Meeteela Dooly est une femme déterminée. Depuis bientôt quinze ans, elle se bat pour obtenir sa pension de veuve. Son mari, Dhanraz Dawokolay, ancien employé de Development Works Corporation (DWC), est décédé le 3 septembre 1994.

Cependant, les autorités concernées lui refusent le paiement de son allocation au motif que l'acte de décès de son époux est inscrit au nom de Danraz Kallee. « Dhanraz Dawokolay et Danraz Kallee sont une seule et même personne. Mon époux avait deux cartes d'identité. L'une au nom de Dhanraz Dawokolay et l'autre au nom de Dhanraz Kallee. Comme vous le voyez sur la photo de sa carte d'identité et celle du jour de notre mariage, c’est bien la même personne », explique Meeteela.

Elle est révoltée par cette révélation : « Lorsqu'il est mort, ses proches ont pris possession de la carte d'identité qui est au nom de Danraz Kallee. C’est pourquoi, sur son acte de décès, est inscrit le nom de Danraz Kallee, Or, mon mari m’a épousée sous le nom de Dhanraz Dawokolay. Je ne comprends toujours pas comment il a pu avoir deux cartes identité », dit-elle. Cette habitante de Bel-Air-Rivière-Sèche se bat donc bec et ongles depuis des années pour recevoir son dû, afin de pouvoir disposer de son propre toit car elle vit actuellement au domicile de son neveu.

Meeteela Dooly se bat depuis 14 ans.Action en justice
Meeteela Dooly, âgée de 48 ans, veut que justice lui soit rendue. Aujourd'hui, elle a entamé des poursuites contre le Central Civil Status Officer et le secrétaire permanent du ministère de la Sécurité sociale en Cour suprême. Elle demande à la juridiction suprême d'ordonner au bureau de l’état civil d’apporter toutes les corrections nécessaires par rapport aux deux cartes identité que possédait son défunt époux.

Le but de cette procédure est de faire reconnaître celle établie au nom de Dhanraz Dawokolay et de rejeter celle au nom de Danraz Kallee. La veuve demande également que la Cour ordonne au ministère de Sécurité sociale de l'enregistrer comme étant la veuve de Dhanraz Dawokolay afin qu'elle puisse toucher sa pension. L’affaire sera prise sur le fond en octobre prochain en Cour suprême. Meeteela Dooly a retenu les services de Me Navin Ramchurn, avocat, et de l'avoué Bebakur Rampoortab.

Meeteela n'est pas seule à vouloir connaître enfin la vérité. Elle est rejointe dans son bras de fer contre l’Etat par l'ancienne compagne de Dhanraz Dawokolay, Omwantee Mattadin, et ses trois enfants : Keshan Kumar, Nitam Kumar et Hema Dawokolay. La veuve nous explique ce qui motive ces démarches après 14 ans. « Je ne suis qu'une simple employée de la Compagnie mauricienne de textile. Je touche un salaire mensuel de Rs 3 000. Avec cette somme, comment pourrai-je avoir une maison à moi ? Surtout avec tous ces prix qui flambent. Ce n’est pas facile à vivre », précise-t-elle.

Un mariage pas heureux
Elle nous relate sa rencontre avec Dhanraz Dowokolay. Elle avait 32 ans quand ce dernier, alors âgé
de 43 ans, vient frapper à la porte des Dooly, à Bel-Air-Rivière-Sèche, pour la demander en mariage. Meeteela venait de perdre ses parents. Son père, laboureur, est mort à l’âge de 75 ans et un an plus tard, c’est au tour de la mère de décéder à 63 ans.

Elle est la cinquième enfant de la famille et compte cinq soeurs et un frère. Un mois après la demande en mariage, elle épouse Dhanraz. Leur union est célébrée au bureau d’état civil de Rivière-Sèche sous le régime de la communauté légale des biens. Après son mariage, Meeteela part vivre avec Dhanraz à Camp-de-Masque.

La jeune femme savait que, avant leur mariage, Dhanraz était déjà père de trois enfants : « Lorsque je l’ai épousé, je savais qu’il avait trois enfants et qu’il vivait en concubinage avec une dénommée Omwantee Mattadin. De leurs relations, ils avaient eu deux garçons et une fille. À cette époque, les enfants étaient âgés de 9 à 15 ans. »

Meeteela n'a pas connu un mariage heureux. Quelque temps après son union, Dhanraz se révèle être un homme violent. « Il ne connaissait que l'alcool et ses amis. » La vie de couple devient infernale. La jeune femme est tout le temps occupée par l’entretien de la maison et les enfants de son mari. « J'ai tenté de le raisonner, de lui dire d’arrêter de consommer de l'alcool. En vain, explique Meeteela. Tout au contraire, Dhanraz était devenu violent et il a commencé à me tabasser. Je ne pouvais plus supporter cette vie. J'ai alors quitté le toit conjugal en 1994, soit un an et demi après notre mariage. Je suis retournée chez mon frère. Après mon départ, les enfants de Dhanraz sont partis vivre avec leur mère », dit-elle.

Jouir de ses droits
Elle souligne que, lorsque les trois enfants vivaient chez eux à Camp-de-Masque, elle s’en s'occupait comme s'ils étaient ses propres enfants. Elle précise toutefois qu’elle n'a pas voulu avoir d'enfant avec Dhanraz : « Ce n’était pas un bon mari, alors je n’ai pas voulu prendre de risques… »

Dhanraz décédera huit mois après son départ. Meeteela souligne qu'elle n'a jamais réclamé le divorce, ni enclenché des procédures de séparation contre Dhanraz. De ce fait, elle demeure bien sa femme légitime. Elle s'est rendue à ses funérailles à Camp-de- Masque. L'ancienne compagne de Dhanraz et ses enfants y assistaient également. Toutefois, lorsque les proches ont fait établir le certificat de décès, ils ont pris la carte d'identité qui portait le nom de Danraz Kallee. Ce qui fait que l'acte de décès de Dhanraz Dawokolay porte le nom de Danraz Kallee.

Après les funérailles, Meeteela a enclenché des démarches pour obtenir sa pension de veuve. C'est là que, à sa grande surprise, l'officier du ministère de la Sécurité sociale lui montre les anomalies sur les divers documents officiels. Meeteela est désemparée. Quatorze ans durant, elle s’échinera à frapper à diverses portes dans l’espoir de trouver une solution à son problème. En vain. Jusqu’à ce qu’elle se décide à entamer des poursuites contre l'état-civil et le ministère de la Sécurité sociale. Elle compte bien être rétablie dans ses droits et bénéficier enfin de la pension de veuve qui lui est due.