Le SAMU fait partie des services hospitaliers qui font souvent l’objet de vives critiques. Le dernier cas remonte au jeudi 26 juin. Une victime d’un accident de la route, survenu à la rue St-Georges, Port-Louis, allègue avoir attendu deux heures avant d’être conduit à l’hôpital par une ambulance du SAMU. Il souffrait atrocement du cou.
Le directeur du SAMU, le Dr Subodh Nundloll, réfute ces allégations. En s’appuyant sur le rapport qu’il a compilé sur ce cas, il affirme qu’une ambulance du SAMU a été dépêchée sur les lieux 62 minutes après l’accident. Et non deux heures. Le SAMU a reçu un appel, pour ce cas précis, à 13h33 et l’ambulance est arrivée à 14 h 35.
Le problème, ajoute-t-il, c’est que le patient a refusé d’être transporté à l’hôpital Jeetoo par une ambulance non-médicalisée. Il aurait exigé que ce soit le SAMU qui vienne le récupérer. «Pourtant, son cas n’était pas grave. Il n’avait qu’un coup du lapin. Mais lui soutenait qu’il ne pouvait bouger. Comme aucune ambulance du SAMU n’était disponible à ce moment précis, il a dû attendre», précise le Dr Nundloll.
Nous avons alors évoqué le cas d’un sexagénaire décédé le 22 juin dans une clinique privée. Il a été pris d’un malaise. Ses proches ont alors appelé le SAMU, mais aucune ambulance n’était disponible. C’est dans un véhicule banalisé que ses proches l’ont l’emmené dans une clinique privée, où il est décédé. Le Dr Nundloll avoue qu’aucune ambulance n’était disponible ce jour-là, à ce moment précis. Mais souligne que ce genre de cas est exceptionnel...
Et en cas de gravité…
Le Dr Nundloll en profite pour demander au public d’utiliser ce service d’urgence à bon escient. «Imaginez ce qui se passerait si une ambulance du SAMU est envoyée pour traiter un cas non urgent alors, qu’au même moment, il y a un blessé grave dans la même région. Ce dernier risque alors de perdre la vie», fait-il ressortir.
Quels sont les cas que le SAMU est censé traiter ? Le Dr Nundloll énumère quelques cas : des blessés graves, des suites d’un accident ou d’un incident ; un patient cardiaque qui ressent des douleurs à la poitrine et un asthmatique qui a de graves difficultés respiratoires, entre autres. Le SAMU, précise-t-il, a aussi la responsabilité du transfert des patients vers d’autres centres de santé quand leur état est jugé grave. Par exemple, c’était le cas pour un patient qui était sous respiration artificielle et qui a dû être envoyé à une autre unité pour un examen médical.
Or, il paraît que les membres du public ne sont pas au courant de l’importance de ce service essentiel. Les appels que reçoit la salle de contrôle se trouvant à l’hôpital Jeetoo, Port-Louis, le confirment. En effet, les permanenciers – ceux qui gèrent les appels du 114 – reçoivent des demandes pour des cas bénins : maux de tête, entorses à la cheville, douleurs abdominales, fièvre, etc.
«Les membres du public doivent comprendre que l’ambulance du SAMU est équipée pour des urgences. C’est-à-dire, pour sauver des vies et non pour traiter des petits bobos. Par exemple, l’ambulance n’est pas dotée de médicaments pour traiter des maux de tête ou des douleurs abdominales. À quoi sert-il d’insister pour notre ambulance alors que nous nous pourrons faire grand-chose pour le soulager ?» se demande cet urgentiste. Les permanenciers confirment en soutenant qu’ils enregistrent une moyenne de 1 500 appels par jour. Parmi, seuls 30 à 40 cas à travers l’île nécessitent l’intervention du SAMU. Environ 2 000 cas sont traités par mois par le SAMU. De janvier à ce jour, ce service a traité 14 000 cas.
