La Voice of Hindu (VOH) est-elle devenue la voix de la haine et de l’intolérance ? En tout cas, c’est l’image qu’elle projette depuis que ses membres ont débarqué à l’hôpital Victoria, à Candos, le vendredi 27 juin, pour empêcher la distribution de méthadone aux toxicomanes.

Leur argument est que ce traitement ajoute à l’insécurité latente à Quatre-Bornes. Et leur déclaration, comme quoi la distribution de ce médicament doit se faire dans la forêt de Macchabée, frise l’insulte.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Paul Bérenger, Resistans ek Alternativ et Harish Boodhoo ont, tour à tour, dénoncé leur agissements. Harish Boodhoo a même consigné une déposition et a écrit au Premier ministre, ainsi qu’au Directeur des poursuites publiques (DPP), leur demandant de sévir.

Dans sa lettre à Navin Ramgoolam, Harish Boodhoo lui demande de casser les reins à ce groupe, qu’il qualifie de « bombe à retardement », constitué de « têtes brûlées », qui pourrait « anéantir la cohésion raciale » dans le pays.

De part et d’autre, tous condamnent l’attitude de la VOH, dont les écarts de conduite n’ont jamais été réprimés. Car ses dirigeants ont toujours été dans les petits papiers des gouvernants du jour. Ce qui a incité la police à adopter la politique de l’autruche. Même lorsque ses officiers ont été tabassés dans l’exercice de leurs fonctions. À tel point que beaucoup avaient l’impression que l’État avait peur de s’attaquer à ce mouvement. Bref, que les dirigeants de la VOH faisaient trembler l’État.

Vendredi, le Président, sir Anerood Jugnauth, est sorti de sa réserve pour déclarer qu’il n’avait jamais toléré ce genre d’agissements lorsqu’il était Premier ministre. Navin Ramgoolam n’a pas été en reste, il a également lancé une salve en leur direction.

La faute aux politiques
Créée officiellement pour défendre les intérêts de la communauté majoritaire il y a une décennie, la VOH est en train de faire l’inverse, se désole l’écrivain Abhimanyu Unnuth. « Ceux-là font plus de tort aux hindous. Ils ignorent sans doute que l’hindouisme prêche la tolérance. La religion nous interdit l’usage de la violence. Le Mahatma Gandhi a réussi à allier différentes communautés afin que l’Inde obtienne son Indépendance », souligne Abhimanyu Unnuth.

Ce dernier soutient néanmoins que si ce mouvement dérape aujourd’hui, la faute en revient aux politiciens. Les faits ne lui donnent pas tort. Les dirigeants de la VOH ont toujours été reçus par les princes du pouvoir. Même sans rendez-vous, entre 2004 et 2005. Sous l’actuel gouvernement, elle s’enorgueillissait de la présence du Premier ministre à plusieurs de ses fonctions.

Le comble pour la VOH, c’est qu’elle se fait tailler en pièces dans l’affaire de la distribution de la méthadone alors qu’elle a fait pire (voir hors-texte). Rien que l’an dernier, lors d’une conférence de presse, elle a clairement incité à la haine raciale en demandant aux hindous de « tuer » les fidèles des différentes églises chrétiennes qui font du prosélytisme à travers le porte-à-porte.

Ses dirigeants n’ont eu de cesse de jouer avec le feu. En mars 2007, au plus fort de la bagarre entre des gros bras et les propriétaires (hindous) d’une station-service de Ste-Croix, elle a cru bien faire en investissant, au beau milieu de la nuit, Karo Kalyptis. Une démarche que les forces vives de Ste-Croix avaient qualifiée de « provocation ».

« VOH a été créée par Dieu »
Les quatre cents coups de la VOH ont, de tout temps, trouvé les colonnes de différents journaux. Adorant la polémique, la direction du groupe est consciente qu’une bonne dose de communication est nécessaire pour se faire voir et s’attirer des sympathisants. Le résultat est visible. « Nous avons 50 000 membres dispersés au sein de 177 cellules », clame Deepak Aubeeluck, secrétaire général du groupuscule, avec fierté.

Ses membres sont-ils pour autant des fous de dieu ? « La VOH a été créée par Dieu… C’est sa volonté. C’est pour cela que nous sommes forts », a tonné Deepak Aubeeluck, lors de la conférence de presse de la VOH à Port-Louis, mercredi, au cours de laquelle elle a voulu faire bonne figure dans l’affaire de la méthadone.

Quelques-uns des témoins de la démonstration de force, à l’hôpital Victoria, soutiennent que plusieurs
membres de la VOH étaient armés de gourdins et de sabres. Afin de mettre les désintoxiqués en fuite. Mais, Krit Manohur, le chef de file du groupe, nie en bloc.

