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Émigration : quand l’Eldorado tourne au cauchemar
http://www.defimedia.info/articles/3004/1/Emigration--quand-lEldorado-tourne-au-cauchemar/Page1.html
By Le Défi Plus
Published on 26th July, 2008
 
Des milliers de Mauriciens, en quête d’un meilleur avenir, quittent le pays chaque année. Mais leur rêve tourne souvent au cauchemar. Après l’Angleterre et l’Irlande, l’Australie semblait devenir une destination de rêve. Toutefois,  les écueils ne manquent pas au pays des kangourous...
 

 
L’herbe est-elle réellement plus verte ailleurs ? Les nombreux Mauriciens qui ont quitté le sol natal récemment diront qu’ils n’ont pas vu leur vie en rose sous d’autres cieux. Ils se sont rendu compte que les conditions de vie, ailleurs, n’étaient pas meilleures qu’ici.

Mais, un constat s’impose. Ces dix dernières années, le nombre de Mauriciens qui partent faire fortune à l’étranger est en nette croissance. Les destinations privilégiées sont : l’Angleterre, la France, l’Irlande, l’Australie et le Canada.

La fortune n’est pas toujours au rendez-vous de ce beau monde. Ainsi, nombreux sont nos compatriotes, ayant contacté de gros emprunts pour tenter leur chance dans ces pays, qui peinent à joindre les deux bouts.

L’Eldorado a vite fait de tourner en cauchemar pour eux. Logements exigus, cherté de la vie, travail au noir : les obstacles ne manquent pas. Cette situation ne concerne pas uniquement la Grande-Bretagne – cela fait des années que les Mauriciens se plaignent – et l’Irlande – les plaintes sont récentes –, mais aussi l’Australie. En effet, de nombreux Mauriciens, installés dans le pays des kangourous, donnent de la voix et dénoncent les difficiles conditions de vie (voir plus loin).

C’est en Angleterre où l’on dénombre le plus grand nombre de Mauriciens sans-papier. Le jeudi 10 juillet, trois de nos compatriotes ont été interpellés par la police britannique parce qu’ils travaillaient au noir dans un restaurant à Plymouth.  Ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. Il y a un mois, Sanjay, un Mauricien de 29 ans, parti faire des études en comptabilité dans la Blonde d’Albion, a été déporté. La raison : il travaillait au-delà des vingt heures hebdomadaires autorisées aux étudiants. «Rien qu’à Londres, il y a environ 7 000 Mauriciens qui sont en situation irrégulière. Ils sont directement menacés de déportation», s’alarme Celva Runghen, consultant en immigration.

Exemption du visa d’entrée
C’est après 2002 qu’il y a eu un exode vers la Grande-Bretagne. Et ce, après la décision des autorités britanniques d’exempter les Mauriciens du visa d’entrée. Cela ne s’applique qu’à ceux qui font une demande pour les visas touristes uniquement. Car ceux qui s’y rendent pour étudier doivent toujours obtenir au préalable un visa d’entrée auprès du haut-commissariat britannique.

Dans la plupart des cas, les Mauriciens font une demande de visa étudiant afin d’obtenir un permis de séjour, alors qu’ils se rendent en Grande-Bretagne avec la  ferme intention d’y travailler. De ce fait, nombre de nos compatriotes se voient dans l’obligation de travailler au noir.

«Les autorités britanniques sont hypocrites. Elles n’ont pas la volonté de combattre le fléau de l’immigration clandestine, car cela représente une main-d’oeuvre bon marché. Ainsi, les petites entreprises peuvent faire de bonnes affaires. Les Anglais veulent faire croire que le problème se trouve à Maurice alors que c’est chez eux qu’ils doivent mettre de l’ordre», fulmine Celva Runghen.

Sanjay, le Mauricien déporté, explique qu’il n’avait d’autre choix que de travailler au noir. Car ses dépenses étaient énormes.