Parfait monitoring
Par ailleurs, le Dr Nundloll précise que tous les appels reçus, et ceux traités, sont «closely monitered» par un système bien établi. Ainsi, lorsque vous composez le 114, vous êtes d’abord branché sur un répondeur qui vous informe brièvement des renseignements que vous devez fournir au permanencier. Cet enregistrement dure dix secondes. Le permanencier prend ensuite l’appel et pose une série de questions à l’appelant pour savoir où habite le patient et de quoi il souffre. S’il s’agit d’un cas non urgent, le permanencier fait le nécessaire pour qu’une ambulance non-médicalisée soit envoyée sur les lieux. Si le besoin se fait sentir évidemment.
S’il n’est pas certain de la gravité de l’état du patient, il passe l’appel au médecin régulateur, qui est sur place 24 sur 24. Ce dernier essaie de jauger l’état du patient. Il donne alors les premières instructions au proche du patient. Ensuite, le permanencier fait envoyer sur les lieux l’ambulance de la région concernée. Car chaque hôpital régional est doté d’une ambulance du SAMU.
Le permanencier a aussi la responsabilité de faire le suivi pour savoir si l’ambulance a pu récupérer le patient pour le transporter à l’hôpital. Il doit remplir des fiches en y incluant tous ces détails. Ce qui permet au directeur du SAMU de situer les responsabilités si un cas a été mal géré. «Souvent, celui qui appelle est agacé parce que nous lui demandons de dévoiler son identité. Il ne comprend pas que c’est la procédure. Or, s’il coopère sans poser de questions, cela nous permettra de gagner du temps pour envoyer l’ambulance au plus vite», expliquent ces permanenciers.
Dans de telles circonstances, il leur arrive même de se faire copieusement insulter par les appelants. Ou encore par ceux qui appellent le 114 par plaisanterie. Toutefois, les numéros de téléphone des plaisantins sont inscrits sur un tableau dans la salle de régulation. Afin que les permanenciers ne perdent pas de temps. Le Dr Nundloll récuse d’autre part le fait que le SAMU est bien souvent en retard pour ses interventions. Il affirme que selon une étude effectuée par l’Institut de Santé, le délai d’intervention a été réduit de 26 à 22 minutes. Ne pense-t-il pas quand même que l’interrogatoire des permanenciers ne fait que retarder l’intervention ? «Si l’appelant coopère, cela ne va prendre que deux minutes. De toute façon, ces questions sont indispensables pour une intervention efficace. C’est la pratique dans plusieurs pays, dont en France», fait-il ressortir.
Le Dr Nizaam Mohit : «Si d’autres urgentistes ne sont pas recrutés, le SAMU disparaîtra»
À ce jour, il n’y a que 22 médecins urgentistes, alors que le Pay Research Bureau fait état de 35 postes. Selon le Dr Nizaam Mohit, président de la Medical Health Officers Association (MHOA), il est urgent de recruter d’autres urgentistes afin d’améliorer ce service. «Si on ne le fait pas, le SAMU disparaîtra dans quelques années, lorsque les urgentistes actuels vont partir à la retraite», met-il en garde.
Il souligne que le ministère de la Santé n’a pu recruter d’autres urgentistes jusqu’ici, car ce poste n’attire pas les médecins. «Quel médecin va accepter de courir le risque de se faire agresser en tant qu’urgentiste, alors que les conditions dans lesquelles ils travaille ne sont pas attrayantes ?», se demande-t-il.
Le Dr Mohit évoque aussi l’exiguïté de la salle de contrôle, «dépourvue de toilettes et de salle de repos», alors que c’est un service permanent. De plus, le salaire des permanenciers est loin d’être attrayant, souligne-t-il. Pour ce poste, l’échelle varie entre Rs 12 900 et Rs 23 200.
Pour le médecin urgentiste qui débute dans le service, selon les recommandations du PRB, il bénéficie d’une hausse salariale de Rs 8 600, comparé à Rs 15 000 pour le spécialiste. «Un permanencier n’est pas prêt à se faire insulter quotidiennement au téléphone pour de tels salaires. Idem pour l’urgentiste, qui risque d’être agressé sur le terrain. Sans compter que c’est une lourde responsabilité d’intervenir en urgence pour sauver des vies», fait-il ressortir.