L’herbe est-elle réellement plus verte ailleurs ? Les nombreux Mauriciens qui ont quitté le sol natal récemment diront qu’ils n’ont pas vu leur vie en rose sous d’autres cieux. Ils se sont rendu compte que les conditions de vie, ailleurs, n’étaient pas meilleures qu’ici.
Mais, un constat s’impose. Ces dix dernières années, le nombre de Mauriciens qui partent faire fortune à l’étranger est en nette croissance. Les destinations privilégiées sont : l’Angleterre, la France, l’Irlande, l’Australie et le Canada.
La fortune n’est pas toujours au rendez-vous de ce beau monde. Ainsi, nombreux sont nos compatriotes, ayant contacté de gros emprunts pour tenter leur chance dans ces pays, qui peinent à joindre les deux bouts.
L’Eldorado a vite fait de tourner en cauchemar pour eux. Logements exigus, cherté de la vie, travail au noir : les obstacles ne manquent pas. Cette situation ne concerne pas uniquement la Grande-Bretagne – cela fait des années que les Mauriciens se plaignent – et l’Irlande – les plaintes sont récentes –, mais aussi l’Australie. En effet, de nombreux Mauriciens, installés dans le pays des kangourous, donnent de la voix et dénoncent les difficiles conditions de vie (
voir plus loin).
C’est en Angleterre où l’on dénombre le plus grand nombre de Mauriciens sans-papier. Le jeudi 10 juillet, trois de nos compatriotes ont été interpellés par la police britannique parce qu’ils travaillaient au noir dans un restaurant à Plymouth. Ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. Il y a un mois, Sanjay, un Mauricien de 29 ans, parti faire des études en comptabilité dans la Blonde d’Albion, a été déporté. La raison : il travaillait au-delà des vingt heures hebdomadaires autorisées aux étudiants. «Rien qu’à Londres, il y a environ 7 000 Mauriciens qui sont en situation irrégulière. Ils sont directement menacés de déportation», s’alarme Celva Runghen, consultant en immigration.
Exemption du visa d’entréeC’est après 2002 qu’il y a eu un exode vers la Grande-Bretagne. Et ce, après la décision des autorités britanniques d’exempter les Mauriciens du visa d’entrée. Cela ne s’applique qu’à ceux qui font une demande pour les visas touristes uniquement. Car ceux qui s’y rendent pour étudier doivent toujours obtenir au préalable un visa d’entrée auprès du haut-commissariat britannique.
Dans la plupart des cas, les Mauriciens font une demande de visa étudiant afin d’obtenir un permis de séjour, alors qu’ils se rendent en Grande-Bretagne avec la ferme intention d’y travailler. De ce fait, nombre de nos compatriotes se voient dans l’obligation de travailler au noir.
«Les autorités britanniques sont hypocrites. Elles n’ont pas la volonté de combattre le fléau de l’immigration clandestine, car cela représente une main-d’oeuvre bon marché. Ainsi, les petites entreprises peuvent faire de bonnes affaires. Les Anglais veulent faire croire que le problème se trouve à Maurice alors que c’est chez eux qu’ils doivent mettre de l’ordre», fulmine Celva Runghen.
Sanjay, le Mauricien déporté, explique qu’il n’avait d’autre choix que de travailler au noir. Car ses dépenses étaient énormes.
Ce jeune homme, originaire de Ville Noire, confie : «Je louais une maison de quatre chambres pour 70 livres sterling par semaine (Rs 3 780). J’étais plongeur dans un restaurant à East Ham à Londres et je gagnais 100 livres par semaine (environ Rs 5 400). Mes frais de transport s’élevait à 15 livres sterling par semaine (Rs 810). De plus, je dépensais 20 livres chaque semaine ( Rs 1 080). Comment aurais-je fait si je ne travaillais pas au noir? Mon père a emprunté Rs 800 000 pour m’envoyer étudier en Angleterre. Je ne sais plus où mettre la tête».
D’autres étudiants se sont retrouvés dans la même situation que Sanjay. Une source au haut-commissariat britannique à Port-Louis indique que 36 000 Mauriciens se sont rendus en Angleterre l’année dernière. Toutefois, on se refuse à dire combien d’entre eux sont restés au pays de sa Majesté. «Ces chiffres sont confidentiels », nous dit-on.
Quand l’Irlande déçoitL’Irlande est une autre destination qui a beaucoup déçu les candidats mauriciens à l’émigration. Ce pays, qui était l’un des plus pauvres d’Europe, a connu un succès économique fulgurant. À tel point qu’il est devenu un exemple. Donc, sur papier, l’Irlande réunissait les conditions de vie séduisantes pour nos compatriotes. Depuis quatre ans, il y a eu un engouement sans précédent pour la terre qui vit naître la bière Guinness. La quinzaine d’agents recruteurs qui opèrent y sont pour quelque chose.
