Plus question que les boutiques ou les ‘boathouses’ dans les hôtels soient gérés par les mêmes personnes, ni que les contrats de transport soient alloués aux mêmes compagnies ! Samedi dernier, lors de l’inauguration de l’hôtel Grand Mauritian, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a insisté sur la nécessité d’introduire la démocratisation dans le secteur hôtelier.
Cette prise de position du Premier ministre fait suite à la décision de son gouvernement de ne pas allouer de licence à Jean-Pierre Henry d’opérer un ‘boathouse’ dans ce même hôtel. Le ministère du Tourisme, à travers la Tourism Authority, a rejeté son application en utilisant l’argument de la démocratisation, vu que Jean-Pierre Henry opère des ‘boathouses’ dans pas moins de onze hôtels. «
In view of the democratisation policy of the Government, it has been decided to provide the opportunity for operating a boathouse to another applicant having regard to the fact that the Applicant herein is already holder of numerous licences to operate boathouses in different regions of the country.»
Jean-Pierre Henry ne reste pas les bras croisés. Il conteste, en Cour, cette décision du gouvernement. Dans un affidavit, Jean-Pierre Henry affirme avoir contracté un emprunt bancaire pour l’achat des équipements, après avoir décroché, le 8 novembre 2007, un accord avec le Grand Mauritian. Selon le contrat, qui s’échelonne du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2012, il offrira les services suivants : windsurfing, tournées en kayak, pédalo, bateau à fond de verre, wind skiing, laser, hors-bord et snorkelling. Ces activités dans les hôtels semblent réservées à une poignée de personnes.
(Voir tableau en pièce-jointe)DéterminationNavin Ramgoolam a annoncé sa détermination à démocratiser le secteur hôtelier : «Durant la campagne électorale, j’avais promis un nouveau modèle économique, la démocratisation. En d’autres mots, offrir les opportunités à tout le monde. Il faut avoir plus d’acteurs. Le peuple a donné un mandat à ce gouvernement pour démocratiser l’économie. Je compte bien honorer cet engagement. »
Le Premier ministre rejette l’argument que la nécessité de services de qualité occasionne la concentration : «Get the best does not mean take the same people to do the same job. This is not acceptable anymore !» Navin Ramgoolam a plaidé offrir les opportunités au plus grand nombre, surtout pour les activités auxiliaires de l’hôtellerie. «Je comprends le souci de qualité. Tout de même, on peut bien former les autres.»
De son côté, Cader Sayed-Hossen, président de la Commission pour la démocratisation, déplore que, sur une trentaine d’activités hôtelières, seules quelques-unes soient sous-traitées. «Il faut que les hôtels jouent leur rôle d’hôtel et laissent les autres activités à d’autres intervenants. Il n’est pas normal que l’ensemble ou la grosse majorité des activités soit contrôlée par les mêmes groupes», s’insurge-t-il. A son avis, au nom de l’efficience économique et du «trade-off» pour le droit d’utilisation du territoire national à des fins économiques, les hôteliers sont tenus de sous-traiter des activités annexes au plus grand nombre.
La Commission pour la démocratisation de l’économie étudie actuellement une série de propositions. Il n’est pas à écarter que le Premier ministre exige la participation dans l’actionnariat de l’hôtellerie. Tout porte à croire qu’il pourrait brandir les terres de l’état et les mesures incitatives offertes aux hôteliers.
Les quatre faiblessesLa Commission pour la démocratisation a relevé quatre faiblesses du secteur hôtelier :
- L’infiltration du secteur touristique par ce qu’elle appelle le «syndrome du baron sucrier» avec une structure d’actionnariat des sociétés qui mène à une intégration verticale abusive, qui est au détriment du développement optimal du secteur.
- La distribution des revenus générés par le tourisme est déséquilibrée et inéquitable.
- Le mode d’opération est injuste, caractérisé par un protectionnisme élevé et un favoritisme frisant le népotisme.
- Le développement des «ghettos de luxe« (hôtels) à l’intérieur desquels sont «emprisonnés» les touristes.
Droit d’accèsAu gouvernement, plus d’un sont irrités par le règlement d’accès à un hôtel du Sud. Au fait, tout visiteur, même les hommes d’affaires convoqués par des touristes, n’a droit qu’à 15 minutes d’accès gratuit. Pour chaque 15 minutes supplémentaires, chaque visiteur doit débourser Rs 500. Cette pratique est considérée par un businessman comme un abus de droit : «Les hôteliers ne peuvent faire ce qu’ils veulent. Ces hôtels ne sont pas des clubs privés mais, bel et bien, des lieux publics. Cette tarification n’a qu’un seul but – décourager les Mauriciens d’y mettre le pied.»