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Langues et traditions : quatre générations partagent le bhojpuri
- By Pradeep Kumar Daby
- Published 19th July, 2008
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- Unrated
A la route Royale de Morcellement St-André, le domicile des Jugoo ressemble à un véritable cocon familial, sans étalage superflu mais tout juste un lieu qui témoigne d’un passé commun aux familles d’origine indienne. Jusqu’en 1982, et à l’exception de quelques familles fortunées, les habitants de la localité vivaient dans des maisons recouvertes de chaume. La doyenne des Jugoo, Phoolmatee, 90 ans, se souvient de la grande-rue où le plus proche voisin était à plus de dix minutes de marche. Née Oodit, et originaire de Bel-Air Caroline, elle a 14 ans lorsqu’elle arrive dans la région après son mariage avec Deonath. Lui en a 20 et exerce le métier de laboureur sur une sucrerie. A l’époque, comme toutes les familles indiennes, les Jugoo ne parlent que le bhojpuri, une langue héritée de leurs ancêtres venus du Bihar. Beaucoup d’autres parlent aussi l’hindi. Mais elles ne sont pas les seules. Certaines familles hindoues et des boutiquiers chinois, eux-mêmes n’ont que cette langue, mêlée au créole, pour se faire comprendre par les hindous. Aussi n’est-il pas étonnant que le bhojpuri a adopté certains mots créoles pour jeter le pont entre ces communautés et traverser harmonieusement des décennies.
Ce mardi, vers 17 heures, les trois générations qui descendent de l’arbre de la nonagénaire, veuve depuis longtemps, sont bien présentes. Il y a le fils Kressoon, 70 ans et sa femme, Parmawtee, leur fils Raj, 40 ans et les enfants de ce dernier, la jeune Nikshana, 11 ans et son frère Nihal, 8 ans. Ici, tout le monde parle un bhojpuri teinté de créole. Même lorsqu’on s’adresse à la vieille dame, on s’attend à des réponses en bhojpuri. Raj, employé dans le secteur hôtelier, lui-même s’y plie. « Zordi, personne pas guette ou avec mépris ! », explique-t-il. Son épouse, Vimla, employée dans la restauration, ne dissimule guère sa fierté de maîtriser quatre langues, dont l’anglais, le français, le créole, le bhojpuri sans oublier l’allemand et l’italien qu’elle comprend sans parler. A la maison, tout ce beau monde alterne allègrement le bhojpuri et le créole. Dans les commerces, surtout aux restaurants, cette double expression prend toute sa saveur. A Bois-Mangues, personne ne se risquerait à maudire en bhojpuri le boutiquier chinois Sou Koon. A force d’entendre les habitants se parler dans cette langue, le brave homme a fini par
en capter toutes ses nuances.
Il fut un temps où cette langue ancestrale n’attirait que mépris. Dans les villes, il suffisait de porter le dhotî, une large bande de toile en guise de coiffure et s’exprimer en bhojpuri, pour s’attirer des remarques narquoises. Dans certains collèges, les jeunes campagnards devenaient la risée de leurs copains de classe si d’aventure, ils laissaient traîner un vague accent bhojpuri. Ex-pensionnaire du collège St Mary’s, à Rose-Hill, Amar Sharma Busgeet, un des petit-fils de la famille, sait que certains vieux réflexes ont la vie dure.
Soignée par SSR
Ses études de français et d’anglais n’ont en rien entamé son accent bhojpuri et son aisance à s’exprimer en cette langue. Marketing Officer à la British-American Investment, le trentenaire assure ce soir la traduction pour sa grand-mère. C'est ainsi qu'on saura que le vieux couple se faisait soigner par feu Sir Seewoosagur Ramgoolam à sa consultation de Port-Louis. «Elle avait 25 ans et elle avait une forte fièvre, raconte Amar Sharma. Son mari l’avait conduite en bus jusqu'à Port-Louis. Elle se souvient que sir Seewoosagur parlait bien le bhojpuri. » De toute sa vie, Phoolmatee n’a jamais travaillé ou éprouvé une maladie sérieuse. Cette santé impeccable qui lui assure cette longévité peu commune, elle la doit à un train de vie réglée comme du papier à musique : réveil à 6 h 30, petit-déjeuner, repas de pharata, petites corvées ménagères et coucher à 21 heures. Il n’y pas très longtemps, elle se rendait tous les jours chez son fils qui habite à quelques minutes de sa maison. «Plus maintenant, précise Amar Sharma, parce qu’elle est un peu fatiguée.» Si l’âge commence à peser sur ses artères, il n’a pas, cependant, altéré la mémoire de Phoolmatee. Chaque détail lui revient dès qu’on fait revivre le passé, ou qu’on fait état d’un voyage. A chaque fois, que la famille se rende à Grande-Rivière-Sud Est, elle se souvient du coin où on trouvait des crevettes en abondance.
