Conseiller des districts du Nord et président de la Commission de la Santé, Reebouraden Permall est un des dénonciateurs à l’Icac. Cet élu du village de Cap Malheureux dissèque les mauvaises pratiques.

Quelle est l’ampleur de la fraude et de la corruption au Conseil des districts du Nord ?
La situation est catastrophique. Le Conseil des districts du Nord est gangrené  par la fraude et la corruption. C’est la collectivité locale la plus mal gérée du pays. Les récentes arrestations des conseillers, des cadres et des entrepreneurs ne représentent que le sommet de l’iceberg. D’ailleurs, l’Icac est en présence d’une cinquantaine de dénonciations de fraude et de corruption. Beaucoup d’autres personnes seront arrêtées si ces enquêtes de l’Icac aboutissent. Un tsunami est en train de se lever.

Reebouraden PermallComment expliquez-vous la dégradation de la situation ?
La situation s’est mise à pourrir durant ces cinq dernières années. Pour preuve, le budget qui connaissait des excédents est aujourd’hui déficitaire. Par ailleurs, il y a eu dilapidation des fonds par le biais de la mauvaise gestion. A titre d’exemple, Rs 18 millions ont disparu dans des travaux d’infrastructures fantômes. Des paiements excédentaires de Rs 14 millions ont été accordés
à deux compagnies. Le conseil  a payé Rs 3 000 à un entrepreneur pour creuser une fosse dans le cimetière de Grand-Gaube. Sans oublier la disparition de 2 000 litres de diesel et le trafic d’influence dans l’allocation des patentes. D’ailleurs, j’ai rapporté à l’Icac une décision de l’administration d’échanger l’étal d’un maraîcher sans que la Commission de la Santé, dont je suis le président, n’ait donné son aval. Si ces grosses sommes n’avaient pas été dilapidées, les habitants du Nord auraient pu  bénéficier de plusieurs projets d’infrastructures. Le service de voirie aurait pu être amélioré à travers le renouvellement de la flotte de véhicules.

Qui est responsable de la détérioration de la situation ?
Il s’agit d’une clique très puissante composée de quelques conseillers qui ont de très bonnes relations en haut lieu. Ils ont accaparé le levier de décisions avec la complicité de quelques cadres. Ce sont eux qui tirent les ficelles. Ils prennent la liberté de contourner les procédures pour arriver à leurs fins.

Comment peut-on redresser la barre ?
A mon avis, il n’y a qu’une façon. Il faut instituer une commission d’enquête présidée par un juge de la Cour suprême et ayant des attributions très vastes. Elle doit avoir le pouvoir d’enquêter sur toutes les décisions prises, les travaux effectués, les contrats alloués et les patentes délivrées ces cinq dernières années.