Ce jeune homme, originaire de Ville Noire, confie : «Je louais une maison de quatre chambres pour 70 livres sterling par semaine (Rs 3 780). J’étais plongeur dans un restaurant à East Ham à Londres et je gagnais 100 livres par semaine (environ Rs 5 400). Mes frais de transport s’élevait à 15 livres sterling par semaine (Rs 810). De plus, je dépensais  20 livres chaque semaine ( Rs 1 080). Comment aurais-je fait si je ne travaillais pas au noir? Mon père a emprunté  Rs 800 000 pour m’envoyer étudier en Angleterre. Je ne sais plus où mettre la tête».

D’autres étudiants se sont retrouvés dans la même situation que Sanjay. Une source au haut-commissariat britannique à Port-Louis indique que 36 000 Mauriciens se sont rendus en Angleterre l’année dernière. Toutefois, on se refuse à dire combien d’entre eux sont restés au pays de sa Majesté. «Ces chiffres sont confidentiels », nous dit-on.

Quand l’Irlande déçoit
L’Irlande est une autre destination qui a beaucoup déçu les candidats mauriciens à l’émigration. Ce pays, qui était l’un des plus pauvres d’Europe, a connu un succès économique fulgurant. À tel point qu’il est devenu un exemple. Donc, sur papier, l’Irlande réunissait les conditions de vie séduisantes pour nos compatriotes. Depuis quatre ans, il y a eu un engouement sans précédent pour la terre qui vit naître la bière Guinness. La quinzaine d’agents recruteurs qui opèrent y sont pour quelque chose.

Ils ont promis monts et merveilles à nos compatriotes. Ces derniers s’enten­daient dire qu’ils allaient facilement obtenir un emploi et que leur vie allait drastiquement changer… Des promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Nombre se sont rendus à l’évidence qu’ils ont été victimes de leur crédulité.

D’autant que, pour obtenir un permis de séjour en Irlande, la plupart d’entre eux se font passer pour des étudiants. «Souvent, ils ont recours à des agents recruteurs qui ne sont pas enregistrés, qui font toutes sortes de promesses.

Sur place, c’est une autre réalité qui les attend. Les collèges sont en tôle et les logements proposés sont exigus. Sans compter que c’est difficile d’avoir un emploi décent. Certains ont honte de retourner à Maurice et préfèrent avaler l’amère pilule», dénonce un officier au Passport & Immigration Office. Résultat : 300 Mauriciens sont menacés de déportation en Irlande. «Ces agents recruteurs font de la publicité en offrant un ‘work and study programme’. Or, c’est illégal. Soit vous allez dans un pays pour travailler soit vous étudiez», soutient Celva Runghen.

Pour contourner le problème des sans-papier, le gouvernement anglais envisage de réintroduire la demande de visa pour les Mauriciens souhaitant se rendre en Grande-Bretagne.

«Les Mauriciens aiment rêver. Ils croient qu’ils trouveront facilement de l’or ailleurs. Or, c’est une utopie. Il faut  bosser dur pour mener une vie décente. Malheu­reuse­­ment, nos compatriotes sont cré­dules et se font exploiter », relativise Siven,  Mauricien qui s’est établi à Londres dans les années 60. Son mot d’ordre : prudence !

Quelques détails
  • Ceux qui partent étudier à l’étranger ne sont autorisés à travailler que pendant 20 heures par semaine.
  • Les principaux jobs disponibles sont : serveurs, éboueurs, laveurs de voitures.
  • En Irlande, environ 300 étudiants du Medway College se retrouvent, d’un coup, sans institution. Les autorités irlandaises ont décidé de retirer ce collège de la liste officielle des institutions privées reconnues. Ceux qui se sont tournés vers d’autres institutions ont eu à payer des frais supplémentaires pour poursuivre leurs études.
  • Le ministère de l’Éducation recommande à ceux qui veulent étudier sous d’autres cieux de bien vérifier l’authenticité de l’établissement de leur choix.
SOS de Mauriciens en détresse
Plusieurs institutions australiennes ont organisé, cette semaine, une rencon­tre avec les étudiants étrangers pour les conseiller. En ce moment, un groupe d’étudiants mauriciens, à Sydney, se trouve en difficulté. Ces Mauriciens vivent dans des maisons non meublées et dépourvues de chauffage. Ils sont à la recherche de travaux manuels pour obtenir de quoi subvenir à leurs besoins. Le haut-commissariat mauricien, à Canberra, rassemble toutes les informations susceptibles d’aider les Mauriciens désireux d’entreprendre des études en Australie. Ces infos seront acheminées à Maurice pour être consultées.