Ils ont promis monts et merveilles à nos compatriotes. Ces derniers s’entendaient dire qu’ils allaient facilement obtenir un emploi et que leur vie allait drastiquement changer… Des promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Nombre se sont rendus à l’évidence qu’ils ont été victimes de leur crédulité.
D’autant que, pour obtenir un permis de séjour en Irlande, la plupart d’entre eux se font passer pour des étudiants. «Souvent, ils ont recours à des agents recruteurs qui ne sont pas enregistrés, qui font toutes sortes de promesses.
Sur place, c’est une autre réalité qui les attend. Les collèges sont en tôle et les logements proposés sont exigus. Sans compter que c’est difficile d’avoir un emploi décent. Certains ont honte de retourner à Maurice et préfèrent avaler l’amère pilule», dénonce un officier au Passport & Immigration Office. Résultat : 300 Mauriciens sont menacés de déportation en Irlande. «Ces agents recruteurs font de la publicité en offrant un ‘work and study programme’. Or, c’est illégal. Soit vous allez dans un pays pour travailler soit vous étudiez», soutient Celva Runghen.
Pour contourner le problème des sans-papier, le gouvernement anglais envisage de réintroduire la demande de visa pour les Mauriciens souhaitant se rendre en Grande-Bretagne.
«Les Mauriciens aiment rêver. Ils croient qu’ils trouveront facilement de l’or ailleurs. Or, c’est une utopie. Il faut bosser dur pour mener une vie décente. Malheureusement, nos compatriotes sont crédules et se font exploiter », relativise Siven, Mauricien qui s’est établi à Londres dans les années 60. Son mot d’ordre : prudence !
Quelques détails- Ceux qui partent étudier à l’étranger ne sont autorisés à travailler que pendant 20 heures par semaine.
- Les principaux jobs disponibles sont : serveurs, éboueurs, laveurs de voitures.
- En Irlande, environ 300 étudiants du Medway College se retrouvent, d’un coup, sans institution. Les autorités irlandaises ont décidé de retirer ce collège de la liste officielle des institutions privées reconnues. Ceux qui se sont tournés vers d’autres institutions ont eu à payer des frais supplémentaires pour poursuivre leurs études.
- Le ministère de l’Éducation recommande à ceux qui veulent étudier sous d’autres cieux de bien vérifier l’authenticité de l’établissement de leur choix.
SOS de Mauriciens en détressePlusieurs institutions australiennes ont organisé, cette semaine, une rencontre avec les étudiants étrangers pour les conseiller. En ce moment, un groupe d’étudiants mauriciens, à Sydney, se trouve en difficulté. Ces Mauriciens vivent dans des maisons non meublées et dépourvues de chauffage. Ils sont à la recherche de travaux manuels pour obtenir de quoi subvenir à leurs besoins. Le haut-commissariat mauricien, à Canberra, rassemble toutes les informations susceptibles d’aider les Mauriciens désireux d’entreprendre des études en Australie. Ces infos seront acheminées à Maurice pour être consultées.
Cherté du loyer en AustraliePaul connaît bien l’Australie. C’est en 2004 qu’il a quitté Maurice pour s’établir en Australie. Il vit actuellement à Melbourne. Il précise que le nombre de Mauriciens au pays des kangourous, a augmenté par rapport aux dernières années.
Employé dans une compagnie informatique, il déplore l’augmentation drastique du montant du loyer. De ce fait, les étudiants mauriciens n’ont d’autres choix que de louer une maison et d’y habiter à plusieurs.
Il rappelle que les travaux qui sont proposés aux étrangers sont ceux que les Australiens refusent. Les Mauriciens peuvent ainsi se faire jusqu’à 20 dollars australiens (Rs 520) par heure.
«Ceux qui veulent émigrer en Australie doivent se préparer à rencontrer certaines difficultés les deux premières années. Puis, les choses iront beaucoup mieux. Un Mauricien, arrivé en Australie en 2001, rangeait les caddies dans un hypermarché. Aujourd’hui, il dirige un store d’électroménagers », explique Paul.
Explications du HC australien
C’est à travers des articles de presse que Yasmina Hosanoo, responsable des relations publiques du haut-commissariat australien à Maurice, a appris que des étudiants mauriciens rencontraient des difficultés pour trouver des logements abordables.
Elle explique qu’en 2007, il y avait 450 000 étudiants étrangers en Australie, dont 2 100 Mauriciens. « Il y a donc une grande demande pour des logements se trouvant à proximité des campus. La plupart des universités ont un bureau qui aide les étudiants à trouver des logements », explique-t-elle. Yasmina Hosanoo précise que le nombre d’étudiants mauriciens en Australie a augmenté de 30 % entre 2006 et 2007. Un nombre, dit-elle, qui continue de croître.
Enfin, elle confirme que les agents recruteurs ne sont pas obligés de s’inscrire auprès du haut-commissariat australien, mais doivent l’être auprès du ministère de l’Éducation mauricien.