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Selon le chef ingénieur du CEB, l’heure d’été réduira la facture des abonnés
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Eshan Dinally
 
By Eshan Dinally
Published on 19th July, 2008
 
L’heure d’été commence à susciter des réactions. Si le Dr Khalill Elahee n’en voit pas l’utilité, Chavan Dabeedin, chef ingénieur du CEB, soutient que ce projet pilote permettra de profiter au maximum de l’ensoleillement.
 

 
Double objectif. C’est en ces termes que le chef ingénieur du Central Electricity Board (CEB), Chavan Dabeedin, qualifie l’introduction de l’heure d’été. Elle durera du 26 octobre 2008 au 29 mars 2009. Dans la nuit du 25 octobre, l’aiguille de la pendule doit être avancée d’une heure. «Le tournesol se penche toujours vers le soleil pour profiter de ses rayons. De notre côté, nous allons avancer notre montre d’une heure pour une utilisation optimale du soleil», lance-t-il.

Ce faisant, la population bénéficiera d’une heure supplémentaire d’ensoleillement. A titre d’exemple, de nombreux employés quittent le bureau à 16 heures. Pendant l’heure d’été, la montre indiquera toujours 16 heures. Mais en temps réel, il sera 15 heures. Et avec ce décalage horaire, le soleil se couchera à 20 heures (heure d’été) au lieu de 19 heures (temps réel). «Cette heure supplémentaire d’ensoleillement dans l’après-midi sera très bénéfique à l’ensemble de la population. D’abord, un nombre accru d’enfants rentrera à la maison après les leçons particulières, avant la tombée de la nuit. Ensuite, un maximum de tâches ménagères sera accompli sans nécessiter de lumière électrique», avance Chavan Dabeedin.

Réaliser des économies
Du coup, la facture d’énergie de chaque ménage baissera, avec une consommation réduite de trente heures au minimum par mois. Chavan Dabeedin explique que les 330 000 abonnés résidentiels allumeront la lumière à partir de 20 heures au lieu de 19 heures. «Dans nombre de ménages, au moins trois ampoules sont allumées dès que la lueur du soleil disparaît – dans la cuisine, la chambre des enfants, le salon ou la salle à manger. Dans certains cas, un quatrième point est allumé, notamment dans la cour», soutient l’ingénieur. Le CEB, dit-il, prévoit une baisse de la demande par 15 mégawatts par jour.

Le chef ingénieur du CEB révèle que des exercices de simulation, menés auprès d’un échantillon d’abonnés, a démontré que la baisse de consommation électrique ne peut se réaliser par la seule économie de lumière. Ainsi, le CEB a installé des «Power Analysers» chez ces consomm­ateurs. Cet équipement a permis de noter la consommation électrique de chaque appareil séparément. «Ces exercices dé­mon­trent que la consommation électri­que chute d’au moins 2%. Cette écono­mie n’est pas négligeable. Elle est d’une importance capitale pour le CEB», annonce-t-il.

Au fait, cette économie permettra au CEB de régler la problématique de l’heure de pointe. La demande augmente drastiquement pendant deux heures, l’après-midi, surtout entre 18h30 et 20h30. «Durant ces deux heures, les ménages s’adonnent à diverses tâches – cuisson, nettoyage, lessive et repassage. La demande atteint-là son apogée», affirme-t-il. Pour satisfaire cette demande accrue, le CEB est obligé de démarrer des centrales consommant de l’huile lourde dont le coût de production est cinq fois supérieur aux centrales normales.

A la lumière de ces simulations, il ressort que le CEB n’aura pas à recourir à ces équipements durant l’heure d’été, compte tenu que la demande ne se concentrera plus sur ces deux heures mais s’étalera sur trois heures. «Cette tendance de la demande permettra au CEB de réaliser des économies, surtout pour l’achat du carburant dont le prix ne cesse de prendre l’ascenseur», se réjouit-il.

