Vous avez lancé la Fédération des Créoles Mauriciens (FCM). Pourquoi une telle organisation sectaire à Maurice ? La FCM n’est pas un mouvement sectaire. Elle se donne comme mission de travailler avec toutes les composantes de la société pour l’avancement des créoles en vue de la construction de l’unité nationale. Elle n’a pas été fondée pour se situer en adversaire avec les autres communautés. Encore moins comme une nouvelle force politique s’opposant à celles qui existent déjà.
Le fait qu’elle a été créée pour l’avancement des créoles donne des raisons de croire que la FCM est une organisation sectaire...Contrairement à la perception que cela peut donner, la FCM est loin d’être un regroupement communaliste ou sectaire qui menacerait de lézarder le tissu de notre unité nationale. Pour la FCM, il est indispensable qu’elle puisse travailler, dès maintenant et dans l’avenir, en étroite collaboration avec n’importe quel gouvernement, avec le secteur privé, les Églises et les instituts religieux du pays de même qu’avec toutes les composantes de la société mauricienne tout en promouvant l’avancement de l’affirmation identitaire des créoles à Maurice.
Pourquoi chaque communauté doit-elle avoir son groupe de pression ? Les groupes de pression existent dans tous les pays. Ce ne sont pas des phénomènes isolés. Les lobbies et les ‘black caucas’ ou ‘white caucas’ américains en sont des exemples. Je crois que tout groupe de pression qui opère dans la civilité et le respect de la démocratie a sa raison d’être, surtout quand il s’agit de faire avancer la cause des pauvres et opprimés.
Si l’on suit votre logique, des mouvements tels que la Voice of Hindu (VoH) et la Voice of Zam Zam ont eux aussi leur raison d’être à Maurice...Nous vivons dans un pays de droit. Le Premier ministre vient de le rappeler une nouvelle fois lors d’une récente ‘Private Notice Question’ (PNQ). Ainsi, tout mouvement a droit d’existence à Maurice. Néanmoins, aucun mouvement ou individu n’est au-dessus de la loi! Il est impératif que nous comprenions que le droit et la liberté d’existence d’un groupe ou d’un individu s’arrêtent là où le droit et la liberté de l’autre commencent.
Toutefois, la violence sous toutes ses formes est condamnable. Notre démocratie nous donne de multiples moyens légaux et civils pour faire pression – les grèves, les pétitions, les marches pacifiques, pour n’en mentionner que quelques-uns.
À Maurice, il n’est pas difficile pour n’importe quel mouvement ou individu de s’inspirer des icônes de la non-violence tels le Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela pour faire pression sur telle ou telle institution afin de faire avancer les choses.
Les organisations sectaires telles que la Voice of Hindu (VoH), la Voice of Zam Zam (VoZ) et la Fédération des Créoles Mauriciens ont-elles leur place dans notre société ?Non ! La société et tous les citoyens doivent décourager les organisations communales qui sèment la division. Mais ce n’est pas en interdisant de tels mouvements qu’on combattra le communalisme. Rezistans ek Alternativ défend et respecte la liberté d’expression et toutes les associations. Pour se débarrasser de ces groupes passéistes, il faut combattre leur politique. La loi doit sévir contre toute personne qui incite à la haine raciale.
Qu’est-ce qui engendre ces groupes sectaires ?Il y a d’abord notre système politique qui encourage le communalisme à travers le ‘Best Loser System’. Cette nouvelle vague communaliste ou intégriste qu’on vit aujourd’hui est une spirale dangereuse. Chaque groupe sectaire justifie sa raison d’être par rapport à l’existence d’un autre groupe communal. La VoH, la FCM et la VoZ sont dangereuses. Elles sèment des divisions inutiles et proposent des solutions fondées sur le communalisme à chaque problème social. Souvent, ces groupes sont créés quand il y a des crises sociales : la pauvreté et l’insécurité. La politique ultralibérale encourage aussi leur formation. L’absence d’idéologies et d’un programme concret des grands partis politiques fait qu’ils se reposent sur une clientèle électorale communale.
La plupart de ces groupes ont tendance à se rapprocher du gouvernement du jour pour des faveurs pour leurs communautés. Dans quelle mesure depuis l’Indépendance, nos politiques ont-ils toléré de tels groupuscules ?Ces groupes sectaires se rapprochent du gouvernement. Et le gouvernement se rapproche d’eux. Dans le premier cas, les groupuscules se rapprochent du pouvoir rien que pour leurs intérêts. Les guerres pour obtenir un contrat ou une promotion à un poste sont souvent derrière ces rapprochements. L’après-Indépendance de notre pays a été marquée par une lutte anticommunale incarnée par le MMM. Mais ce parti s’est dévié de ses idéologies. Depuis les années 90, il y a eu une mutation des groupes communaux en des groupes intégristes. Il y a ce mélange de religion, de communalisme et de politique.
Des groupes intégristes commettent des crimes atroces comme cela a été le cas en Inde, en Moyen-Orient et ailleurs dans le monde. Pourrait-il y avoir de tels dérapages dans notre petite île ?Il y a eu des bagarres communales à la fin des années 60. Il y a eu aussi une montée de violence communale dans la troisième phase des émeutes de 1999. Si on ne propose aucune alternative politique à cette crise sociale, il se pourrait qu’il y ait des dérapages graves.
Dad Gungea/Emma Chelumbrum