Cherté du loyer en Australie
Paul connaît bien l’Australie. C’est en 2004 qu’il a quitté Maurice pour s’établir en Australie. Il vit actuellement à Melbourne. Il précise que le nombre de Mauriciens au  pays des kangourous, a augmenté par rapport aux dernières années.

Employé dans une compagnie informatique, il déplore l’augmentation drastique du montant du loyer. De ce fait, les étudiants mauriciens n’ont d’autres choix que de louer une maison et d’y habiter à plusieurs.

Il rappelle que les travaux qui sont proposés aux étrangers sont ceux que les Australiens refusent. Les Mauriciens peuvent ainsi se faire jusqu’à 20 dollars australiens (Rs 520) par heure.

«Ceux qui veulent émigrer en Australie doivent se préparer à rencontrer certaines difficultés les deux premières années. Puis, les choses iront beaucoup mieux. Un Mauricien, arrivé en Australie en 2001, rangeait les caddies dans un hyper­marché. Aujourd’hui, il dirige un store d’électroménagers », explique Paul.

Explications du HC australien
C’est à travers des articles de presse que Yasmina Hosanoo, responsable des relations publiques du haut-commissariat australien à Maurice, a appris que des étudiants mauriciens rencontraient des difficultés pour trouver des logements abordables.

Elle explique qu’en 2007, il y avait 450 000 étudiants étrangers en Australie, dont 2 100 Mauriciens. « Il y a donc une grande demande pour des logements se trouvant à proximité des campus. La plupart des universités ont un bureau qui aide les étudiants à trouver des logements », explique-t-elle. Yasmina Hosanoo précise que le nombre d’étudiants mauriciens en Australie a augmenté de 30 % entre 2006 et 2007. Un nombre, dit-elle, qui continue de croître.

Enfin, elle confirme que les agents recruteurs ne sont pas obligés de s’inscrire auprès du haut-commissariat australien, mais doivent l’être auprès du ministère de l’Éducation mauricien.

Escroquées par un faux agent en Australie : le calvaire de deux Mauriciennes
Mary (prénom fictif) est dans la tourmente. Cette jeune Mauri­cien­ne est arrivée, à Sydney, en Australie, le 11 février 2008 en compagnie de son époux et de ses enfants en bas âge. Elle est entrée sur le territoire australien avec un visa d’étudiant pour des études en Business Management à l’ Abbey College de Sydney. Ses études se terminent en mai 2010.

Cela n’a pas été simple pour Mary de se rendre, avec sa famille, dans le pays des Wallabies. Pour accélérer ses démarches, elle avait retenu les services d’un certain D.G., un agent mauricien basé en Australie. C’est un proche qui l’a mise en contact avec cet homme. Bien qu’elle ne savait absolument rien de D.G. elle a accepté, malgré tout, de se plier aux conditions qu’il lui a imposées.

Ainsi, de Maurice, Mary lui a envoyé de l’argent à plusieurs reprises par le biais d’une banque située dans la ville de Para Matta. C’est en débarquant en Australie que Mary a réalisé que D.G. qui vit en Australie depuis 12 ans, n’était le représentant d’aucun établissement scolaire. Il n’est même pas un agent de l’immigration. Contrairement à ce qu’il a fait accroire à Mary.

Cette dernière mène alors une enquête sur l’école où ses deux enfants étaient supposés avoir été admis. Elle apprend  que l’argent qu’elle avait envoyé à D.G.  pour enregistrer ses enfants, n’a pas atterri dans les caisses de l’établissement.

Quant aux cours de Management de Mary, l’Abbey College n’a reçu de paiement que pour un semestre. La Mauricienne avait pourtant envoyé plus d’argent. «Il m’a remis de faux documents attestant de l’enregistrement de mes enfants à l’école. J’ai essayé de le contacter à plusieurs reprises, mais il ne répond jamais à mes appels. Au début, il m’a dit de ne pas m’inquiéter puisqu’il allait s’occuper de tout. Maintenant, j’ai beaucoup d’ennuis et il a coupé tout contact avec moi », raconte Mary.

