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Harish Boodhoo : « La Voice of Hindu menace l’harmonie sociale »
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Eshan Dinally
 
By Eshan Dinally
Published on 5th July, 2008
 
Une semaine pour agir. C’est l’ultimatum de Harish Boodhoo au Premier ministre afin que des enquêtes soient initiées sur la Voice of Hindu (VoH).
 

 
Le Défi-Plus : Comment réagissez-vous à la mise en garde du Premier ministre à la Voice of Hindu et tout autre groupuscule qui transgressent la loi ?
Harish Boodhoo : Je ne crois pas aux paroles de Navin Ramgoolam. Je vous cite un exemple. Sur le dossier de Sale by Levy, il a pris des engagements qui n’ont pas été concrétisés. Aussi, je préfère attendre que ses paroles soient traduites en actions. La population attend que le Premier ministre envoie un signal très fort en aidant la force policière à reprendre le contrôle de la situation. La police ne peut plus continuer à subir les agissements des dirigeants de la VoH. Pensez-vous, même des détenus ont été libérés du poste de police de Quatre-Bornes. Pis, aucune action n’a été prise.

Pourquoi la police plie-t-elle l’échine devant la VoH ?
Elle n’a pas peur de la VoH, mais elle craint plutôt des représailles du pouvoir. Les dirigeants de ce groupe sont perçus comme des protégés des Premiers ministres successifs depuis sir Anerood Jugnauth. D’ailleurs, c’est  sous le règne de ce dernier que la VoH a commencé à semer ses graines. Cette organisation a bourgeonné sous ses mandats avant d’être cultivée avec beaucoup de soins par Paul Bérenger, alors qu’il était Premier ministre. D’ailleurs, en pas moins de huit occasions, les dirigeants de la VoH ont révélé avoir eu des sessions de travail avec lui au Bâtiment du Trésor.

Sous le Primeministership de Navin Ramgoolam, l’arbre porte ses fruits en abondance. Les compagnies appartenant aux dirigeants de la VoH ont obtenu des contrats de transport des corps paraétatiques sous la tutelle du ministère des Finances. On m’a informé qu’ils disposent d’une unité d’agents de sécurité et qu’ils opèrent une discothèque dans les hautes Plaines-Wilhems. Le Premier ministre leur a accordé 4 arpents de terre à La Vigie. Ce n’est pas un secret qu’ils ont plusieurs sources de financement, dont la classe politique.

Pour mettre la cerise sur le gâteau, Navin Ramgoolam se fait un devoir de les honorer en assistant à leurs fonctions. La présence du Premier ministre équivaut à un certificat de moralité et de confiance.  Ainsi, ils se croient tout permis. Fort de ces connexions, quel est ce policier qui oserait leur tenir tête ? D’ailleurs, un des dirigeants du groupe, fonctionnaire de surcroît, avait molesté un policier. On ne sait pas où en est l’enquête. Entre-temps, il a obtenu une promotion.

Dans le présent cas, le Premier ministre a annoncé que la police prendra des actions après la fin de l’enquête. Qu’en pensez-vous ?
Avec Navin Ramgoolam, je dois voir pour croire. En tant que ministre de l’Intérieur, Navin Ramgoolam s’est-il soucié des assauts de la VoH ? A-t-il cherché à connaître les conclusions des enquêtes dans des cas impliquant la VoH ? Tous les Premiers ministres ont fermé les yeux sur les agissements de la VoH. A ce jour, aucune enquête n’a abouti et pas un seul membre de la VoH n’a été condamné. Et Dieu sait com­bien de déposi­tions ont été consignées contre ses dirigeants ! Moi-même, j’ai déposé contre ses dirigeants. C’est triste pour Maurice!  A l’étranger, de hautes personnalités font l’objet d’enquête. L’ex-Président Jacques Chirac en France, le Premier ministre israélien Ehud Olmert, le fils de Tony Blair alors que ce dernier était Premier ministre de la Grande-Bretagne. Justice doit être faite. J’ai demandé au Directeur des Poursuites publiques d’initier une enquête sur toutes les dépositions contre les dirigeants et membres de la VoH et leur mode d’opération dans le style terroriste.

Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à prendre position contre la VoH ?
Je suis monté au créneau, car les associations hindoues ont capitulé. Effrayées depuis que Somduth Dulthumun a été malmené, elles ne réagissent pas. Je suis le seul qui reste pour tirer la sonnette d’alarme. La VoH  dérape tellement qu’elle risque de mettre ce pays à feu et à sang. Si je n’avais pas mis le Premier ministre et le Commis­saire de Police par intérim devant leurs responsabilités, on se serait dirigé vers une bagarre raciale. J’ai utilisé mes contacts pour demander aux chefs religieux de dire aux musulmans et aux chrétiens que la VoH ne représente pas la communauté hindoue. Les dirigeants de la VoH ne représentent qu’eux-mêmes et non la communauté hindoue. La communauté majoritaire ne s’élève pas contre la distribution de la méthadone.

Pas tout à fait, car la VoH dispose des branches à travers le pays. N’est-ce pas ?
La grosse majorité d’entre eux sont des innocents qui se laissent miroiter par une cause : défendre la cause hindoue face au danger musulman et au danger créole. Il est faux de faire croire que la commu­nauté hindoue est en danger. Elle n’a besoin ni de tapeurs ou de mer­cenaires pour se protéger. Au­cune commu­nauté n’est me­na­cée dans ce pays. L’île Mau­rice appartient à toutes les composantes de la société mauricienne.

La communauté hindoue est très paci­fique. Elle vit et laisse vivre les autres. Elle ne peut pas permettre à des bandits et des mercenaires de troubler l’ordre. Ce sont des petits esprits qui portent des visières. S’ils étaient des gens éclairés, ils auraient su que toute action provoque des réac­tions. Il ne faut pas qu’une poignée de ban­dits mette la communauté hindoue à dos avec les autres communautés. Notre petite île Maurice,  où il fait bon vivre, ne peut pas devenir le Liban, le Zimbabwe, les Fidji ou l’Irlande du Nord de l’océan Indien.

Ces pauvres membres de la VoH doivent commencer à ouvrir leurs yeux. Avant qu’il ne soit trop tard, il faut qu’ils se rendent compte à quel point quelques dirigeants de la VoH se sont enrichis. Ils ne doivent pas s’associer à un mouvement qui s’illustre par la violence.

Pourtant, les dirigeants de la VoH nient être un groupe extrémiste violent et se proclament plutôt comme un groupe de pression ...
Le panneau de la VoH à Grand-Bassin les trahit. On peut y voir deux sables avec des traces de sang. Il est clair que ce panneau représente la violence. C’est une insulte à la communauté hindoue car il est placé à un lieu sacré. Et à l’Inde pour avoir mis son drapeau sur ce panneau. Le pays du Mahatma Gandhi prône la paix et la tolérance. Depuis 2007, j’ai demandé au Commissaire de Police, Ramanooj Gopalsingh, de faire enlever ce panneau, mais rien n’a été fait. J’ai appris que le Bureau du Premier ministre n’a pas réagi à la demande dans ce même sens de deux associations hindoues.  La VoH, comme les autres mouve­ments extrémistes, représente un danger potentiel pour l’harmonie raciale dans notre pays. Je fais un pressant appel au Premier ministre pour qu’ils soient radiés dans l’intérêt suprême de la nation mauricienne.

Jusqu’où comptez-vous aller ?
En fin de semaine, j’ai écrit à la Mauritius Revenue Authority, au Registrar of Associations, à la Banque de Maurice et au Directeur des Poursuites publiques pour réclamer que des enquêtes soient initiées sur les agisse­ments criminels de la VoH et sur les avoirs de leurs dirigeants. J’ai également écrit au Chef de la Fonction publique pour lui demander comment le fonctionnaire Krit Manohur est autorisé à  présider un parti politique, en l’occurrence la VoH. D’autant plus que ce mouvement transgresse les lois du pays à travers ses nombreux agissements. Par ailleurs, je vais demander à la police d’initier une enquête sur une probable ‘Malagasy Connection’ de certains dirigeants de la VoH. Je fais un appel aux autorités pour accorder l’immunité aux anciens dirigeants de la VoH afin qu’ils viennent dévoiler les dessous des agissements de certains membres de la direction.

Et si aucune action n’est prise ?
Je donne une semaine au Premier ministre pour agir. Au cas contraire, je vais tenir un meeting explosif et loger une affaire en Cour.