Dans d’autres localités à travers l’île, c’est toujours le bhojpuri qui apparaît en filigrane entre des générations d’une même famille. Des nonagénaires comme Phoolmatee qui assurent le lien entre elles, gardent leur joie de vivre grâce à cette langue qui leur permet de converser avec leurs petits enfants. Amar Sharma résume parfaitement la contribution du bhojpuri au resserrement des liens familiaux et celle des personnes âgées à la pérennité de cette langue. «Notre arrière-grand-mère est la seule personne qui connaît bien l’histoire de la famille et, grâce à elle et aussi à cause d’elle, nous continuons à parler le bhojpuri. »
Ce mardi, vers 17 heures, les trois générations qui descendent de l’arbre de la nonagénaire, veuve depuis longtemps, sont bien présentes. Il y a le fils Kressoon, 70 ans et sa femme, Parmawtee, leur fils Raj, 40 ans et les enfants de ce dernier, la jeune Nikshana, 11 ans et son frère Nihal, 8 ans. Ici, tout le monde parle un bhojpuri teinté de créole. Même lorsqu’on s’adresse à la vieille dame, on s’attend à des réponses en bhojpuri. Raj, employé dans le secteur hôtelier, lui-même s’y plie. « Zordi, personne pas guette ou avec mépris ! », explique-t-il. Son épouse, Vimla, employée dans la restauration, ne dissimule guère sa fierté de maîtriser quatre langues, dont l’anglais, le français, le créole, le bhojpuri sans oublier l’allemand et l’italien qu’elle comprend sans parler. A la maison, tout ce beau monde alterne allègrement le bhojpuri et le créole. Dans les commerces, surtout aux restaurants, cette double expression prend toute sa saveur. A Bois-Mangues, personne ne se risquerait à maudire en bhojpuri le boutiquier chinois Sou Koon. A force d’entendre les habitants se parler dans cette langue, le brave homme a fini parIl fut un temps où cette langue ancestrale n’attirait que mépris. Dans les villes, il suffisait de porter le dhotî, une large bande de toile en guise de coiffure et s’exprimer en bhojpuri, pour s’attirer des remarques narquoises. Dans certains collèges, les jeunes campagnards devenaient la risée de leurs copains de classe si d’aventure, ils laissaient traîner un vague accent bhojpuri. Ex-pensionnaire du collège St Mary’s, à Rose-Hill, Amar Sharma Busgeet, un des petit-fils de la famille, sait que certains vieux réflexes ont la vie dure.
Soignée par SSR
Ses études de français et d’anglais n’ont en rien entamé son accent bhojpuri et son aisance à s’exprimer en cette langue. Marketing Officer à la British-American Investment, le trentenaire assure ce soir la traduction pour sa grand-mère. C'est ainsi qu'on saura que le vieux couple se faisait soigner par feu Sir Seewoosagur Ramgoolam à sa consultation de Port-Louis. «Elle avait 25 ans et elle avait une forte fièvre, raconte Amar Sharma. Son mari l’avait conduite en bus jusqu'à Port-Louis. Elle se souvient que sir Seewoosagur parlait bien le bhojpuri. » De toute sa vie, Phoolmatee n’a jamais travaillé ou éprouvé une maladie sérieuse. Cette santé impeccable qui lui assure cette longévité peu commune, elle la doit à un train de vie réglée comme du papier à musique : réveil à 6 h 30, petit-déjeuner, repas de pharata, petites corvées ménagères et coucher à 21 heures. Il n’y pas très longtemps, elle se rendait tous les jours chez son fils qui habite à quelques minutes de sa maison. «Plus maintenant, précise Amar Sharma, parce qu’elle est un peu fatiguée.» Si l’âge commence à peser sur ses artères, il n’a pas, cependant, altéré la mémoire de Phoolmatee. Chaque détail lui revient dès qu’on fait revivre le passé, ou qu’on fait état d’un voyage. A chaque fois, que la famille se rende à Grande-Rivière-Sud Est, elle se souvient du coin où on trouvait des crevettes en abondance.
Dans d’autres localités à travers l’île, c’est toujours le bhojpuri qui apparaît en filigrane entre des générations d’une même famille. Des nonagénaires comme Phoolmatee qui assurent le lien entre elles, gardent leur joie de vivre grâce à cette langue qui leur permet de converser avec leurs petits enfants. Amar Sharma résume parfaitement la contribution du bhojpuri au resserrement des liens familiaux et celle des personnes âgées à la pérennité de cette langue. «Notre arrière-grand-mère est la seule personne qui connaît bien l’histoire de la famille et, grâce à elle et aussi à cause d’elle, nous continuons à parler le bhojpuri. »










