L’adhésion éventuelle de Madan Dulloo au MMM renforcera l’une des options électorales du parti, c'est-à-dire refuser toute alliance avec d’autres partis et solliciter un mandat sans partage de pouvoir.

Les autres options du MMM demeurent une alliance avec le MSM ou un arrangement quelconque avec le PTr de Navin Ramgoolam. L’option MSM bute sur la question de primeministership, alors que la carte Ramgoolam est considérée comme une formule de dernière chance. C’est-à-dire, une situation où le MMM estimerait que les rouges sont imbattables et qu’il serait, de ce fait, dans son intérêt de partager le pouvoir, plutôt que de se retrouver dans l’opposition.

Deux facteurs ont relancé, ces derniers temps, l’option « MMM seul contre tous ». D’abord, l’acharnement du MSM à ne pas faire de concessions sur la question du primeministership et les nouveaux indicateurs économiques qui ont commencé maintenant à créer des doutes sur les chances électorales des travaillistes.  Bien que Navin Ramgoolam reste toujours l’homme le plus « premierministrable » du pays, après sir Anerood Jugnauth, une détérioration des conditions économiques pourrait rendre le gouvernement de plus en plus impopulaire au fil des mois, alors qu’on s’approche de l’échéance électorale.

Les mises en garde faites par des représentants du gouvernement sur quelques secteurs porteurs de l’économie laissent penser que des jours difficiles sont à prévoir. Ainsi, l’industrie touristique et le secteur des textiles pourraient faire face à des difficultés. La note pétrolière du pays représentera un fardeau de plus en plus lourd, car des crises nouvelles sont à prévoir au Proche-Orient avec la possibilité qu’Israël détruise les installations nucléaires de l’Iran. Ce qui ferait monter les cours de pétrole à des niveaux jamais atteints.

L’effet boule-de-neige à Maurice serait effrayant, le tout compliqué par la provision du transport gratuit à une bonne section de la population. La crise pétrolière ferait aussi grimper davantage les cours des céréales qu’on utilise de plus en plus pour la production de biocarburant. Ce qui
rendrait les céréales que nous consommons à Maurice encore plus chères.

Un tel scénario aiderait l’opposition à mettre à mal le gouvernement. C’est dans ce contexte que le MMM pourrait être tenté d’aller aux élections seul, sans avoir à payer le prix d’une alliance avec le MSM ou le Labour. Cette option « seul » sera jouée à partir d’une stratégie électorale inédite. En effet, le MMM travaille, depuis un certain temps, sur la construction d’une plateforme électorale qui verra le déploiement d’un certain nombre de fortes personnalités hindoues capables d’ébrécher l’électorat acquis traditionnellement au PTr ou au MSM.

Puisque l’unanimité sera difficile à dégager autour d’un hindou premierministrable au MMM, le choix se porterait sur Paul Bérenger lui-même. La stratégie semble crédible, car la carte Bérenger pourrait aider le MMM à faire le plein des votes en régions urbaines, alors que les notables hindous du MMM empêcheront l’adversaire de faire table rase dans les villages.

L’adhésion de Madun Dulloo constituerait une carte maîtresse. Malgré tous ses défauts, Dulloo s’affuble d’un exploit particulier à son compte : il s’est fait élire dans toutes les élections depuis 1976, à l’exception de celles de 1995. Et il a toujours posé sa candidature dans la même circonscription. Il a survécu à l’usure de la frustration des mandants qui frappe les ministres qui sont systématiquement sollicités pour mille et une faveurs. Sa performance électorale reste un atout déterminant pour Dulloo.

L’adhésion éventuelle du leader du MMSM est contestée par certains éléments vaish du MMM, dont Pradeep Jeeha. Ce dernier surclasse Dulloo sur le plan sociologique. Mais contrairement à Dulloo, Jeeha n’a pu construire une power base capable de lui assurer son élection quelles qu’en soient les circonstances. Donc, si la direction du MMM a à choisir entre ce qui pourrait être l’atout Dulloo dans le Nord et la fronde de certains, c’est Dulloo qui l’emporterait.

De toute façon, après un palmarès aussi éloquent de Dulloo au No 6, aucun dirigeant n’oserait commettre la bêtise de l’envoyer ailleurs et d’y présenter un autre candidat, ce qui pourrait s’avérer un risque électoral.