Hier comme aujourd’hui,la responsabilité de la presse reste  pertinente. Dans la Revue historique de l’Océan Indien, Mayila Paroomal écrit : « La virulence des propos véhiculés par les journaux de l’époque – dont plusieurs ont une affilia-tion ethnique – était telle que la presse fut accusée d’incitation à la haine raciale, et considérée comme l’un des facteurs ayant conduit à des affrontements ethniques.» Loin de juger les acteurs de l’époque et leurs propos, Mayila Paroomal analyse des articles de ce temps.  Tout n’est ni noir ni blanc, quand bien même des journaux ont « attisé des flammes sectaires », car ils ont aussi contribué « à la réflexion sur une ‘entité nationale’, ils ont participé à une certaine construction nationale », dit-elle. Les publications étudiées sont l’hebdo Mauritius Times, les quotidiens, Advance, Action et le Cernéen.

C’est « après la conquête de l’île de France par la Grande-Bretagne qui la re-nomme Mauritius, (que) le terme ‘mauricien’ (ou ‘Mauricien’) entre peu à peu dans le vocabulaire, car il fallut du temps à l’élite d’ascendance française pour se réconcilier avec l’idée de l’occupa-tion britannique». Au milieu du 19e siècle, le terme mauricien désignera deux ou trois groupes : celui d’ascendance fran-çaise ‘pure’, les ‘gens de couleur’ et parfois les descendants d’esclaves. La raison : la crainte de l’arrivée massive des immi-grants indiens.

Unité éphémère
Vers 1930, Dumazel a une position ambiguë, «propre à son nom » qui lui aurait valu d’être traité de xénophobe :  il distingue “les éléments spécifiquement mauriciens des éléments asiatiques”, qui selon lui, ne peuvent se ‘proclamer’ Mauriciens. » La position de Dumazel est sans ambiguïté : ne peuvent se prétendre Mauriciens ceux qui son «irréductibles à la civilisation occidentale (…)»

Durant la Seconde Guerre mondiale, face à une pénurie de papier, les quotidiens Advance, Le Cernéen et Le Mauricien fusionnèrent dans un « élan national et unitaire ». Seewoosagur dira dire qu’en des situations exceptionnelles, les Mauriciens savaient s’unir face à l’adversité. Cette avancée ne dura qu’une saison, et aux élections de 1948, le déclin communal reprend ses droits. Noël Marrier d’Unienville, du Cernéen, se préoccupe de l’hégémonie hindoue et rejoint Dumazel pour nier à cette masse hindoue «le droit au titre de Mauriciens».

Années 50, les polémiques naissent dans la presse. Les accusations de communalisme sont portées contre certains, accusés d’être pro-Inde ou pro-France. On parle de ‘bons’ ou ‘mauvais’ Mauriciens. Cette cohésion ethnique fait craindre à des intellectuels des risques sociaux, ‘dans la perspective de l’évolution constitution­nelle et du suffrage universel’. Dans le Mauritius Times, G. Robert écrit : «Maurice n’a jamais été aussi divisée qu’aujourd’hui.»

Entre 1958 et 1959, une initiative de l’abbé Henri Souchon de réunir deux associations de jeunes donna lieu à d’autres rencontres en vue de contrer ‘la haine et la méfiance’. Trois forums furent organisés avec des interve­nants de communautés diverses. Le Mauritius Times publia les discours du forum auquel participa l’un de ses journalistes, Kher Jagatsing . Le deuxième forum fut publié dans un autre journal et la radio en diffusa le troisième. Les publications proches du PTr furent les plus promptes à publier les discours sur l’entité mauricienne.

Mayila
Paroomal souligne le caractère ‘novateur’ des discours dont leurs auteurs précisent qu’ils parlent en leur nom propre. Il y a une prise de conscience de ce qui unit les communautés. Celles-ci reconnaissent que «quelque chose des autres communautés est venue se greffer à nos traditions ancestrales». Peu à peu, chacun admet l’apport de l’autre, de son intégration, dont celle des Chinois et leurs boutiques. Cependant,  le communalisme encore vivace, « tend à disparaître de plus en plus sur les plans sportifs et culturels ».

Mauricianisme à l’étranger
Un des traits de cette entité en marche est la revendication à la nation mauricienne dès qu’on se trouve à l’étranger. « Les étudiants en Europe oublient leurs ‘petty racial taboos ans shared a common bond with Mauritus, a bond which depended for its dependance on one fact – that they are all Mauritians’ ». Mais dès qu’il retourne au pays, le Mauricien est rattrapé par les réalités communautaristes.Pour que cette entité devienne réalité, il faut d’abord recenser les obstacles qui nuisent à son édification. La presse rend ainsi compte de nombreux préjugés dont celle qui fait «penser qu’une culture est inférieure à l’autre». Le communalisme est aussi exercée par des politiciens «coupables d’exciter la haine et le mépris entre Mauriciens.» Mayila Paroomal évoque le poids des religions dans relations sociales. Ainsi lorsqu’on forme une association, «on pense tout de suite à ses coreligionnaires».

A la lumière de ces données, Mayila Peroomal s’interdit de juger les propos des uns et des autres. «Ces propos sont ceux de l’époque. Ces hommes ont certainement subi des pressions sociales.» Quel fut l’impact les forums cités plus haut sur les esprits ? « On ne sait pas si les gens étaient nombreux à lire les compte-rendu de ces forums dans la presse », précise enfin l’universitaire.

Mesures en faveur de l’entité mauricienne

Attitude positive et conciliante
Rejeter la domination par un groupe et prôner l’égalité et le respect mutuel, pour que toutes les religions, langues et cultures s’épanouissent côte à côte. L’on préconise plus de compréhension mutuelle entre les communautés et moins de méfiance de l’autre. Mettre de côté les préjugés, oublier et pardonner, pratiquer l’autocritique, reconnaître son ignorance, ses erreurs et ses torts. Faire le premier pas vers les autres.

Contribution de la femme
Certains écrits mettent en exergue le ‘rôle très efficace ‘ de la femme. « La Mauricienne, de par son rôle d’éducatrice, peut guider ses enfants dans la bonne  voie et leur inculquer que le respect de la dignité est le premier des devoirs.»

Compréhension et tolérance
«L’on recommande ‘que le chrétien ne rie pas en voyant l’hindou faire son pèlerinage pieds nus et vêtu d’un pagne. Que le musulman ne s’étonne pas de voir un catholique prier devant la statue de la Vierge.» Apprécier ce qui est commun aux religions car « toutes préconisent la charité, l’amour du prochain, la compréhension mutuelle, le respect des autres.» « L’entité mauricienne dépend de la bonne volonté de ‘chaque individu qui doit surveiller le moindre de ces gestes et qui doit se garder d’user de termes blessants.»

Le rôle des médias
Les medias, presse et radio peuvent propager l’idée d’unité : « bring home to all Mauritians that we can and must unity and diversity». Les journaux devraient donner autant d’importance aux diverses communautés. «L’on recommande que ‘tout film susceptible de blesser l’amour-propre d’une section de la population soit rejeté impitoyablement par le comité de censure cinématographique.»