C’est grâce à Shah Noor Allybokus, de l’association Justice of the Peace, que Mary a pu voir la lumière au bout du tunnel. «Il m’a beaucoup aidée. Car, au total, j’ai remis 17 000 dollars australiens (Rs 450 000) à D.G. Il doit maintenant me rembourser! »

Brinda, victime elle aussi
Brinda, une autre Mauricienne, a elle aussi été aussi victime du même agent. C’est au mois de mai 2008 que son mari et elle ont débarqué à Sydney. «J’ai versé 10 500 dollars australiens (soit Rs 280 000) à l’agent. Il devait même nous envoyer les billets d’avion. Je l’ai appelé à plusieurs reprises, en vain. Mon mari et moi nous n’avions eu d’autres choix que d’acheter deux autres billets.»

En arrivant en Australie, le couple a été aidé par des amis mauriciens.  Brinda et son époux ont tenté de prendre contact avec l’agent. «Nous sommes même allés le voir. Mais il a affirmé qu’il ne nous connaissait pas. Il n’a même pas payé l’établissement au sein duquel je devais étudier... »

Les deux jeunes lésées, Mary et Brinda, ont porté plainte à la police. Elles ont même juré un affidavit pour sommer l’agent de se présenter devant une cour de justice en Australie. Shah Noor Allybokus est catégorique. «Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à un agent pour venir en Australie », dit-il. Installé à Sydney, depuis vingt-trois ans, ce Mauricien connaît tous les rouages de l’immigration. Actuellement en vacances à Maurice, il déplore que des compatriotes se laissent berner par des agents et se retrouvent  en difficulté. «J’encourage ceux qui veulent venir en Australie à le faire. Mais renseignez-vous d’abord sur le site www.immi.gov.au. Tout ce qu’il faut savoir y figure. Chaque année, ce site est mis à jour».

Actuellement, l’Australie fait face à un manque de main-d’oeuvre, car les Australiens boudent certains secteurs d’activité. Ce qui fait que les immigrés viennent des quatre coins du globe. Beaucoup de Mauriciens se rendent en Australie pour étudier et finissent par émigrer. Néanmoins, le cours pour lequel le candidat à l’émigration s’inscrit doit figurer sur la «Migration Occupation in Demand List».

Shah Noor Allybokus leur recommande  d’être très vigilants. «En faisant ses propres démarches, le candidat économise de l’argent. Toutefois, il doit faire provision pour un billet d’avion et ses dépenses personnelles (300 dollars australiens – Rs 7 800 par semaine) pendant un ou deux mois. Jusqu’à ce qu’il se trouve un emploi », souligne-t-il.

Quelques réactions
Jean-Alex Rima, consul de Maurice à Melbourne : « Aucun étudiant ne s’est plaint »
Jean-Alex Rima, consul de Maurice à Melbourne, soutient qu’aucun étudiant mauricien ne s’est plaint de problèmes de logement. «Le principal problème qu’ils rencontrent est la perte de leur passeport », nous a-t-il déclaré. Les Mauriciens, dit-il, peuvent s’adresser au Consulat de Maurice à l’adresse suivante : 2 Darebin Rd Northcote Vic 3070 ou en appelant sur le 03.94 844 242.

Agents recruteurs Australo-Mauritian : 10 ans déjà
Australo-Mauritian, firme qui agit comme agent recruteur, compte dix ans d’expérience. L’agence offre des services-conseils à ceux qui veulent étudier en Australie. Kishore Ramdhayan, le responsable, demande aux Mauriciens de faire preuve de vigilance. «Il ne faut pas se laisser berner et aller à l’aveuglette », dit-il. Chaque année, dit-il, environ quatre cents Mauriciens mettent le cap sur l’Australie après avoir pris conseil auprès de son agence.
Faj International Education Services Ltd est engagée dans le même secteur depuis quatre ans. Abdool Jummun, le directeur, soutient que son entreprise envoie un millier d’étudiants chaque année en Australie.