Hassam Mohammed est dans tous ses états. Il aurait pu s’estimer un homme heureux car heureux propriétaire d’une pièce, unique à Maurice. Il tient en effet entre ses doigts une pièce byzantine de 40 nummi qui vaut un follis, utilisée autrefois sous le règne de  Justin II, empereur byzantin de 565 à 578 après Jésus-Christ. Il se doute donc que cette pièce très rare doit valoir… son pesant d’or.

Hélas, pour lui, il n’a encore rencontré aucun numismate capable d’évaluer cette pièce en cuivre pour lui. Il est donc dans le flou le plus complet. Une situation angoissante.

Cependant, il nous confie humblement que, au moment où il l'a eu, ce morceau de cuivre, dans sans esprit, ne valait guère mieux que du toc. C’est sa curiosité, l’envie d’en savoir plus qui lui fera prendre conscience de la grande valeur, du moins historique de cet objet. Il nous conte son aventure.

Tout aurait commencé en 1945. « Cette pièce est un souvenir de mon défunt père Elias. Il me l'avait confiée quelques jours avant sa mort ». Elias était un soldat de l'armée britannique. Il était posté en Libye lors de la Seconde guerre mondiale. Ayant eu un jour de repos, ses amis et lui sont partis nager pour se détendre.

Longeant la plage, il aperçut une forme circulaire de couleur cuivre qui brillait dans l'eau. Il s’en est approché et l'a ramassée. C’était une pièce. Mais, pour lui, ce n'était qu'une pièce comme les autres qu'il rapporta comme simple souvenir de sa visite à la Libye.

Il ne voyait pas l'intérêt d'aller rechercher l'origine de cette pièce qui est demeurée enfermée dans son armoire. Quelques jours précédant sa mort, en 1995, Elias commence à distribuer ses biens, ses possessions à ses fils. La pièce, il l’a léguée à Hassam.

Pris par les rituels qui ont suivi l’enterrement de son père, Hassam ne s’est guère soucié de ce bout de métal. Ce n’est que plusieurs mois après, quand il eut l'idée de remettre de l'ordre dans sa maison, qu'il tombe de nouveau sur cette pièce. De là, curieux de nature, il a voulu connaître l'origine de cet objet, un objet qui, pensait-il, n'était pas courant. « Je me suis dit que cela devait avoir un prix fort. La structure de la pièce paraissait ancienne », dit-il.  Il s’est rendu à une banque commerciale. Celle-ci l’a référé au Musée de Paris. Il a pris des clichés de son « trésor »
qu’il a envoyés en France. Quelques mois plus tard, il reçoit une lettre lui annonçant que cette pièce était vieille. Très vieille.

Avé Justinus !
Sur le côté face, on peut apercevoir l'empereur byzantin Justin II en compagnie de l'Impératrice Sophia. On peut y lire : D.N. IVTINVS PP. AVG – Dominus Noster Justinus Pater Patriae Augustus (qui veut dire Notre Seigneur Justin Père de la Patrie et Empereur). Sur le côté pile, il y a un grand M qui indique la valeur de la pièce – 40 nummi, ce qui est égal à 1 follis. La lettre beta (B) indique l'officine ; c'est-à-dire le local précis dépendant de l'atelier de Constantinople (CON). Le mot ANNO et les chiffres situés à droite du M indiquent la huitième année du règne – la période allant du 15 novembre 572 au 14 novembre 573.

Mais ce monnayage étant très abondant, il n'est pas d’aussi grande valeur que l'aurait espéré Hassam. Néanmoins, notre homme n'a pas pu connaître le prix de la pièce et il ne s'en est pas donné les moyens, vu l'effet que la lettre lui a fait. Aujourd'hui, 13 ans plus tard, il est bien décidé à faire évaluer sa précieuse pièce auprès d'un numismate de calibre. Il pense que, valeur du jour, elle doit bien valoir plus.

Notre chauffeur de 51 ans souhaite réellement rentabiliser cette pièce d’antiquité en sa possession. Certes, il aurait souhaité que l’on sache qu’il possède un tel souvenir antique – et de quelle façon elle a traversé les océans pour se retrouver chez nous. Il aurait aussi bien aimé la voir trôner dans un des musées du pays. « J'aurais préféré que cette pièce soit exposée dans un musée à Maurice, plutôt qu’ailleurs. Mais il n’en demeure pas moins que cette pièce, je suis décidé à la vendre.»

Byzance : des empereurs remarquables
Justin II (m. en 578), empereur byzantin (565-578), neveu et successeur de Justinien. Il ne put empêcher l'invasion de l'Italie par les Lombards. Justinien Ier, (482-565), empereur byzantin (527-565) chassa les Vandales d'Afrique puis reprit l'Italie aux Ostrogoths et une partie de l'Espagne aux Wisigoths; en Orient, il dut se contenter de maintenir les Perses à distance. Son œuvre législative est grande. On lui doit le Code Justinien, le Digeste, ou Pandectes, les Institutes et les Novelles. Parmi les monuments qu'il fit élever, il faut citer San Vitale de Ravenne et la cathédrale Sainte-Sophie de Constantinople, chef-d’œuvre de l’art de l’époque. Sous son règne, Byzance devint un remarquable foyer intellectuel et artistique.