Ce gardien de stade employé par le ministère des Sports explique que ses hommes se sont tout simplement rendus sur place pour demander à la direction de l’hôpital de stopper la distribution de cette drogue de substitution.

À L’Hebdo, Krit Manohur tente de sauver les meubles. « J’ai évoqué la distribution de méthadone à Macchabée, car ce genre de soins se fait dans… des forêts en Inde et en Australie », nous a-t-il déclaré. Et quid du panneau de la VOH arborant les drapeaux de l’Inde et deux épées dégoulinant de sang ? Krit Manohur dit n’y voir rien de mal. « Ce sont les symboles de la déesse Kali », affirme-t-il.

In camera, lors d’une réunion spéciale de la VOH, samedi, ses dirigeants ont affirmé que les attaques, auxquelles ils font face, sont dues à une campagne menée par le MSM. La raison est que leur mouvement avait gêné ce parti, lors des législatives de 2005. D’abord, en troublant le meeting de Pravind Jugnauth, à Gros-Billot. Et, ensuite, en dénonçant le fait que Lady Sarojini faisait ouvertement campagne pour l’alliance MSM/MMM.

Le MSM ne sera qu’un bouc émissaire de plus pour expliquer les frasques d’une association qui n’a jamais été aussi horripilante.

Krit Manohur : « C’est la VoH qui a mis fin aux émeutes en 1999 »
La fierté de Krit Manohur, c’est d’avoir mis fin aux émeutes en 1999. « C’est notre plus grande victoire. Dès que la VOH a été créée, les émeutes ont pris fin en 1999 », dit-il. Il ajoute que ce mouvement est complètement apolitique. « Jamais nous n’avons reçu d’un gouvernement de l’argent ou des terres. Notre objectif est d’aider les personnes en détresse », ajoute-t-il. Krit Manohur tient à préciser que les dirigeants et les membres de son association « ne sont ni des voleurs, ni des violeurs et encore moins des criminels ». Pour lui, il est malheureux que certains politiciens de l’opposition « tirent les ficelles dans l’ombre ». Il demande aussi à Harish Boodhoo de donner toutes les informations en sa possession, au sujet d’un crime quelconque, à la police. Enfin, concernant le panneau de la VOH à Grand-Bassin, il soutient qu’ils représentent « le bien contre le mal » et que les statues de Kali sont représentées ainsi.

Des signes d’intolérance depuis 1996
  • La VOH fait irruption dans les locaux d'Air Mauritius et s'en prend à trois directeurs, au motif que des hindous ont été lésés lors d’un exercice de recrutement.
  • Le député rouge Hervé Aimée est agressé à la suite de l’accident de Palma, lors duquel deux fillettes avaient été renversées par un prêtre catholique.
  • Les dirigeants de la VOH envahissent Domaine Les Pailles. Leur cible : Areff Salauroo. Ils veulent des explications sur la rétrogradation d’une employée.
  • Le ministre Pritviraj Putten accuse des sbires de la VOH de l'avoir injurié et menacé lors d'une réunion du MSM à la municipalité de Quatre Bornes.
  • La VOH se permet d’enlever un tableau montrant Kali nue, lors d’une exposition au MGI. Pour elle, c’est une insulte à cette divinité hindoue.
  • Un étudiant musulman est pris à partie par des membres de la VOH sur le campus de Réduit. Le jeune homme aimait taquiner une fille appelée Sushma. Il a été forcé de s’excuser en public.
  • Désordres à l'hôpital Candos après le décès d’un membre de la VOH, Sangeet Emrith, atteint de chikungunya. Le bureau du surintendant Rajendra Hosanee est forcé.
  • Le groupe détruit les soubassements d'un complexe NHDC à La Gaulette. Raison : ce complexe sera bâti à proximité d’un temple hindou.
  • Rodéo nocturne des membres de la VOH, en 4x4, à Karo-Kalyptis au plus fort des affrontements entre le gérant d’une station-service, à Ste-Croix, et deux individus accusés d’avoir saccagé son commerce.
Naissance de la Voice of Zamzam
Après la Voice of Hindu, c'est au tour de l'association Zamzam, dont le quartier général se trouve au coeur de la Plaine Verte, de lancer la Voice of Zamzam. Cette organisation se veut être apolitique. Mais s’est donné pour mission de défendre les Musulmans. « Nous la pou défend nous communauté par tous les moyens ki permet », explique l’imam Bakar Bahemia Areff. Ce groupe, qui gère des écoles coraniques et publie des affiches, prône un retour aux valeurs islamiques. La VoZ, selon un de ses tracts, n'est « ni extrémiste » et encore moins « une force terroriste ».

Vel Moonien / Jean-Claude Dedans