Pas que son panneau. C’est l’association Voice of Hindu (VoH), elle-même, qui doit être refoulée de Grand-Bassin. Tels sont les propos d’Ajeet Gopal, ancien vice-président de la VoH et actuel président de l’association socioculturelle Kranti. Entre 1998 et 2003, les réunions hebdomadaires de la VoH se tenaient dans son salon, à La Source.

Ces mesures drastiques, Ajeet Gopal les justifie par le fait que la VoH est enre­gistrée en tant que parti politique auprès de la Commission électorale. «La présente direction a dévié la VoH de sa mission pre­mière. Cette association n’a pas été fondée pour se métamorphoser en un parti poli­tique. Elle avait une vocation très noble au départ. Il s’agissait d’éduquer, d’infor­mer et de mobiliser la communau­té hin­doue tout en défendant ses droits», soutient-il.

Le président de Kranti dénonce la démarche de l’actuelle direction de faire croire à tout le monde que la VoH est une association socioculturelle ou encore un groupe de pression. «We have to call a spade  a spade. En vérité, la VoH n’est rien d’autre qu’un parti politique. D’ailleurs, elle n’est pas enregistrée auprès du Registrar of Associations. L’état-major doit faire preuve de courage et d’honnê­-te­té. Il doit reconnaître que la VoH est un parti politique», fait-il ressortir.

Ajeet Gopal estime que l’état-major de la VoH doit subir les conséquences de cette dérive alléguée. «Logiquement, il faut remettre en question tous les avantages dont la VoH, ses dirigeants et les membres de leurs familles ont bénéficiés», précise-t-il.

D’abord, précise-t-il, en excluant la VoH du Ganga Talao. «C’est un lieu sacré de prière et non de propagande politique. Le pèlerinage ne peut pas être exploité à des fins politiques. Ainsi, une plate-forme de la VoH à Grand-Bassin n’a plus sa raison d’être», souligne-t-il.

Ainsi, Kranti fera une demande formelle en ce sens auprès de la Hindu Maha Sabha (HMS) et la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF), les deux organismes respon­sables de la gestion du Ganga Talao et de l’organisation du pèlerinage de Maha Shivaratree. «Le message de Kranti sera très clair aux dirigeants de ces deux autorités hindoues. Nous leur dirons qu’il n’y a pas de place pour un parti politique à Grand-Bassin», affirme Ajeet Gopal.

Ce dernier compte également mettre les dirigeants de la HMS et de la MSDTF devant leurs responsabilités : «Je vais les prévenir que, s’ils ferment les yeux sur la VoH, leur réveil risque d’être brutal. Ce sera un très mauvais précédent. Demain, d’autres partis politiques réclameront une salle verte durant le pèlerinage.»

La VoH, observe Ajeet Gopal, fait déjà de la politique à Grand-Bassin. «Ses diri­geants se comportent comme les alliés politiques du Premier ministre. Ils l’ont non seulement encensé, mais sont aussi allés jusqu’à prendre sa défense au sujet de l’achat de son Aston Martin», souligne Ajeet Gopal, qui prévient, tout de go, qu’il veillera de près à ce qu’il n’y ait aucun subterfuge.

Terrain à La Vigie
Cette mise en garde du président de Kranti est fondée sur un fait avéré. Il allègue que l’État a octroyé un bail de 4 arpents de terre, à La Vigie, à la Voice of Hindu (VoH). Mais, sur le contrat du bail, c’est le nom Vinayak Om Hamara (VoH) qui est inscrit. «La raison est toute simple. L’État ne peut pas accorder des terrains à un parti politique. Est-ce que, pour contourner cet obstacle insurmon­table, les membres du gouvernement concernés par cette décision et l’état-major de la Voice of Hindu sont tombés d’accord pour utiliser le nom de Vinayak Om Hamara ?» se demande-t-il.

Ajeet Gopal s’interroge également sur l’éligibilité de Vinayak Om Hama­ra d’obtenir cette portion de terrain. «Sur quel bilan le gouvernement s’est-il basé pour accorder ce terrain à Vinayak Om Hamara ? Depuis quand et auprès de quelle instance cette association est-elle enregistrée ? Au fait, c’est le nom d’un kalimaye à La Source», soutient-il.

