendant huit ans. J’ai retrouvé la forme et je me sens désormais une femme comme les autres. J’ai enfin trouvé un emploi de vendeuse.» Le seul souci, dit-elle, c’est que les autorités devraient revoir l’horaire de distribution de la méthadone. Il est fixé entre 6 et 9 heures, juste au moment où les mamans doivent préparer leurs enfants pour l’école.


L’opprobre social
Un groupe de toxi­comanes en traitement lance un appel au gouvernement. Ces personnes se disent rejetées par la société. Elles éprouvent des difficultés à trouver un emploi. «Depuis ki nous lors méthadone, nous pas drogués, et nous senti nous éna courage pou travail. Mais nous pas gagne travail. Nous ti a content éna ène place cote éna banne activité Des toxicomanes de Port-Louis s’insurgent.social, kot tout toxicomane joine après ki zot fini prend méthadone le matin.»

Elles se plaignent aussi d’être ballottées comme «des balles de ping-pong» concer­nant leur Transport Allo­wance. «Personne pas lé signe pou nous transport. Zot dire pas zot travail ça», déclare leur porte parole.