Les malfrats sont avertis ! Depuis septembre dernier, la police dispose d’un logiciel qui lui permet de mieux cerner le profil des suspects. Deux violeurs ont récemment éprouvé, malgré eux, l’efficacité de cette nouvelle technologie.

Dans le premier cas, il s’agit de l’agresseur d’une habitante de Grand-Baie, arrêté au début du mois de juin, soit plus de 5 mois après le délit. Le même mois, le violeur d’une jeune étudiante de Sodnac, a été appréhendé quelques jours après son forfait. Ces arrestations sont survenues après que les profileurs ont fourni à leurs collègues enquêteurs des portraits-robots des agresseurs.

Parce que les malfaiteurs n’ont pas tous le physique de l’emploi, le portrait-robot se présente comme un outil indispensable pour les enquêteurs. Auparavant, les dessinateurs professionnels de la police, armés de leurs traditionnels crayons et gommes élastiques, esquissaient le portrait des individus recherchés. Un matériel qui relevait quasiment de l’ère préhistorique.

Aujourd’hui, il existe des logiciels comme Faces, capables d’informatiser la création d’un portrait robot. Grâce à cette nouvelle technologie, policiers et victimes peuvent dresser un portrait-robot plus précis. Derrière ce produit ingénieux, créé par la compagnie québécoise InterQuest, se cachent des années de travail et un visage déterminé, celui de Pierre Coté (voir hors-texte plus loin).

A Maurice, tout a commencé en mai 2007. Cette année-là, dans le cadre d’un programme d’aide au maintien de la sécurité, le gouvernement français délègue au pays l’expert Frank Studer avec pour mission de former neuf policiers à l’utilisation du logiciel. Ces derniers, dont six hommes et trois femmes, ne sont pas des novices dans le domaine de l’informatique, artistique et photographique, entre autres. Quatre mois plus tard, la police mauricienne achète un logiciel. A cette acquisition s’ajoute, en mai de cette année, un don du gouvernement français de deux ordinateurs portables équipés du logiciel Faces. Outre leurs qualités intrinsèques, ces nouveaux équipements ont permis de décentraliser le système.

Forts de leur formation, nos policiers se sont vite mis à la besogne. Jusqu’ici, ils ont réalisé une trentaine de portraits-robots. Un travail qui, semble-t-il, rapporte ses fruits.

48 heures après...
Comment se déroule justement l’élaboration du portrait-robot ? « D’abord, précise le constable Mohamed Kamil, formé à l’école française, ce sont les enquêteurs qui dirigent la victime vers nous après avoir eu la confirmation que celle-ci est en mesure de décrire son agresseur ».

Le portrait-robot est réalisé deux jours après la vision du visage et à partir de la description verbale obtenue du «témoin». « Il faut 48 heures pour que la victime
surmonte ce qu’elle a subi et se concentre sur les éléments qu’elle va nous fournir», explique Mohamed Kamil.

Avant que la victime et son profileur ne se mettent devant l’ordinateur, ce dernier s’assure que celle-ci est d’abord à l’aise pour démarrer l’exercice. «L’aspect psychologique et environnemental est très important car nous savons que c’est pénible pour la victime», soutient notre interlocuteur.

Durant l’entretien, la victime est encouragée à fermer les yeux ou essayer de se rappeler un parfum ou la voix de son agresseur. «C’est un exercice de stimulation artificielle de mémoire pour la recontextualisation environne-mentale. A n’importe quel moment, la victime peut interrompre l’exercice et reprendre peu après, mais pas le jour suivant, car elle peut oublier des détails qui peuvent se révéler essentiels pour la réalisation du portrait-robot», explique Mohamed Kamil.

La réalisation du croquis se fait en quelques clics. De nombreux éléments sont mis à la disposition du profileur pour créer ou reconstituer le visage: yeux, bouche, sourcils, chevelure, nez, moustache, barbe, tatouages, cicatrices, entre autres. On peut rapprocher les yeux, allonger un nez, et même ajouter quelques rides. Le logiciel agencera automatiquement les éléments choisis pour créer un produit fini.

L’exercice peut durer entre une et six heures. « Jusqu’ici, nous avons travaillé avec des victimes pendant trois heures. Mais, la tâche se complique lorsqu’il y a plusieurs suspects.»
Une fois que le témoin est satisfait du résultat, le portrait-robot est remis aux enquêteurs. Débute alors l’affichage des exemplaires de la photo dans les postes de police et la presse. Est-ce qu’il arrive que le croquis ne ressemble pas à l’accusé? « Tout dépend de la description fournie par le témoin. Parfois, le visage peut ressembler à quelqu’un qui n’est pas le suspect. Mais en tenant en compte d’autres indications physiques, les enquêteurs parviendront à établir que ce n’est pas lui.»

La réussite d’un portrait robot ne dépend pas que du savoir-faire des profileurs. Pour le chef inspecteur Narayan Gangalaramsamy, patron du département de la Police Information Technology Unit,  dès l’école, il faut mettre l’accent sur la formation des jeunes. « Il faut qu’on leur montre comment ils doivent observer afin qu’ils puissent, au cas où ils sont victimes d’un délit quelconque, décrire dans les moindres détails leurs victimes ».

Pierre Côté : son «jeu» atterrit dans les postes
Pierre Côté, créateur de FACES, n’est pas policier. Il est inventeur de jeux de société. À l’origine, Faces devait être un jeu où les enfants s’amuseraient à reconstituer des visages. Un «jeu» qui s’est imposé dans des milliers de postes de police et a mené à l’arrestation de plusieurs criminels notoires. On peut dire que finalement, Pierre Côté a créé un jeu qui sert la société. Aux États-Unis, FACES est le deuxième logiciel le plus utilisé. Cinq mille bureaux de police et de renseignements comme le FBI l’ont choisi.