Sans état d’âme,
le président de Kranti réclame que l’État récupère ce terrain. «Les politiciens et l’état-major de la VoH ne peuvent pas prendre les Mauriciens pour des imbéciles. Car, ceux qui ont des intérêts dans la Voice of Hindu en ont aussi au sein de Vinayak Om Hamara. Donc, il est clair que ce terrain a été accordé à des dirigeants d’un parti politique. Cela est inacceptable !» clame Ajeet Gopal.

Ce dernier se veut néanmoins optimiste. Il dit être conscient que ses requêtes ne seront pas exaucées, compte tenu, notamment de la proximité entre les dirigeants de la VoH et les membres de l’actuel gouvernement.

Ajeet Gopal cible Krit Manohur
Le président de Kranti, Ajeet Gopal, compte s’attaquer de front au président de la VoH, Krit Manohur. Étant donné, dit-il, que la VoH est un parti politique, Kranti réclamera des éclaircissements par rapport au fonctionnaire Krit Manohur.

«Il est le seul fonctionnaire à être également dirigeant d’un parti politique.

Si le ministère de la Fonction publique ne trouve aucune faute, il va devoir permettre à tous les fonctionnaires de faire de la politique», martèle Ajeet Gopal. Ce dernier soutient que Krit Manohur ne pourra tirer son épingle du jeu : «L’état-major de la VoH a essayé d’utiliser une diversion. Krit Manohur dit être le président de la VoH. Mais, à la Commission électorale, c’est Navin Unoop qui s’est présenté comme le président.»

Le panneau qui divise
Le problème reste entier. Les dirigeants de la Voice of Hindu (VoH) n’enlèveront pas le drapeau - qui montre deux épées ensanglantées – que le groupe a placé à Grand-Bassin. Par contre, la VoH a apporté des amendements sur le drapeau indien.

Tels sont les points évoqués lors d’un point de presse, jeudi, au siège de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF). Les dirigeants de la VoH avaient à leur côté, Somduth Dulthumun, le président de cette fédération. Ce dernier a dénoncé une section de la presse «qui ne rate jamais une occasion pour humilier la communauté hindoue ». Il qualifie cette démarche d’exagération. Pourtant, ce même Somduth Dulthumun affirmait que l’image de deux pays pacifiques avait été ternie par cet acte irresponsable. Aujourd’hui, il vire casaque et se range à leurs côtés. «Nou pas condamne ène dimoune avant so procès», précise Somduth Dulthumun.

Pour sa part, Navin Unnoop, vice-président de la VoH, a déclaré que le groupe n’ôtera pas le drapeau qui montre deux épées ensanglantées à Grand-Bassin. A moins d’avoir l’autorisation d’un acharya (prêtre) de la Grande Péninsule pour l’enlever. En revanche, il admet avoir fauté sur le drapeau indien. «Nou fine amène amendement. Nou pavillon li toujours orange et nou pé remplace la roue charrette par ène o», précise Navin Unoop.

A Family Business
Selon Ajeet Gopal, la Voice of Hindu est aujourd’hui réduite à une affaire de famille. «Cette année, la VoH fêtera ses 10 années d’existence. Force est de constater que la majorité des membres fondateurs sont hors circuit. Depuis 2000, une seule famille a pris le contrôle de ce mouvement. Car Unoop, Manohur et Aubeeluck sont paren­tés»,  soutient-il. L’ancien vice-président de la VoH observe que ce mouvement est beaucoup plus préoccupé par les intérêts de son état-major que ceux des hindous. «Ce n’est un secret pour personne que les dirigeants de la VoH obtiennent certaines faveurs du gouvernement de l’Alliance sociale. Pour preuve, il suffit simplement de voir le nombre de contrats qu’ils ont décrochés auprès des corps paraétatiques», ajoute-t-il.  La VoH, de nos jours, dénonce-t-il, ne se soucie pas des deux grands maux qui affectent la communauté hindoue, dont l’un s’appelle l’alcoolisme. «C’est un véritable fléau, surtout dans les régions rurales, qui touche de plus en plus de jeunes ! Et, il ne faut pas oublier que la drogue gagne du terrain», dénonce-t-il.

Ajeet Gopal raconte que, dans le passé, l’état-major de la VoH sillonnait le pays pour conscientiser la communauté hindoue sur les dangers qui la guettaient. «Avec Kranti, j’ai repris mon bâton de pèlerin. Ma mission, c’est de redynamiser les baïtkas pour vulgariser la religion et la culture», déclare-t-il.