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Les versets poétiques d’Abdool Salaam
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Pradeep Kumar Daby
 
By Pradeep Kumar Daby
Published on 26th July, 2008
 
On le connaissait spécialiste de l’ourdou à la radio, mais Abdool Salaam Ahmadi sait aussi trousser des poèmes de joie et d’amour. Dans son recueil intitulé Ghamgiinian, l’animateur de la MBC donne la mesure de sa sensibilité à fleur de peau.
 

 
Il ne faut pas confondre entre Baki et Abdool Salaam, tous deux Ahmadi et véritables mobiliers de la MBC. Abdool a deux particularités, dont l’une il se serait passé : il a un handicap de naissance, puis il porte une superbe barbe teinte au henné rouge. « En Islam, explique-t-il, il est interdit de se faire passer pour plus jeune qu’on ne l’est.» Pour le reste, Abdool Salaam a fait son chemin tout seul. Pas vraiment, car il est toujours accompagné de Zohra, sa sémillante épouse croisée dans les couloirs de la MBC. «Un jour, un directeur de la MBC avait dit qu’à la MBC, on ne fait pas que des émissions mais aussi des couples », lâche Abdool Salaam. A force de pratiquer une langue littéraire par excellence, il a fini par s’emparer de sa plume pour traduire en poèmes les plus douces paroles prononcées à l’antenne.

Tout a commencé sur son lit d’hôpital, en 2004, alors qu’il était alité durant un mois. C’est là qu’il s’est souvenu des premiers poèmes dont il émaillait ses émissions du vendredi consacré à la chanson ourdoue. C’est que depuis 1967, à l’époque du fameux Broad­casting Service, son père Munshi Abdool Haye exerçait comme comptable à la rue Pasteur, lui comme assistant au département des programmes orientaux. L’émission qui lui vaudra la notoriété est Aap Ki Pasand, un des passages obligés pour tout animateur à l’époque. C’est aussi là qu’il apprend à connaître ces légendaires paroliers de la chanson hindoustani, tous exclusivement formés à la langue ourdoue. Qu’ils se nomment Anand Bakshi, Shakeel Badayuni, Sahir Ludhianvi (auteur de ghazals dans Pyaasa, de Guru Dutt) Majrooh Sultanpuri, Kaifi Azmi ou encore Shailandra et Hasrat Jaipuri, ils sont tous nourris de la poésie ourdoue et portent la chanson hindoustani à un raffinement jamais égalé.

C’est de cette période que le jeune Abdool Salaam tire son inspiration. Les versets poétiques qu’il déclame de sa voix reconnaissable entre mille durant l’émission Yaad-E-Mehmood, il les trouve au cinéma. «Je les note sur un bout de papier et je les relis à l’entenne », confie notre ami.

Chaque vendredi, depuis 1967, Abdool Salaam Ahmadi égrène de sa voix lascive des mots d’un autre temps, synonymes des années perdues comme des feuilles à jamais emportées par le vent. On imagine sans peine une contrée verdoyante et vallonnée, au loin des champs fleuris et traversés par une rivière aux eaux claires. Puis, assise sur un rocher, la chevelure recouverte d’un châle, le regard lointain et mélancolique, une jeune bergère. Image d’Épinal ? Un peu. Mais, c’est cela aussi le message de Yaad-E-Mehmood, celui d’un paradis perdu dont seules la poésie et la chanson sont les témoins. Mais l’univers d’Abdool Salaam est loin de se résumer à une vision aussi idyllique. «Je m’intéresse à l’actualité et je suis révolté par le massacre des innocents, comme en Bosnie ou au Rwanda. Les hommes ne devraient-ils pas  pouvoir vivre comme des frères ? » se demande-t-il.