Chavan Dabeedin ne comprend pas la polémique suscitée par cette initiative gouvernementale. «C’est un projet pilote. Il permettra de collecter des données essentielles sur la consommation électri­que. Si ce projet ne donne pas les résultats escomptés, le gouvernement ne le renou­vel­lera pas l’an prochain. En cette période de crise énergétique, il ne faut négliger aucun moyen pour économiser l’énergie», plaide-t-il. L’heure d’été, insiste-t-il, sera introduite en concertation avec tous les partenaires. Depuis le mois de juin, plusieurs sessions de travail ont eu lieu.

Le CEB mise également sur les ampoules économiques et les énergies renouvelables. Bientôt, sera introduira le système de facturation graduée, en fonction des heures de consommation. Tout porte à croire que le «Time of Use» sera optionnel et introduit pour les industries dans un premier temps.

Dr Khalil Elahee : « C’est un faux débat »
Quels seront les effets de l’introduction de l’heure d’été à Maurice?
On risque de ne jamais trouver de réponse concrète à cette question. D’ailleurs, dans tous les pays où l’heure d’été a été appliquée, le débat n’a jamais cessé. Toutefois, selon une étude commanditée par la Commission européenne, les effets dépendent de la géographie et du secteur d’activité. Dans notre cas, notre latitude ne nous permet pas de bénéficier d’une grande différence sur l’allongement du jour en été ou en hiver. Il faudra ensuite quantifier les impacts, positifs ou négatifs, y compris les aspects sociaux, pour chaque secteur.

Face à la crise du pétrole, ne faut-il pas économiser l’énergie par tous les moyens ?
C’est davantage une crise de la gestion de l’énergie qu’une crise du pétrole qui frappe le monde. Il faut savoir où sont nos priorités. L’efficacité énergétique et les sources d’énergie renouvelables sont nos meilleures armes. Il faut,  par exemple, accroître notre production électrique à partir de la bagasse ou à partir des feuilles de canne. Pour revenir à l’heure d’été, les économies d’énergie seront très limitées. Il y aura même, dans certains cas, une hausse de la demande…

Le CEB prétend qu’il économisera 15 MW avec l’heure d’été ?
Une économie comparable à celle réalisée depuis avril 2008 avec la hausse des tarifs... Où vont donc ces gains, si, effectivement, il y a des centaines de millions à gagner? Selon mes calculs, nous économiserions Rs 20 millions par an. Pas plus de 0,1% . Même en France, on ne dépasse pas 0,4%. Au Japon et dans l’ouest de l’Australie, la demande, au contraire, augmente de 0,1% et de 0,6 % respectivement. Il faut faire attention car la climatisation et le transport seront des secteurs énergivores.

Pourquoi les pays occidentaux persistent-ils donc avec l’heure d’été ?
N’oublions pas qu’en été, on peut bénéficier du soleil jusqu’à 22 heures. Avec les droits sociaux, les cinq semaines de congé payé en France, l’heure d’été favorise les déplacements, les loisirs, le sport et le tourisme. C’est globalement bon pour leur économie. Socialement, ils s’adaptent comme ils le feraient pour les quatre saisons. L’objectif initial d’économiser d’énergie n’a pas été atteint mais il y a eu d’autres bénéfices. Notre contexte local est différent...

Le gouvernement doit-il faire marche arrière ?
Je pense que ce serait signe de sagesse. Rappelons que l’heure d’été n’a pas été recommandée par les experts qui ont défini la politique énergétique du pays. Ni par le le Pr Joël de Rosnay, à ma connaissance. Le projet ‘Maurice île durable’ n’est pas seulement un projet économique, il est aussi social. L’île de la Réunion n’applique pas l’heure d’été. Il faut focaliser notre énergie sur les priorités qui rapportent le plus. Et non la dissiper dans des actions irréfléchies, mal préparées, techniquement douteuses et socialement complexes...