Le textile file un mauvais coton. Depuis plusieurs mois, les opérateurs voient rouge. «En trois mois, plus d’un millier d’emplois ont été perdus. Des centaines d’autres employés risquent de se retrouver sur le pavé dans les prochains mois», prévoit Georges Chung, président de la Mauritius Export Association (MEXA).

Le textile est ébranlé par des facteurs internes et externes. La crise économique qui frappe les pays européens et les États-Unis affecte nos exportations. La flambée des prix des matières premières et des produits pé­troliers affecte tout autant les coûts de production. «On constate cette année une baisse variant entre 10 et 20 % de nos commandes», observe Georges Chung.

Amédée Darga, président d’Enterprise Mauritius, com­pare de son côté les difficultés du secteur à une très forte grippe. «Il pourrait attraper une bronchite. Ou bien, il pourrait se remettre dans quelque temps selon la tendance des facteurs externes et les mesures qui seront appliquées sur le plan local.»

Pour nous en sortir, nos entreprises doivent monter en gamme. C’est possible, d’autant que nous avons les moyens, insiste Amédée Darga. «La demande sur nos marchés traditionnels pourrait être sujette à une morosité économique. Mais nous pouvons diversifier nos marchés. Nous jouons déjà dans un créneau de produits considéré comme supérieur. Cela nous permettra de trouver les marchés et les acheteurs. Nos entreprises devront être ren­forcées par les efforts conjugués des opérateurs eux-mêmes et les autorités publiques», soutient-il.

Face aux griefs des indus­triels, le gouvernement a décidé d’agir. Un ‘High-Powered Com­mittee’ a ainsi été institué pour se pencher sur les stratégies à court et moyen termes pour moderniser l’industrie. Le ministre de l’Industrie, Rajesh Jeetah, a convoqué une réunion cette semaine. «Quatorze actions ont été définies pour accom­pagner les entreprises», explique Amédée Darga, également mem­bre du comité. Ces actions portent notamment sur une forte participation à des foires aux États-Unis et en Europe, la prospection de nouveaux mar­chés, la formation au renfor­cement des capacités de gestion financières, la capitalisation des entreprises, des actions pour améliorer la productivité et la modernisation technologique.

Nouvelles
technologies

Georges Chung croit dans l’investisse­ment des nouvelles technologies. Mais persiste à croire que les autorités doivent mettre en place un encadrement propice pour les entreprises. «Améliorer la productivité n’est pas suffisant. Il faut revoir le taux de change et l’efficacité de nos logistiques».

Amédée Darga reconnaît des mérites aux grosses pointures de l’industrie : «Les 20 ‘Top Com­panies’ du secteur textile et de l’habillement ont fait des in­vestissements et de gros efforts de modernisation ces deux der­nières années, que ce soit en termes d’équipements, d’inté­gration, de la capacité de design et autres. Ces 20 compagnies font 80 % des exportations et emploient environ 40 000 personnes. Des 193 autres, une minorité ont aussi fait des efforts. Ceux-là gèrent leurs entreprises de manière rigoureuse.»

Il faut certes sauver le textile. N’empêche qu’il y a eu une mauvaise gestion de certaines entreprises, constate Amédée Darga. De nombreuses PME ont traîné la patte. Elles ont été handicapées par des dysfonc­tionnements institutionnels.

Le Bureau central des sta­tistiques prévoit une croissance de 3,6 % cette année pour le textile. Georges Chung juge cette estimation «trop optimiste». «La situation restera difficile dans les mois qui viennent tant que le marché international ne s’amé­liorera pas et que le taux de la roupie restera où il est». Amé­dée Darga entrevoit, lui, malgré tout une lueur d’espoir. «Si tout le monde s’y met, le secteur pourrait repartir dans quelques mois.»

Roupie : pour un juste milieu
L’appréciation de la roupie a affecté le textile. De juillet 2007 à juin 2008, la roupie s’est appréciée de 16 % face à la livre sterling. «Perdre 16 % de vos revenus en roupies quand votre électricité augmente de 25 %, c’est un sérieux coup de froid», analyse Amédée Darga. Il est juste, avance-t-il, aussi de dire que certains crient plus fort que la douleur ! «Je ne suis pas suffisamment compétent en matière de politique monétaire, mais il faut que les décideurs comprennent qu’il faut que toute mesure d’appréciation soit graduelle, question de donner le temps d’adaptation». Par ailleurs, estime-t-il, il s’agit de trouver un juste milieu pour une valeur de la roupie qui n’amplifie pas l’inflation et ne fragilise pas les entreprises les mieux gérées. «Certains suggèrent qu’un dollar à Rs 28 serait ce juste milieu. Aux experts de voir !»